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une-28.jpgNotre histoire est celle d’une liaison qu’entretenaient depuis plusieurs années Djibril Koné dit Djibi (natif de Kèlèkèlè) et Hawa, une des épouses de Moussa Koné, natif également du même village. Comme cela se fait très souvent, cette liaison commencée dans la plus grande discrétion était devenue, à force de durer, quasiment de notoriété publique. Seul le mari trompé n’était pas au courant de ce qui se passait. Mais les deux amants avaient atteint un tel stade d’imprudence qu’il était inévitable qu’ils soient un jour dénoncés au cocu. Ce fut un des amis de Moussa Koné résidant dans un village voisin qui se chargea d’ouvrir les yeux à l’époux bafoué, un jour que celui-ci était venu lui rendre visite. Il lui dit qu’à part lui Moussa, tout le village était au courant d’une situation qui le déshonorait. Le cocu promit de faire une enquête qui lui permettrait de prendre les deux amants sur le fait.

Pas de préliminaires

Comment procédaient Djibi et Hawa pour se rencontrer dans ce village où les allers et venus des uns et des autres ne pouvaient pas passer inaperçus ? Ils avaient trouvé un procédé simple et diaboliquement efficace. C’était la dame qui déclenchait l’opération. Le jour où elle se rendait compte que son amant et elle pouvaient procéder sans danger, elle se rendait pour soit disant chercher des braises dans la famille de Djibril Koné dont la concession était mitoyenne à celle de son mari. Puis à son retour, elle se rendait dans les toilettes pour y prendre son bain. Lesdites toilettes étaient adossées au mur de clôture séparant les deux familles.

Djibi, à qui le passage de son amante avait donné le feu vert, se rendait à son tour vers les toilettes, escadait le mur d’enceinte et rejoignait la dame qui l’attendait de l’autre côté. Pour ne pas perdre de temps dans des préliminaires inutiles, l’homme se dévêtait sous un manguier situé dans la cour à une vingtaine de mètres de la « chambre de passe » et se présentait donc nu à la dame qui l’accueillait pareillement.

Après plusieurs semaines de guet, Moussa put reconstituer le modus operandi du couple et décida de tendre une embuscade. Une nuit, le départ de sa femme pour les toilettes le mit en alerte. Moussa rejoignit à pas de loup le petit bâtiment et à des murmures sans équivoques, il put se convaincre que son « rival » était bien là. L’époux qui s’était muni d’un coupe-coupe aurait pu intervenir dès ce moment. Mais il tenait à dissuader Djibi sans faire un scandale qui aurait attiré les voisins dans sa concession et aurait ajouté la honte à l’embarras. Moussa se posta donc non loin de la porte des toilettes et attendit qu’en sorte l’amant. A un moment donné, Djibi surgit complètement nu du petit bâtiment et se dirigea très rapidement vers le manguier. Moussa était tellement énervé qu’au lieu de courir derrière l’indésirable et le frapper, il balança le coupe-coupe dans sa direction. L’arme atteignit Djibi au bras et le blessa légèrement. L’amant fila récupérer ses vêtements et escalada le mur sans demander son reste.

Réponse désinvolte

Moussa Koné estima que l’avertissement avait été clair et ne poussa pas plus loin l’affaire. Les deux amants se tinrent effectivement tranquilles pendant plusieurs mois. Mais l’appel des sens fut trop fort et ils reprirent leur manège sans rien changer à leur manière de procéder. Pourquoi avaient-ils reconduit un procédé que connaissait déjà Moussa Koné ? Parce qu’ils espéraient que la vigilance de l’époux trompé avait été endormie par l’interruption de leurs rendez-vous. Et parce qu’aussi ils n’avaient pas trouvé un meilleur moment de se retrouver.

Cependant, les amants avaient tort de croire que Moussa ne se douterait de rien. Le cocu eut vent de la reprise de son infortune et décida de tendre un nouveau piège au couple infernal. Il annonça qu’il partait en voyage, mais ne s’en alla pas trop loin. La nuit, il revint se poster sur le toit en terrasse de sa maison. Un de ses enfants l’aperçut dans cette position et vint aussitôt avertir sa mère, la première épouse de Moussa. Cette dernière qui ne tenait pas à ce que la famille soit exposée à la honte d’un scandale appela sa coépouse qui s’apprêtait à aller chercher du feu chez les voisins, un stratagème que sa « grande sœur » avait percé depuis longtemps. Elle fit conseilla à la jeune femme d’être prudente. Car, dit-elle, leur époux n’était pas parti en voyage, contrairement à ce qu’il avait annoncé.

Hawa ignora cet appel à la prudence, son désir de retrouver son amant était le plus fort. Le scénario du premier guet-apens se répéta. Mais cette fois-ci, ce fut une hache que Moussa lança sur son tourmenteur. L’instrument rata cependant sa cible et alla s’enfoncer dans le tronc du manguier où Djibi était allé récupérer ses habits. Le mari trompé était littéralement au désespoir. Le lendemain, il ravala son orgueil et se rendit chez les parents de Djibril à qui il adressa une demande simple et émouvante : « Votre fils, leur dit-il, doit me laisser ma femme« .

Lorsque l’amant fut convoqué par les vieux, il ne se troubla pas et leur fit cette réponse désinvolte : « Moussa a deux femmes. Moi, également. Que ferais-je avec une de ses épouses ?« . Cette réplique à la limite de l’insolence déplut fortement aux anciens qui avertirent Djibi qu’il mériterait tout ce qui lui arriverait. Cette prophétie trouverait sa concrétisation dans la nuit du 5 au 6 mai dernier. Dans la journée, Djibril qui voulait se libérer complètement le chemin pour retrouver son amante avait envoyé son jeune frère à Tousséguela à la recherche de sa deuxième femme. Le couple procéda comme d’habitude sans se rendre compte que Moussa s’était douté de quelque chose et avait pris ses dispositions pour que tout se termine autrement que les deux fois précédentes.

Aucun regret

Cette nuit là, Moussa s’était muni d’un poignard à longue lame et s’était posté dans un endroit de sa cour où il ne pouvait être vu des amants. Lorsque Djibi pénétra dans les toilettes, Moussa n’attendit pas qu’il en sortit. Il patienta quelques minutes, puis se rua à l’intérieur du petit bâtiment. Il trouva le couple en pleins ébats. Sans hésiter, le cocu porta deux coups avec son arme. La lame pénétra d’abord sous l’aisselle droite de Djibril, puis dans sa cuisse droite. L’amant trouva la force de se redresser pour s’enfuir. Mais il s’écroula à une dizaine de mètres des toilettes.

La suite est un peu plus confuse. Les cris de la victime ont-ils été entendus par un passant ? Toujours est-il qu’aux environs de 23 heures le commandant de brigade de gendarmerie de Kolondiéba, le major Banou Sanogo, fut alerté par le pharmacien de Tousséguéla. Le CB accompagné de trois de ses agents s’est immédiatement transporté sur les lieux. Les gendarmes trouvèrent un village calme avec une population apparemment endormie. Se référant aux renseignements qui leur avaient été donnés, ils se rendirent dans la concession de Moussa Koné et trouvèrent dans la cour le corps sans vie d’un homme complètement nu, âgé de plus d’une trentaine d’années.

Le CB et ses trois agents, qui se trouvaient absolument seuls dans la cour, constatèrent que les traces de sang laissées par le défunt les menaient dans les toilettes qui étaient de toute évidence le lieu du crime. Les gendarmes ne se sont pas encombrés de subtilité, ils se rendirent directement à la maison d’habitation de Moussa Koné. Par le plus grand hasard, la première personne qu’ils rencontrèrent fut Hawa.

Le CB décida de prendre la dame de vitesse et lui posa abruptement la question « Où est-ce que vous avez laissé le couteau qui a servi à tuer l’homme dehors ?« . La méthode paya. Toute tremblante de peur, la dame répondit « Je ne sais pas, le couteau est avec mon mari« . Pour retrouver ce dernier, Banou et ses hommes se mirent à fouiller les différents bâtiments de la concession. Aux environs de 3 heures ils mirent la main sur Moussa qui avait trouvé refuge dans une des chambres de la cour.

Interrogé, le mari cocu reconnu sans détours les faits et assura aux gendarmes qu’il ne regrettait absolument rien. C’est la même conviction qu’il répète à tous ceux qui lui rendent visite dans sa cellule de la maison d’arrêt de Kolondiéba. Mais on ne peut s’empêcher aux dommages irréparables qu’a causées dans deux familles la passion irrépressible de Djibi et de Hawa.

S. KONATÉ

L’Essor du 17 juin 2008