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Il y aura cinquante-sept ans le 12 juin 2016 que, l’ancien dispensaire central de Bamako laissait place à un centre hospitalier, dénommé Hôpital Gabriel Touré. Cela en hommage à un digne fils de ce pays, l’étudiant en médecine de 3ème année Gabriel Touré mort victime du devoir.

Gabriel Touré est né en 1910 à Ouagadougou, capitale de l’actuel Burkina Faso, ex Haute Volta, de feu Pierre Badoua Touré né en 1881 à Faraba en Guinée Conakry, et de Aminata dite Mata, née en 1890 à Ségou de feu Amara son père et de feue Fatima Sangho sa mère originaire aussi de Ségou. Gabriel Touré rentra à l’Ecole Fédérale de Médecine de Dakar en 1932. L’âge minimum pour accéder à cette institution de l’ex Afrique Occidentale Française était de 24 ans. Compte tenu de son intelligence, son ascendance sur ses collègues, il fut admis à titre exceptionnel à l’âge de 21 ans. Ses promotionnaires (paix à leur âme) furent les :
Docteurs : Mallé KEITA, Tidiani Faganda TRAORE, Yalla SIDIBE…etc.

Tous ces pionniers de la santé publique, ces premiers cadres ont sillonné une bonne partie de l’ex AOF singulièrement le Mali d’aujourd’hui pour lutter avec dévouement et sans recul contre les maladies les plus redoutables de l’époque à savoir : la lèpre, l’onchocercose, la maladie du sommeil, la variole, le pian, la syphilis etc… L’œuvre laissée par ces pionniers est grandiose, digne et mérite référence pour les générations actuelles et future. Ces médecins ont brillé parce qu’ils étaient compris par les populations et soutenus par des braves infirmiers restés toujours fidèles à leur sacerdoce. A la fin de sa troisième année de l’Ecole de Médecine, Gabriel Touré fut brutalement arraché par la mort, le 12 juin 1935. Il venait d’être contaminé par un malade atteint de la peste pulmonaire, qu’il tentait de sauver à tout prix. En hommage à l’illustre grand disparu, les autorités politiques du premier gouvernement de la république soudanaise, ont décidé d’ériger l’ancien dispensaire central de Bamako en Hôpital Gabriel Touré.
Il fut baptisé au nom de celui qui a sacrifié sa propre vie en sauvant son semblable. Puisse son bel exemple servir de source d’inspiration pour les générations actuelles et à venir. C’était le 17 janvier 1959, en cette circonstance solennelle de baptême sous la haute présidence de Feu Hamadoun Dicko à l’époque Secrétaire d’Etat de la France d’Outre-Mer que le centre hospitalier a été baptisé au nom de Gabriel Touré.
L’honneur est revenu à son promotionnaire de l’Ecole de Médicine Feu le Docteur Tidiani Faganda Traoré (paix à son âme) Grand Conseiller de l’Union Française, de prendre la parole pour rendre un vibrant hommage à l’illustre disparu. C’était l’occasion inouïe pour l’orateur de retracer avec son éloquence légendaire et très décontracté dans sa blouse de médecin, la brillante et fulgurante carrière estudiantine de Feu Gabriel Touré. En homme avisé sentant sa fin venir et en guise d’héritage pour les futures générations Gabriel Touré a retracé les circonstances dans lesquelles il fut contaminé. Il exhorta ses collègues à s’armer davantage de courage, d’abnégation et de savoir-faire pour continuer la lutte contre toutes les maladies.
En 1957, lorsque le Dr Tidiani F Traoré était en service à la Polyclinique de Dakar il a eu accès au document manuscrit. Il était soigneusement conservé dans une caissette était suspendue en haut de l’escalier menant au 10 étage du bâtiment. En décembre 1970 en visite à Dakar, il a tenté sans succès d’accéder au document. Selon le Directeur dudit service, la caissette a élu domicile au Musée de Dakar. Après des démarches infructueuses pour photographier la caissette, au besoin faire photocopier le dit document on lui a réservé une fin de non-recevoir. Il a poussé son audace jusqu’au Ministère de la santé du Sénégal sans succès.

Il semblerait qu’il suffit d’une simple demande officielle du gouvernement malien pour le transfert de ce document précieux. Si cela se concrétisait, il faut nourri un bon espoir qu’on fera une place de choix pour Gabriel Touré dans l’Amphithéâtre de la Faculté de Médecine. A défaut quelque part au Centre Hospitalier Universitaire Gabriel Touré qui porte son nom. Nous lançons un appel pressant au Président IBK et aux autorités gouvernementales, singulièrement à Madame la Ministre de la santé afin qu’elles rendent ce dernier grand hommage à celui qui incarne aujourd’hui la fierté de nos jeunes étudiants en médecine. Ceux-ci et tout le peuple malien ont un ardent désir de connaître davantage l’homme qui a donné le meilleur de lui-même et au bon moment. Il est temps, voire nécessaire de connaître et faire connaître l’homme et son œuvre. Nous devons tous nous y consacrer. Cela aussi est un devoir sacerdotal. L’Hôpital étant le vestibule du cimetière, il est impérieux d’accélérer son humanisation. Aussi, ces anniversaires ne doivent pas passer inaperçu par les pouvoirs publics. Depuis le 17 janvier 1992 certains se battent sans succès auprès des différentes autorités maliennes pour la même cause. Puisse leurs voix être entendues.

Tiré du Journal Le Républicain – N°2028 du 22 Janvier 2009

Le Carrefour du 9 Juin 2016