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Un mois déjà ! Oui, mais pour quel bilan ? La junte militaire ne peut se targuer d’avoir réussi son pari un mois après la mutinerie à l’origine du coup de force politique.

L’euphorie des premiers jours du coup d’Etat a aujourd’hui laissé place à de profondes interrogations et inquiétudes. Les citoyens sont en effet de plus en plus nombreux à s’interroger sur la capacité de la junte à combler les attentes mêmes de leurs plus fervents adulateurs. A l’origine de ce doute affreux, les échecs patents et retentissants des nouveaux maîtres du pays. Les revers sont nombreux et de plusieurs ordres.

D’abord la rébellion touarègue ! Elle a servi de levain aux putschistes. C’est à cause de l’incurie du président ATT à gérer la crise du Nord, dira le capitaine du navire, que les militaires en sont arrivés là. Et de promettre une résolution très rapide et définitive de la question après la prise du pouvoir.

Mais comme une réponse à cette promesse solennelle, les assaillants occuperont, en 72 heures, trois principales villes du pays. Aujourd’hui, ce sont les 2/3 du territoire national qui restent encore sous occupation étrangère pendant que l’armée reste complètement confinée au centre et au sud du pays. Les défenseurs des causes perdues répondirent alors que le temps limitait les marges de manœuvres des putschistes. Peut-être bien ! Mais il faudra bien que quelqu’un assume. N’ont-ils pas reproché ATT son refus d’assumer ses responsabilités ? Premier constat pour le moins amer !
Dans la même veine, les putschistes suspendront la constitution et dissoudront toues les institutions avant de les rétablir moins de 72 heures plus tard, sous une forte pression de la communauté internationale. Un recul, certes perçu comme un signe de sagesse puisqu’ayant permis la suspension de l’embargo, mais également de faiblesse à l’origine des premiers doutes sur la capacité de la junte à tenir tête à ses détracteurs. 2ème échec !

Dans un élan désespéré de rachat politique, le CNRDRE, proposera par la suite, l’organisation d’une convention nationale. Une initiative qui n’amassera pas mousse. Boudée par la majorité de la classe politique et de la société civile, cette profession de foi de la junte mourra en effet de sa belle mort. Elle fut enterrée dans la plus grande discrétion, sans oraison funèbre. 3ème fausse note d’une junte en quête de reconnaissance politique.

Comme étourdie par les précédents échecs, la junte procédera par la suite à de nombreuses arrestations de personnalités politiques dans des conditions pour le moins obscures. Là aussi, il fallut juste attendre les 72 heures et la forte pression de la communauté internationale pour obtenir la libération des personnes arrêtées. Les motifs des arrestations encore moins les raisons de leurs libérations ne sont pas encore clairement définies. Aussi, les observateurs eurent cette vague impression du déjà-vu dans la mesure où l’interpellation suivie de la libération des personnalités concernées survenaient pour la deuxième fois consécutive et toujours dans des conditions troublantes. Pas de quoi rassurer même les plus fervents des admirateurs !

L’on s’inquiète à raison de la partition du pays et de la lourde menace qui pèse à l’heure actuelle sur l’intégrité territoriale. On en arrive hélas, à oublier le même péril qui menace l’unité nationale. Les perspectives, à ce niveau, sont tout simplement pessimistes. Tenez : le fossé s’élargit chaque jour davantage d’abord entre les forces de sécurité elles-mêmes et d’avec les civils. L’image de soldats se faufilant entre les civils avec armes et munitions en dit long sur le climat de méfiance et de suspicion. La question se résume en ceci : « si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi ».

La traditionnelle opposition entre politiques et syndicats est désormais exacerbée. Les religions ne demeurent pas en reste. C’est désormais la chasse aux chrétiens du nord pays. A Tombouctou en effet, les églises sont pillées et saccagées au nom d’Allah. C’est encore en Son nom que d’autres musulmans sont assimilés à des infidèles et par conséquent pourchassés et châtiés… Le tableau n’est pas réjouissant.

Mais qu’on ne se lamente pas trop vite ! La junte possède au moins une réussite, ou presque dans son compteur : la gestion faite de la presse !
Bien entendu, l’ORTM reste encore occupé et le débat contradictoire n’est pas encore d’actualité dans la presse d’Etat. Aussi, la presse étrangère bénéficie de beaucoup plus d’égards et de considération que celle locale. L’on constate cependant dans les faits et en général, que la liberté de presse reste encore une réalité au Mali sous la junte.

Une note d’espoir si l’on sait que les coups d’Etat sur le continent sont généralement suivis de tentative d’embastillement et de graves atteintes à la liberté de la presse en général. Dans le cas du CNRDRE, la liberté d’opinion et de presse n’a visiblement pas été affectée. C’est bien d’ailleurs pour cette raison que vous êtes parvenus à lire cet article.

B.S. Diarra

Maliba Info du 24 avril 2012