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Lundi 10 novembre 2008, contre un projet de privatisation de l’adduction d’eau de Léré, localité située dans le nord ouest du Mali, les habitants se sont soulevés et ont attaqué la mairie qui en est à l’origine. Les tirs à balles réelles des forces de l’ordre feront six blessés dont l’un succombât. Cette émeute cacherait mal un conflit ethnique entre arabes et touareg.

La primeur de l’information a été livrée par la presse internationale, notamment l’Afp selon laquelle « six personnes ont été blessées par balles, lorsque les forces de l’ordre ont tiré sur des manifestants opposés à la privatisation annoncée du circuit local de distribution d’eau potable »

L’Afp a cité Ousmane Diallo, chef du centre de santé de la localité de Léré selon qui six manifestants blessés par balles tirées par les éléments de la garde nationale ont été reçus pour les soins d’urgence, dont certains étaient très sérieux. Parmi ces blessés, un finit par succomber à ses blessures.

Toujours selon le chef de centre cité par l’Afp, “certains avaient eu des balles dans l’épaule, d’autres dans les fesses, ce qui peut laisser penser qu’ils fuyaient les forces de l’ordre”.

Un responsable de la municipalité a déclaré à l’Afp sous couvert de l’anonymat: “Les incidents se sont déroulés quand plusieurs centaines, je dirai même un millier de personnes, qui manifestaient contre la privatisation de la distribution de l’eau ont saccagé la mairie”.

Il y avait débordement, donc la garde nationale a tiré à balles réelles”, a ajouté cette source. Selon la même source, six personnes ont été blessées par balles, et “plusieurs autres, dont le maire et son adjoint, par des cailloux lancés par les manifestants”.
Une affaire à ficelles ?

Cependant, il est donné à cette affaire qui oppose la population à sa mairie, une lecture tout autre. Certaines sources affirment qu’elle a une implication ethnique dont les ficelles seraient tirées depuis la capitale malienne. Et comment?

Selon nos sources, la population de Léré, arabe en grande partie, manifesterait une certaine hostilité à l’égard du maire de la commune, un touareg. La privatisation de l’adduction d’eau a mis le feu à une poudre dont la température était déjà à la hausse.

Informée de tout le risque que comporterait une telle opération de privatisation, la tutelle avait fait injonction au maire de Léré d’en surseoir la mise en œuvre. Mais le projet était devenu une question de stratégie politique dans la localité disent nos sources. Et la tutelle (l’administration) s’interrogeait sur l’insistance de la mairie à concrétiser cette privatisation malgré les risques qu’elle comportait.

L’adduction d’eau aurait été réalisée grâce à un financement des partenaires, nous dit une source. Elle a généré plus de 12 millions de FCFA cette année. Pourquoi vouloir privatiser une réalisation qui profite à toute la communauté ? Nombreux sont ceux qui y voient une motivation politique.

Politique parce que les vrais instigateurs de ces troubles seraient tapis à Bamako, à des hautes responsabilités de l’Etat en défendant les leurs suivant des considérations politiques et ethniques.

Arabes et Touareg de la localité de Léré pourront-ils surmonter les incidents du 10 novembre d’ici les élections communales à venir ? Nombreux sont les connaisseurs qui répondent par la négative : au contraire, il s’agit de signes annonciateurs de ce que seront ces élections dans cette partie nord ouest du pays. D’ici là saura-t-on raison garder ?


Boukari Daou

12 Novembre 2008