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une-136.jpgOn avait réussi à convaincre Jonas le flic que son épouse sortait avec quelqu’un d’autre. En homme qui, s’il aime le béret, déteste les cornées, Jonas le flic a fait filer son épouse. Ce samedi-là, madame lui avait dit qu’elle partait à l’hôpital pour rendre visite à une collègue malade. Pendant qu’elle s’apprêtait, Jonas le flic appela son agent secret, un jeune du voisinage et lui passa la mission.

Lorsque Madame confiait sa moto au parking de l’hôpital, elle ne savait pas que des yeux intéressés suivaient ses faits et gestes. Au lieu de se diriger vers l’entrée du lieu de souffrances et d’espoirs qu’est l’hôpital, elle traversa la route. Là, une voiture et un homme assis à bord attendaient. Madame prit place à côté de l’homme qui démarra sans se douter un seul instant que le jeune homme qui faisait de même et qui ne cessera pas de les suivre jusqu’à destination, n’était autre qu’un dangereux espion.

Ils arrivèrent. L’endroit était célèbre mais discret. Ils prirent place côté buvette pour faire semblant, sinon leur finalité était de passer côté chambres par une porte dérobée. Ils commandèrent à boire. Au même moment, l’agent secret sortait son téléphone et composait avec une joie perfide, le numéro de Jonas le flic.

Si Jonas n’avait pas été si rapide à arriver sur les lieux, il aurait certainement surpris les deux illégaux en train de lui enfoncer une autre corne, à en croire qu’ils voulaient transformer sa tête en véritable champ de cornes. Au moment où il arrivait en effet, son espion entendit distinctement son ennemi commander au garçon des chambres de leur ouvrir la même chambre, la n°8.

Jonas le flic arriva dans leur dos. Devant eux, se trouvait une chaise libre. Il les contourna et alla s’y asseoir bien en face d’eux. Il sortit son arme et le déposa devant lui sur la table. Tout cela se passa dans un silence total. Les deux planteurs de cornes se regardaient, regardaient l’arme et regardaient Jonas comme pour deviner ses intentions sur leur avenir immédiat.

Le garçon arriva pour leur dire que la chambre était prête. Il vit l’arme, fit demi-tour à reculons pour aller prévenir le patron de ce que la « malmort » planait sur la tête de deux clients. Au moment où celui-ci arrivait, madame était en train de bafouiller, de cafouiller que le monsieur était son frère avant de rectifier qu’il était son cousin pour terminer qu’elle voulait aller se soulager aux toilettes. Jonas lui répliqua que ce n’est pas seulement « pipi » qu’elle va aller faire, c’est autre chose qui va sortir avec l’urine.

Le patron, quelqu’un qui en a vu d’autres, s’invita d’autorité dans le début du drame. Madame en profita pour aller aux toilettes, laissant son amant qui nageait dans sa sueur . Dans les toilettes, madame ne se soulagea pas à proprement parler. Elle ôta sa jupe et attacha le pagne qu’elle portait toujours dans son sac. Une petite foule s’était formée autour de l’homme au pistolet et son cocufieur qui avait perdu jusqu’à la faculté d’ouvrir la bouche. Personne ne faisait plus attention à madame. Elle surgit des toilettes, le pagne retroussé jusqu’aux cuisses. Personne, avant d’avoir vue ça ne pouvait s’imaginer qu’une femme aussi épaisse pouvait courir avec autant d’agilité et de vitesse. Jonas qui l’avait vue, tira en l’air. Madame se courba, fonça, traversa la ruelle et disparut dans le quartier tout proche.

Et l’homme ? Rassurez-vous, il n’a pas été abattu. Mais que de sueurs chaudes pour la sprinteuse et froides pour son amant !

Remarquez, comme la honte suit toujours ceux qui tapent dans le dos de leur camarade, homme comme femme !


Sacré Chédou OUEDRAOGO

Sidwaya du 12 août 2008