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L’auteur cette phrase restée, depuis, célèbre fut l’un des premiers chantres africains de la Négritude, mais surtout l’un des précurseurs, sinon le poète et écrivain le plus inspiré de la littérature africaine.

Personne ne peut attester de la valeur de Léopold Sédar Senghor plus que celui qui, pendant des années, fut non seulement son disciple attitré, mais aussi son Premier ministre: l’ancien Président de la République du Sénégal et actuel patron de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

En effet, parlant de Senghor, Abdou Diouf affirmait qu’il était “l’un des premiers sages de l’Afrique moderne”, et “qu’il l’a démontré tout au long de sa gestion des affaires de l‘Etat, mais surtout durant le restant de sa vie”.


Un esprit perspicace

Sur le registre d’état civil, Léopold Sédar Senghor est né le 9 Octobre 1906 à Joal, vers le Sud de N’Dakarou (Dakar). Jusqu’à l’âge de sept ans, il ne fréquentait pas encore “l’école des Blancs”. Il ne parlait donc que sa langue maternelle : le Sérère, ce qu’il est lui-même. Mais dès qu’il commence à fréquenter l’école occidentale, il brûle très vite les étapes, comme on dit: son intelligence au dessus de la moyenne, sa perspicacité et sa grande curiosité ont fait le reste. Pourtant, le jeune Senghor nourrissait une autre ambition : devenir …prêtre. Mais le destin en décidera autrement…

Après avoir obtenu, sans difficulté, son baccalauréat au Collège séminariste de Dakar, il sera inscrit dans l’un des plus illustres établissements estudiantins de l’époque : le lycée Louis Le Grand de Paris, en France.

Rappelons, en passant, que sur une photographie de souvenir des élèves du Collège séminariste de Dakar, Senghor était… le seul Africain du groupe. Dans ses écrits, un sociologue français, qui s’était intéressé à la biographie de Senghor, affirmait qu’il apprenait rarement ses leçons : un petit coup d’oeil jeté sur son cahier lui suffisait pour les mémoriser.

En 1935, Senghor décroche son agrégat en Grammaire, à l’Université de Paris. Puis il devient Professeur de Grammaire au lycée Descartes. C’est à Paris qu’il se liera d’amitié avec un certain… Georges Pompidou. C’est là aussi qu’il deviendra le compagnon presque inséparable d’un certain… Aimé Césaire, avec qui il créera et prônera la notion de la “Négritude”.

Malheureusement, dès le début de la seconde guerre mondiale (1939-1945), Léopold Sédar Senghor sera mobilisé comme soldat. En Juin 1940, il sera capturé par les Allemands et fait prisonnier. Dans les mémoires d’un “Tirailleur sénégalais” qui avait subi la même infortune que Senghor, ce dernier n’avait eu la vie sauve que grâce à ses grandes connaissances qui avaient surpris et séduit les Nazis.
Quoi qu’il en soit, Senghor sera libéré avant la fin de la guerre, c’est -à- dire en 1942, deux ans après sa capture. Alors, il retourne à Paris et redevient Professeur.

Une carrière bien remplie

Le premier ouvrage poétique de Senghor est intitulé “Chants d’ombre” . Ensuite suivront d’autres essais, recueils et poésies dont “Joal” (sa ville natale) et “Femme noire” figurent parmi les plus inspirés. Mais il semble que les conditions quasi esclavagistes que subissaient les colonies africaines de l’époque ont constitué le véritable stimulateur, sinon l’instigateur de la valeureuse carrière politique et littéraire du poète.

Devenu Député du Sénégal, Senghor crée, dès 1948, le Bloc Démocratique Sénégalais (BDS). En 1955, il est nommé Secrétaire d’Etat auprès du cabinet d’Edgar Faure, ancien Président du Conseil (1952,1955 et 1956), de l’Assemblée nationale (1973-1978) et membre de l’Académie française.

En 1960, Senghor devient le premier Président de la République du Sénégal, un poste qu’il conservera jusqu’en 1980, avant de céder volontairement son fauteuil à son dauphin et “fils spirituel”, son Premier ministre Abdou Diouf.

Le moins que l’on ait pu constater, durant les vingt ans de pouvoir de Senghor, c’est qu’il a pu préserver le Sénégal, non seulement des turbulences politiques, mais surtout des séries de coups d’Etat qui, à l’époque, avaient affecté presque les trois quarts des pays africains.

L’autre côté atypique de la vie privée de Senghor, c’est qu’après ne s’être marié qu’à l’âge de quarante ans (soit en 1946), il a divorcé 9 ans plus tard (soit en 1955), pour se remarier avec Colette Hubert, une française originaire de Normandie, cette contrée mondialement réputée pour l’élevage de ses vaches et son exploitation laitière. Et, soit par coïncidence ou un fait du hasard, Senghor aimait beaucoup le lait, selon des sources proches de sa famille.

Les distinctions et les titres honorifiques de Senghor sont nombreux. Aussi, pour mesurer la valeur de l’homme, il faut seulement noter qu’il fut plusieurs fois consacré Prix Nobel de Littérature et Docteur Honoris Causa de nombreuses universités prestigieuses.
Grand Croix de la Légion d’Honneur et Commandant de l’Ordre des Arts et des Lettres, il fut aussi Président du Haut Conseil de la Francophonie. Aussi, certaines mauvaises langues avaient prétendu que c’est en son honneur qu’Abdou Diouf a pu être nommé à la tête de l’OIF.

Cette allégation par trop tendancieuse ne peut tenir la route, pour qui connaît le brillant parcours estudiantin et politique de Abdou Diouf. Néanmoins, ce dernier a de qui tenir: n’est-ce pas auprès de Senghor qu’il s’était aguerri politiquement ?

Père de l’indépendance de son pays, Senghor en a fait l’une des premières démocraties d’Afrique, au moment où tous les pays de la sous-région étaient secoués par des crises politiques le plus souvent sanglantes.

Le poète de la Négritude était non seulement le premier Africain agrégé en Grammaire, mais aussi l’un des plus ardents défenseurs de la langue française et le plus grand ambassadeur de la culture africaine, voire de l’universel. Rien d’étonnant donc qu’il ait été le seul membre africain de l’Académie française.

Le 31 Décembre 1980, après avoir librement quitté le pouvoir (il reste encore le seul Chef d’Etat africain à l’avoir fait), Senghor s’était retiré dans sa résidence privée, en Normandie.

Une semaine avant son décès, il avait été admis au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Caen, d’où il sortit le 14 Décembre. Mais sa famille et ses proches s’inquiétaient encore pour sa santé, et à juste raison.

En effet, le 20 Décembre 2001, il rendit l’âme à son domicile de Verson, à l’âge de 95 ans. Mais malgré son âge très avancé, l’homme à la tenue toujours impeccable et aux lunettes à monture d’écaille est resté jeune et vif, tant dans le coeur que dans l’esprit. En un mot, c‘est très sain d’esprit que Léopold Sédar Senghor a quitté ce monde, … presque comme un saint.

Oumar DIAWARA

11 Février 2008.