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La vie en société, surtout dans les grandes villes, produit des saletés et des déchets qui peuvent être nuisibles pour la santé des habitants s’ils ne sont pas reconvertis ou détruits à temps. Dans les pays habitués de longue date aux grandes agglomérations urbaines, les problèmes générés par la trop forte urbanisation, au niveau de l’environnement, sont relativement bien gérés par les populations et les services techniques.

Le Mali, qui est l’un des rares pays d’Afrique noire à avoir connu des grandes villes comme Gao, Tombouctou et Djenné avant la conquête coloniale, éprouve bizarrement toutes les peines du monde à rendre propres ses centres urbains et à leur offrir un cadre agréable de vie.

Pourtant au village d’où sont originaires la plupart des citadins, les problèmes liés au cadre de vie sont correctement évacués de même qu’est constant le souci de l’équilibre de la nature. Le village étant généralement de taille réduite, les problèmes d’assainissement y sont plus faciles à gérer qu’en ville, grande concentration où le plus souvent, c’est la loi du plus fort ou du plus riche.

Il y a aussi le fait que la vie au village obéit à des normes indépassables qui empêchent l’individu de faire du n’importe quoi et, dans certains cas, la menace de la mort est sortie pour l’obliger à rester et tenir en place.

La dictature des vieux est aussi présente pour veiller au bon ordre, c’est-à-dire faire en sorte que les femmes déposent comme d’habitude les déchets ménagers sur les tas d’ordures et non un peu partout, que les troncs de karité et de néré de la proximité du village ne soient pas coupés et que les cours d’eau, et les marigots soient collectivement pêchés et non plus individuellement, etc.

Dans maints villages, les tas d’ordures sont périodiquement enlevés pour servir d’engrais ou de fumure dans les potagers et les vergers, ce qui les empêche de grossir démesurément et de sentir mauvais. Dans beaucoup de villages également, interdiction est faite de couper les bois sacrés ou de piller les sites archéologiques là où cela existe.

On aboutit alors au paradoxe que des gens qui n’ont reçu aucune directive pour préserver leur milieu, qui sont analphabètes sans pour autant être dépourvus de bon sens et de toute notion d’hygiène, arrivent à plus de résultats que leurs frères des villes plus ou moins instruits, se disant civilisés et au courant de ces choses-là.

Au bas mot, il en va tout autrement dans les villes où les problèmes d’environnement sont aussi sérieux que ceux du logement. L’idée est installé chez les chefs de famille qu’ayant acheté leurs parcelles et construit leurs maisons eux-mêmes, ils sont souverains chez eux et aucune autorité n’est qualifiée pour leur donner des ordres.

Les chefs de quartier et les imams sont sans pouvoir réel dans ce domaine ; comme tout le monde, ils assistent impuissants à la dégradation de leur environnement et à l’invasion des mouches et des cafards dans leurs familles.

Les locataires, quant à eux, sont convaincus être de passage, donc pas concernés par la propreté du quartier qu’ils habitent provisoirement. Il ne faut donc pas leur demander de se dépenser physiquement pour le curage des caniveaux ou le nettoyage des égouts et encore moins exiger d’eux qu’ils déboursent pour l’entretien du dépotoir ou des ruelles du voisinage.

Quant aux autorités municipales, elles ont peur d’agir, de prendre des mesures cœrcitives parce que leurs postes sont électifs. En faisant pression sur leurs électeurs, même dans leurs intérêts, ils risquent de perdre leurs voix parce que jusqu-là la culture du bon cadre de vie n’est pas installée dans nos villes où c’est pratiquement le désordre et l’anarchie à ce niveau.
L’Etat lui-même a pris ce train en marche ; les lois prises dans ce chapitre restent royalement méconnues des citadins.

De temps à autre, une plaque bricolée par des voix non autorisées indiquent qu’à tel endroit, il est interdit de déposer des ordures, mais ces places sont précisément celles qui reçoivent le maximum d’ordures.

Et quand d’honnêtes citoyens construisent des maisons ou des restaurants dans les lits des cours d’eau, il est difficile d’imaginer qu’on puisse interdire aux femmes d’y déposer leurs ordures ou aux fous de faire leurs soulagements.

Le bordel des villes, ce n’est pas seulement les maisons closes, les bars et les autres lieux de perdition, c’est aussi les rats des égouts qui envahissent les maisons, les flaques d’eau stagnante au pied des murets, l’odeur pestilentielle du chien mort du voisin qui n’est enlevé que sous la menace de l’arrivée de la police et bien sûr ces essaims de moustiques qui remplissent les cours des maisons au crépuscule passé et qui donnent le paludisme.

Facoh Donki Diarra

04 août 2006.