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A quand une véritable justice pour les enseignants maliens ? A quand la fin des stéréotypes qui courent sur eux? Les autorités politiques, administratives, et même judiciaires contribuent toutes à la détérioration de l’image de l’enseignant. Des enseignants ayant bénéficié des promotions sont de véritables loups pour les enseignants, de vrais fossoyeurs de l’enseignant. La fonction enseignante souffre d’un manque de solidarité entre enseignants.

Il serait même souhaitable de confier le ministère de l’Education à un non enseignant. Nous savons que l’enseignement a un caractère sacerdotal mais cela ne signifie pas que l’enseignant est condamné à rester pauvre. L’enseignant, comme tout autre travailleur a droit à un mieux- être. Il a aussi besoin d’assurer ses arrières.

Tous les régimes politiques qui se sont succédé au Mali, excepté celui de Modibo KEITA, ont tous contribué à leur façon à saper l’image de l’enseignant. Après le coup d’Etat de 1968, les militaires putschistes, qui sont entrés dans l’histoire par effraction, ont pensé qu’il fallait clochardiser l’enseignement.

C’était une façon déplacée et lâche de se venger de l’enseignant-président renversé. Le régime de Moussa Traoré fut celui des « vaches maigres » pour les enseignants. Ils ont cessé d’être payés régulièrement : souvent 4 à 5 mois sans salaire. Ce faisant, l’enseignant avait de la peine à se loger, difficile pour lui d’avoir une femme en mariage parce que c’est «la craie mougou ni papier».
L’enseignant était vilipendé.

Le 26 mars 1991, nous avons osé espérer une autre image car après la transition, c’est un autre enseignant qui a été élu président. Déception et désolation. Commencée sous la transition, la contractualisation de l’enseignement se poursuit et se consolide sous Alpha Oumar Konaré. Nos gouvernants ont été incapables de résister et de faire comprendre aux impérialistes de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (F.M.I) que l’école devrait être hors du programme d’ajustement structurel. Ces néo- Colonialistes, appelés bailleurs de fonds, veulent toujours maintenir les pays africains dans l’état de servitude.

Le Mali connut ainsi à cause de ces mauvaises politiques néocoloniales, le départ volontaire des enseignants à la retraite, la fermeture d’écoles de formation des enseignants telles que les I.P.E.G et les E.N.SEC, etc. Pour pallier plus tard au déficit d’enseignants, n’importe qui était recruté pour enseigner. Sacrilège !

Après plus de 40 années d’indépendance, l’école malienne, bien partie avec la 1re République, dégringole actuellement. Après les 10 années de Alpha, c’est le retour au pouvoir du « Général- enseignant« . Le constat est toujours amer : l’école s’enfonce davantage dans le gouffre. Incapable de sauver l’école de la dérive, le régime en place a pensé que la solution serait d’organiser un forum ; l’expression d’un aveu d’impuissance, d’une fuite en avant.

Chaque régime doit pouvoir prendre ses responsabilités face à l’histoire. Sous Amadou Toumani, l’enseignant continue toujours d’être vilipendé. Le général- enseignant apparaît comme le spécialiste en matière de dénigrement de l’enseignant. Parlant chaque fois de l’école, le Président profite pour lancer des flèches aux enseignants. C’est bien une façon de manifester son mépris sinon sa haine à l’égard de ses « collègues enseignants« .

Monsieur le président, ça suffit ! Un peu de respect et de considération pour le monde enseignant. A l’O.R.T.M, nous lui demandons d’arrêter ses campagnes de dénigrement à l’encontre de l’enseignant

l’enseignant n’est pas un paria. Malgré l’étiquette priorité nationale, les enseignants sont victimes d’injustice, du manque de considération, de la discrimination de la part des pouvoirs publics. Pour preuve, il y a presque deux ans que les enseignants du secondaire réclament une indemnité de logement. Le pouvoir en place a refusé l’octroi de cette indemnité soutenant que le coût n’est pas supportable par le budget national.

Pourtant, deux décrets présidentiels viennent d’être adoptés le 26 juin 2008. Il s’agit des décrets n° 08- 348/PR M et n° 08- 349/ PR M, qui accordent respectivement des indemnités de responsabilité et de représentation au sein des Etats majors et services de la défense nationale. Ces décrets qui prennent effet à compter du 1er juillet 2008 allouent des indemnités allant jusqu’à 85.000 F CFA aux militaires.
Questions : Les enseignants dépassent- ils en nombre les militaires ? Quels fonds prendront en compte ces dépenses extra- ordinaires ? Sans être contre une corporation, nous comprenons mal cette politique de deux poids deux mesures.

Y a- t- il des Maliens qui valent mieux que d’autres ? La majorité des jeunes qui enseignent aujourd’hui le font par défaut. N’ayant pas d’engouement pour l’enseignement, ils sont prêts à décrocher dès qu’ils trouvent mieux. Sécuriser le métier d’enseignant en mettant l’enseignant à l’abri du besoin est un impératif. L’enseignant est un acteur incontournable du développement. Quel est le médecin, l’ingénieur, le juge, le journaliste, etc. qui ne soit pas passé par les mains de l’enseignant ?

L’enseignement au Mali est un métier ingrat. Il ne permet pas à l’enseignant de vivre décemment. Les enseignants méritent mieux. Confucius nous dit ceci : «Quand on veut prendre en otage l’avenir d’un pays, il est inutile de prendre les armes. Il faut commencer par saboter son système éducatif». La revalorisation de la fonction enseignante est un passage obligé pour le Mali. Pour cela, il faut une prise de conscience générale nécessitant un changement de mentalité vis-à-vis de l’enseignant, une réelle volonté et courage politique.

Rendre plus attrayante la fonction enseignante, motiver les enseignants dans l’exercice de leur fonction sont des défis à relever pour notre pays s’il ne veut pas être figurant parmi les autres nations. Mais cela ne se fera sans les enseignants eux- mêmes. L’unité du monde enseignant est donc un impératif.
Enseignants du Mali, Unissons-nous !

N’golo Marc DEMBELE, Professeur d’Enseignement Secondaire

06 Octobre 2008