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Décidément, le développement du Mali n’est pas pour demain. Il n’y a aucune synergie d’action entre les différents responsables face aux grands problèmes de la nation. Au moment où certains construisent, d’autres, dans l’impossibilité de consolider ce qui a été fraîchement réalisé, se donnent tous les moyens pour le détruire. Au titre de ces autorités maliennes, l’on peut sans risque de se tromper citer Adama Sangaré, actuel maire du district de Bamako. Arrivé à la tête de la mairie du district par le fait du hasard, Adama Sangaré n’a pas eu mieux à faire que de mettre le pied dans certaines actions salutaires de son prédécesseur, feu Moussa Badoulaye Traoré.

En contradiction totale avec la démarche actuelle de l’État malien qui essaie tant bien que mal de trouver de l’emploi aux jeunes, Adama Sangaré, devenu maire du district de Bamako, à la faveur du décès de Moussa Badoulaye Traoré, a décidé d’envoyer plus de 63 éléments de la Brigade urbaine de protection de l’environnement (BUPE) au chômage, pour des motifs fallacieux qui ne résistent à aucune analyse.

La population du district a eu l’agréable surprise de constater, un beau matin de l’année 2005, que la mairie venait de doter la ville d’une nouvelle brigade d’assainissement de Bamako (BABA). A l’époque, en prenant cette initiative, feu Moussa Badoulaye Traoré posait un début de solution à deux problèmes récurrents au Mali et surtout dans le district de Bamako : l’assainissement de la ville et l’emploi des jeunes maliens.

Il n’y a aucun doute : la ville de Bamako a plus que jamais besoin d’une brigade digne de nom pour un minimum de contrôle et de surveillance afin que la ville soit assainie. Et ça, feu Moussa Badoulaye Traoré l’avait compris. Il avait aussi compris qu’en matière de création d’emplois, il faut souvent des petites idées pour produire des grands effets.

Feu Moussa Badoulaye Traoré a tiré 233 jeunes du chômage

Par son initiative de création de la BABA, feu Moussa Badoulaye Traoré avait fait d’une pierre fait deux coups. En même temps qu’il se préoccupait de l’assainissement de la ville, il venait de tirer plus de 233 jeunes du chômage. C’est vrai qu’au début, ce ne fut pas facile. Pour la prise en charge des éléments de la BABA, il avait à l’époque eu recours à l’Agence pour la promotion de l’emploi jeunes (APEJ).

Dans le cadre de son programme promotion de l’emploi des jeunes, l’APEJ s’était engagée pour six mois aux côtés de la mairie du district qui devait prendre à charge les autres six mois pour l’année de stage de qualification. Mieux, après cette période de stage de qualification, dans sa délibération en date du 6 janvier 2006, le conseil de la mairie du district avait pris la décision d’intégrer les éléments de la brigade d’assainissement de Bamako dans la Brigade urbaine de protection de l’environnement (BUPE).

Cette délibération a été formalisée par la décision n° 144 du 27 mars 2006 portant autorisation de la prise en charge des éléments de l’ex-BABA par la mairie du district de Bamako. Même, si en fonction du coût actuel de la vie au Mali, l’on peut dire que le salaire proposé aux agents de l’ex-BABA est modique, force est de reconnaître que feu Moussa Badoulaye Traoré a fait de son mieux pour tirer un peu plus de 233 jeunes maliens des griffes du chômage.

Et si toutes les collectivités décentralisées du pays s’inspiraient de cet exemple, nombreux sont les jeunes maliens qui verraient le bout du tunnel et pourraient gaillardement goûter au plaisir d’avoir un premier emploi depuis leur sortie de l’école. Mais, hélas, au lieu de tout mettre en oeuvre pour augmenter le nombre des éléments de la brigade dont il a hérité de son prédécesseur, Adama Sangaré a plutôt décidé de procéder à un dégraissage de l’effectif.

Les 63 chômeurs de Adama Sangaré

Il y a bientôt trois mois qu’il a pris la lourde responsabilité de mettre 63 éléments de la BUPE à la rue sans aucune forme de procès (sans préavis, ni droit) et pour des motifs tels que : la paresse, les absences répétées. Toutes choses que les victimes contestent.

Après plusieurs démarches infructueuses auprès de certains responsables administratifs, politiques et religieux du pays, les éléments injustement licenciés de la BUPE ont décidé de saisir la direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle du district de Bamako, afin qu’elle intervienne après du maire du district pour un règlement amiable du contentieux.

“A défaut d’être intégrés dans nos emplois auxquels nous tenons énormément, nous demandons à être mis dans nos droits”, ont-t-ils demandé à Oumar Sanogo, directeur régional du travail. De l’enquête contradictoire de la direction régionale du travail, le mandataire du maire a indiqué : “les plaignants n’ont pas été licenciés et qu’ils seraient liés à la mairie par des contrats de travail à durée déterminée d’un an librement conclus avec eux en janvier 2007 et n’ont pas été renouvelés à cause de leur mauvaise manière de servir”.

L’administrateur du travail a indiqué au maire du district que les arguments avancés par son mandataire “ne justifient pas juridiquement la manière dont les 63 éléments de la BUPE ont été congédiés”. Il a estimé que les contrats dont parlent la mairie du district, en plus du fait qu’ils ne répondent pas entièrement aux conditions de fond et de forme du contrat à durée déterminée, ont été signés par les intéressés alors que ceux-ci avaient déjà été recrutés pour compter du 1er mars 2006, dix mois auparavant, par la décision n°144/Mairie du district de Bamako en date du 27 mars 2006.

Partant de cette décision, le directeur régional du travail a estimé qu’à l’instar des autres éléments de la BUPE, les 63 victimes d’un licenciement avaient acquis le statut de titulaires de contrat à durée indéterminée protégés par l’article L 40 du code du travail. Sur la base de ce qui précède, le directeur régional du travail a demandé au maire du district de les réintégrer dans leurs emplois. Et à défaut, il lui a fait deux propositions.

Le maire Adama Sangaré a la possibilité de convenir avec les requérants d’une séparation à l’amiable en leur proposant de régler la totalité de leurs droits que leur confèrent leurs contrats du 1er mars 2006. Il a aussi la possibilité d’engager au niveau de la direction régionale du travail une procédure de licenciement contre les 63 éléments de la BUPE, si les faits qui leur sont reprochés sont vérifiables et lui semblent suffisamment graves pour arriver à une telle solution.

La lettre du législateur du travail est sans appel. Le maire Adama Sangaré, en jetant les 63 éléments à la rue, a violé la loi en matière de travail sur toute la ligne. Et s’il n’a pas d’autres motivations, il doit s’aviser pour revoir la copie de sa décision de renvoi.

Assane Koné

22 avril 2008.