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Depuis les terribles évènements du 26 mars 1991, les mandats législatifs au Mali se sont suivis sans se ressembler. Idem pour les élections législatives. Les députés élus au terme des différents scrutins législatifs sont au nombre de près de six cent et totalisent quatre mandats quinquennaux – en se référant à ceux de 1992, 97, 2002 et 2007.

Mais si ceux qui ont cumulé des mandats depuis les temps de Moussa Traoré ou d’Alpha Oumar Konaré, et qui se retrouvent encore sur les sièges de l’Assemblée, se comptent sur le bout des doigts d’une seule main, ceux qui font partie de la vague de l’avènement d’ATT sont aujourd’hui les plus nombreux à l’Hémicycle.

C‘est dire que la “promotion” des députés majoritaires des deux mandats législatifs – de 1992 à 2002 – de l’ère d’Alpha ne compte actuellement pas beaucoup d’adeptes au sein de l’Assemblée. Et que la presque totalité des élus actuellement présents à “Bagadadji”, ont été, pour ainsi dire, tous “nourris au lait” de la démocratie, puisqu’ayant affûté leurs armes politiques au cours des cinq dernières années du premier mandat d’ATT.

Toutes choses qui constituent autant d’atouts devant leur permettre de se distinguer au sein de l’Hémicycle, en créant une nette différence entre la législature 2007-2012 et les précédentes, sur le plan de la positivité et la rentabilité dans les futurs débats des sessions parlementaires.

Mais les polémiques inutiles qui ont entouré la simple question de candidature à l’élection du président de l’Assemblée prouvent déjà que cette Assemblée ne sera pas aussi différente des autres. Et pour causes. Une certaine routine s’est installée, depuis 1992, au sein de l’Hémicycle, alimentée par une certaine crainte des réformes ou innovations.

Aussi, autant un Me Tall a été décrié, voire vilipendé, pour avoir eu le toupet de présenter et maintenir sa candidature à la présidence de l’Assemblée – bien qu’aucun texte ne l’interdise – autant les gens de l’ADP n’avaient pu, jusqu’à ce jour, tomber unanimes sur le choix d’un seul candidat à ladite présidence.

D’autre part, on a beau dire, la candidature de Me Tall pour le perchoir a non seulement été salutaire pour la démocratie parlementaire, mais elle a permis à cette élection – du président de l’Assemblée – de se démarquer nettement de celle de 1997, où le seul élu au Perchoir était le Pr Aly Nouhoum Diallo, avec une majorité de 139 voix. Si bien que de tous les quinquennats – de 1992 à nos jours -, celui de 1997-2002 a le plus été émaillé de revers et d’irrégularités, tant sur le plan politique qu’au sein de l’Assemblée.

Non seulement les partis d’opposition d’alors, pour avoir boycotté l’élection présidentielle, ont été martyrisés et marginalisés sur le plan de la gestion du pouvoir, mais l’Assemblée “appartenait”, comme qui dirait, à l’Adéma.

Bref, la réelection de Aly Nouhoum Diallo était à l’image de celle de Alpha OUmar Konaré, sauf que lors de cette élection présidentielle de 1997, il avait fallu “sauver la face” en cherchant, pour le candidat Konaré, un adversaire de façade, en l’occurrence, feu Mamadou Maribatrou Diaby.

Du fait même de leur minorité de voix, les treize autres formations politiques présentes à l’Hémicycle, même réunis et solidaires, ne pourraient pas obtenir des chances d’imposer leurs volontés ou points de vue au duo majoritaire Adema-URD.

Car c’est justement pour s’assurer cet avantage majoritaire – en terme de nombre d’élus – que bien avant l’élection du président de l’Assemblée, le parti de l’Abeille s’est investi sans compter, rien que pour obtenir le soutien des 34 élus de l’URD et sceller ainsi un pacte avec le parti de la “poignée de mains” en vue de contrôler les futurs débats parlementaires.

Du reste, pour l’Adéma, le nom du parti qui dispose, après lui, de plus d’élus importait peu. Que ce parti soit l’URD, le CNID, le MPR, même le RPM ou un autre, l’Adéma aurait négocié avec ce parti, l’essentiel étant d’avoir la garantie de ses élus.

C’est dire que ce fameux “ fait majoritaire” hante toujours le parti ou regroupement politique qui compte le plus de voix à l’Assemblée. Et le changement de certaines dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée est susceptible de changer la donne, ou même compromettre la suprématie de cette majorité.

Aussi, c’est peut- être pour sauver cette suprématie qu’une fin de non recevoir a été signifiée à certains élus partisans du changement des habitudes de l’Hémicycle, par les députés issus, pour la plupart, de l’ADP.

Ledit changement portait sur des innovations telles que : la création d’une troisième questure, la modification de la composition du bureau d’âge, l’institution des débats en langues nationales, la réserveration d’un certain nombre de postes aux femmes dans le bureau.

Il semble qu’en définitive, tout ce qui est susceptible de bousculer les habitudes établies depuis des lustres, au sein de l’Hémicycle, est quelque peu redouté. Pourtant, il faudra bien sortir, un jour, des chantiers battus, tant les réalités de l’avenir seront différentes de celles du passé.

Tout comme les habitudes parlementaires d’antan diffèrent quand même quelque peu de celles d’aujourd’hui.

Oumar DIAWARA

13 septembre 2007.