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La démocratie est le pire des régimes à l’exclusion de tous les autres disait Winston Churchill. Elle se caractérise par le principe de la séparation des pouvoirs héritée de Montesquieu qui a eu raison d’estimer qu’afin d’éviter tout abus de pouvoirs dans un régime démocratique, le pouvoir devrait arrêter le pouvoir d’où l’assurance d’un équilibre institutionnel contre toute dérive dictatoriale ou autocratique.

Parmi les trois pouvoirs constituant le socle de la démocratie, le pouvoir législatif occupe une place de choix, à côté de l’exécutif et du judiciaire. Le contenant de ce pouvoir qui n’est rien d’autre qu’un succédané de la démocratie directe telle que la Grèce Antique l’appliquait s’appelle indistinctement Assemblée Nationale, Chambre basse, Parlement selon les pratiques et expériences démocratiques variant d’un pays à un autre.

Dans notre cas d’espèce, le pouvoir législatif est exercé par une assemblée nationale dont les membres (députés) sont élus au suffrage universel direct, aux termes de la constitution. Dans un passé récent, l’assemblée nationale du Mali, véritable chambre d’enregistrement, était aux ordres du pouvoir exécutif, précisément du Président de la République.

Une Assemblée nationale caisse à résonnance : Il est de notoriété publique que les députés en Afrique, en général, dans notre pays en particulier sont souvent d’un niveau d’instruction en deçà du minimum nécessaire, ignorant jusqu’aux rôles et attributions d’un député. C’est pourquoi certains de nos élus nationaux n’hésitent pas à soulever pieds et mains pour voter tous les projets de lois qui leur tombent sous la main ; les propositions de lois sont presqu’inexistantes dans la pratique parlementaire de notre assemblée nationale.

A ces insuffisances s’ajoute l’abus de la transhumance politique amenant les élus d’une formation politique à rejoindre avec armes et bagages souvent la majorité présidentielle, entraînant du coup une confusion entre l’exécutif et le législatif. Il faut reconnaître à la vérité que quelques députés ont vaillamment joué leur partition sous le régime déchu notamment l’honorable Konimba SIDIBE dont les interpellations sur les préoccupations légitimes des citoyens – tout le monde s’en souvient – faisaient frémir les Ministres.

Pour la refondation du Mali, au-delà des intérêts partisans, nous devrions tous œuvrer à mettre en place une assemblée composée d’élus mieux éclairés, mieux formés aux fins de contrôle de l’action gouvernementale, entre autres.

Quels critères pour le choix des futurs députés : A défaut d’exiger de nos élus nationaux un niveau optimal d’instruction, le peuple devrait comprendre que l’élection législative est une élection de proximité n’ayant aucun rapport avec l’étiquette politique (dans un pays où aucun parti n’est fondé sur une idéologie politique précise).

En effet, les seuls critères qui vaillent sont les critères de crédibilité, de compétence et de probité des futurs députés et non les partis ou regroupements de partis politiques qui les portent. Pour réussir le pari du changement, gouverner avec les femmes et hommes valeureux que le peuple Malien choisira : Pour honorer sa promesse de restituer au Mali sa splendeur d’antan et aux Maliens leur dignité « pour l’honneur du Mali, pour le bonheur des Maliens », IBK serait bien inspiré de s’en tenir à sa profession de foi « gouverner avec les fils valeureux du pays quelle que soit leur coloration politique » ; à défaut – Dieu nous en garde – l’unanimisme d’ATT risquera de revenir au galop.

Curieusement, l’imaginaire populaire continue à avaler que la coloration politique prime la qualité des candidats. La bourde collective : dis-moi sur quelle liste de partis politiques tu es inscrit, je te dirai tes chances de remporter ! Contrairement au désir de changement prôné par les Maliennes et les Maliens, la question qui revient souvent – malheureusement même dans le milieu intellectuel – est celle de savoir : Tu es candidat sur quelle liste de partis politiques ?

Comme si la préoccupation était l’assemblage de partis politiques et non l’élection de députés compétents, probes pouvant redorer l’image de notre pays. Dans la logique de la bourde collective, n’importe quel criminel à col blanc ou n’importe quel quidam pourrait se retrouver député, en se camouflant,tout simplement,derrière une liste de soi-disant grands partis.

Pour mémoire, il est de notoriété publique qu’IBK ne doit son plébiscite qu’à son charisme personnel, et non à un quelconque apport d’un parti politique, du reste lui-même en a conscience lorsqu’il déclare sans ambages, en sa qualité de Président de tous Maliens, vouloir gouverner avec les fils valeureux du pays sans tenir un quelconque compte de leur coloration politique.

Cependant, la confiance que le peuple a placée en lui ne saurait perdurer que lorsque le pays sera doté d’un parlement « sentinelle » exerçant un contrôle efficient des actions du Gouvernement. Que doit savoir les électeurs : L’on ne saurait parler de démocratie et espérer un quelconque changement, sans un minimum de formation et d’information du peuple. Pour jouer son rôle, à travers le choix des dirigeants, encore faudrait-il que les électeurs disposent d’un minimum de critères.

L’appréciation de ces critères exige un éclairage des populations sur l’enjeu de leurs votes d’où la partition de ceux qui ont eu la chance d’aller à l’école dans l’œuvre de reconstruction de notre pays.

Il convient de se soucier de l’intérêt général du pays, seule voie du salut, au détriment des petits présents dérisoires distribués pendant la période de campagne électorale. Méfions-nous des vendeurs d’illusions qui nous promettent monts et merveilles, nous mettent plein la vue pendant la campagne pour enfin disparaître de notre vue durant tout leur mandat.

Oui à la qualité des personnalités crédibles comme candidats sur les listes ! Non à la prééminence du contenant (partis politiques) sur le contenu (candidats loin d’être à la hauteur cachés derrière un parti politique) ! L’arbre ne doit aucunement cacher la forêt, sinon nous serons à la case départ ; les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Posons donc la bonne question, quel candidat se cache derrière quel parti politique ? Et l’équation est à moitié résolue, quand on sait que certains candidats poursuivis par la justice – en dépit de la présomption d’innocence – pourraient être l’objet d’une demande de levée de l’immunité parlementaire auprès de la toute nouvelle assemblée nationale au cas où ils seraient élus.

Dieu bénisse le Mali !

Aguibou BOUARE

Conseiller Juridique

04 Novembre 2013