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Louis Michel a déjà transmis ses suggestions pour améliorer le déroulement du processus électoral

A Koulouba mercredi, juste après le Conseil des ministres qui s’est tenu dans l’après-midi, Ibrahim Boubacar Keita et Louis Michel se sont longuement entretenus dans une des salles d’audience de la Présidence. Au menu : tout naturellement les élections présidentielles passées et les législatives à venir. Au cours de l’entretien, Louis Michel a officiellement remis au chef de l’Etat le rapport de la mission dont il a assuré la direction pendant environ trois mois. Son équipe était composée de spécialistes et d’une centaine d’observateurs déployés sur le terrain pour suivre tout le processus électoral.
Aujourd’hui, la mission a accompli son office, peut-on dire. Mais déjà une autre plus complexe – de l’avis de notre hôte lui-même – s’annonce. En effet, Louis Michel est aussi venu annoncer au président Keita qu’il est reconduit par son institution pour conduire à bon port la nouvelle mission d’observation qui suivra, cette fois, les législatives prévues pour cette fin d’année.

L’audience avec le président Keïta se situe donc en prélude au déploiement de la deuxième mission d’observation sur le terrain. Il faut noter que cette phase n’était pas prévue au départ. Etant donné l’excellente coopération entre l’Union européenne et notre pays, la centaine d’observateurs dont 20 de long terme et autant de court terme, sera de nouveau sur le terrain d’ici la fin du mois. Le parlementaire européen et son équipe ont déjà pris leurs quartiers à l’hôtel Radisson.
Le rapport qui a été présenté et remis au chef de l’Etat se prononce sur plusieurs thématiques toutes liées aux élections. Selon Alain Chabod, attaché de presse de Louis Michel , le dit rapport contient 18 recommandations proposant plusieurs pistes d’amélioration du processus électoral.
 D’ores et déjà, Louis Michel et son équipe technique avaient rencontré mardi les représentants des partis politiques pour justement partager avec eux le bien fondé des recommandations formulées. La rencontre tenue au Radisson a donné lieu à d’instructifs échanges sur le fond.

QUELQUES AJUSTEMENTS – Lors d’une conférence de presse tenue au Radisson jeudi, Louis Michel a présenté le même rapport à la presse nationale et internationale. Mais auparavant, il a remercié tous ses collaborateurs pour les efforts déployés et s’est félicité du fait que les élections présidentielles se soient tenues dans « des conditions acceptables ». Il a prévenu cependant qu’ « il n’existe pas d’élections parfaites ». « Les incidents récents (à Kidal, Gao et Tombouctou) illustrent la fragilité du processus , a jugé le chef de la mission qui voit en la libération des prisonniers affiliés aux groupes armés du Nord un geste de confiance.
Présentant le document d’une cinquantaine de pages, le patron de la mission européenne a salué l’engagement et le patriotisme de la classe politique malienne et a félicité les structures de l’Etat intervenant dans l’organisation des consultations. Même s’il a estimé que le processus électoral était géré au mieux, le parlementaire européen a jugé que quelques ajustements pourraient améliorer la qualité du vote.

Parmi les recommandations formulées dans les dernières pages du rapport, Louis Michel privilégie la clarification du cadre réglementaire établi par ministère de l’Administration territoriale en cohérence avec les dispositions de la Loi électorale. Il estime dans le même sens que le système d’administration électorale existant et l’actuelle composition du Comité de pilotage pourraient être maintenus pour la préparation immédiate des élections législatives.
De son point de vue, le fichier biométrique 2013 pourrait être rendu plus inclusif par l’intégration de tous les Maliens dotés d’un récépissé d’enregistrement, par la production et la délivrance de la carte NINA aux électeurs avec lieu de résidence inconnu et par une nouvelle révision des listes électorales par les Commissions administratives d’établissement des liste électorales (CAELE), avec une attention particulière portée aux déplacés et aux réfugiés.

En outre, recommandera le parlementaire européen, l’administration électorale pourrait pérenniser la transparence et la traçabilité des résultats désagrégés par bureau de vote, ainsi que leur mise à disposition immédiate aux citoyens sur Internet pour pouvoir vérifier la bonne prise en compte des résultats de leurs bureaux de vote dans les résultats définitifs.
UNE STABILITÉ DURABLE – Pour Louis Michel, le processus électoral gagnera en crédibilité si le recensement général des votes bénéficiait d’une clarification des procédures, en apportant toutes les précisions nécessaires pour rendre celui-ci transparent. « Le modus operandi du traitement des PV devrait être établi au préalable et être rendu public erga omnes. Le relevé des causes d’annulation des votes dans un bureau de vote ou la possibilité de l’invalidation du BV entier devraient être établis a priori », a argumenté le patron de la mission d’observation européenne.
Comme nous l’avions indiqué plus haut, pour la deuxième fois et sur invitation des autorités maliennes, l’Union européenne déploie une mission d’observation électorale à l’occasion des élections législatives programmées pour novembre et décembre 2013. Louis Michel, chef de cette mission d’observation, a donc procédé au lancement de cette nouvelle mission d’observation électorale au cours de la conférence de presse hier à l’hôtel Radisson.

La Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice présidente de la Commission, Catherine Ashton, a depuis Bruxelles et à travers un communiqué indiqué que le déploiement de cette mission est l’expression du soutien de l’Union européenne à l’achèvement de la transition politique, au plein retour à l’ordre constitutionnel et à une stabilité durable au Mali ». Ces objectifs, assure le communiqué, ne pourront être atteints que si tous les Maliens s’engagent dans ce processus électoral avec sérénité et dans le respect de la démocratie. La mission d’observation a pour objectif de contribuer à la transparence, au caractère inclusif et à la crédibilité du processus électoral.

L’équipe cadre de 9 experts et analystes est déjà déployée à Bamako. Un total de 20 observateurs de long terme les rejoindront le 25 octobre, suivis par 20 autres observateurs de court-terme une semaine avant le scrutin. Comme d’habitude, peu après le jour du scrutin, la Mission présentera ses premières conclusions dans un communiqué préliminaire et à l’occasion d’une conférence de presse dans notre capitale. La Mission poursuivra ensuite son observation du décompte et de la centralisation des résultats ainsi que des recours le cas échéant.

A. M. CISSE

L’Essor du 18 Octobre 2013