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Les élections se succèdent, mais jamais ne se ressemblent. Ainsi, la particularité des élections législatives de cette année réside dans la plus grande représentativité des femmes, surtout dans le district de Bamako, sur les différentes listes de candidatures, contrairement aux autres années où les femmes étaient le plus souvent écartées de la course par les responsables de leurs partis respectifs. Est-ce à dire que le combat mené par les organisations féminines par rapport à une plus grande représentativité des femmes dans les instances de décsion, a porté fruit?


Faut-il le noter, les femmes jouent un rôle très important dans la vie politique au Mali. Au délà de leur superiorité numérique (plus de 51% de la population), de la contribution prépondérante qu’elles ont apporté dans l’avènement de la démocratie au Mali, les femmes constituent le fer de lance de la mobilisation sociale lors de toutes les élections. En témoigne davantage la plus grande mobilisation des femmes autour de la candidature d’ATT à l’élection présidentielle du 29 avril dernier.

Les femmes et les instances de décision

Malgré leur rôle important sur la scène politique, le niveau de représentation des femmes dans les instances de décision reste très faible et bien en deçà des attentes compte tenu de ce qui précède. A titre illustratif, 5 ministres femmes sur un total de 27, soit 18,5%, 14 députés femmes sur un total de 147 soit 9,5%, 7 maires femmes sur un total de 703, soit 1%, 418 conseillères communales sur un total de 10505, soit 3,9%, 1 préfet femme sur un total de 49 soit 2%, et aucun gouverneur sur un total de 9.

Cette situation est sans nul doute due au statut social de la femme. Ainsi, au Mali il existe une perception négative du politique. Selon la conception populaire, faire de la politique revient à mentir, ruser, duper l’autre. Tout ce qui est politique, ou propos de l’acteur politique doit être pris avec de sérieuses reserves.On a l’habitude d’entendre certains hommes, la plupart des analphabètes, dire : “une femme honnête et sérieuse ne peut faire de la politique, car la politique est l’art de nager dans l’eau sale, or une femme est censée éduquer les enfants, par conséquent, elle doit être exemplaire toujours présente dans la famille au lieu de passer son temps entre les différentes réunions politiques.”

Ce faisant, certains hommes refusent de laisser leurs femmes s’approcher de l’arène politique. Les acteurs politiques qui ont intériorisé cette perception n’hésitent aucun moyen pour écarter leurs adversaires et particulièrement les femmes qui ont moins d’expérience politique et plus de difficultés pour constituer leurs dossiers. Donc la perception négative du politique et manque de motivation des femmes à militer dans des partis politiques, l’inexpérience politique des femmes, la discrimination des femmes au moment de l’élaboration des listes de candidature (mauvais rang sur les listes), les difficultés dans la constitution des dossiers de candidature, les intrigues, la manipulation, tels sont, entre autres, les principaux obstacles contre les femmes sur la scène politique malienne.

Devant ce constat, les femmes, persuadées que la démocratie se doit avant tout d’être le respect des droits de la minorité (nombre de femmes élues) par la majorité (hommes élus), ont voulu améliorer la situation en agissant sur le cadre institutionnel en plus du renforcement des capacités des femmes elles-mêmes. Cependant, elles ont entrepris des plaidoyers auprès des partis politiques, des décideurs et des leaders d’opinion afin qu’ils oeuvrent dans le sens d’une plus grande représentation des femmes dans les instances de décision.

Ainsi, la charte des partis politiques a été modifiée suite à la proposition des femmes et dispose désormais que 10% du financement public, soit affecté aux partis politiques en fonction des femmes élues. Cependant, les députés ont rejeté l’amendement proposé sur la loi électorale qui disposait qu’aucune liste ne puisse être constituée de plus de 70% de candidats de l’un ou l’autre sexe dans le scrutin direct.


Une lueur d’espoir pour les femmes

C’est hier, 16 mai 2007 que le dépôt des listes de candidature des différentes formations politiques aux élections législatives du mois de juillet prochain, a pris fin. Ainsi, on apprend qu’un grand nombre des partis politiques, pour la première fois dans l’histoire, ont accepté d’aligner des femmes sur leurs listes de candidature. Cet acte des partis politiques, qui honore notre démocratie doit être salué. Ont-ils été influencés par la modification survenue dans la charte des partis politique? Qui dispose que 10% du financement public soit affecté aux partis politiques en fonction des femmes élues.

En tout cas, ce changement brusque au niveau des partis politiques n’est pas fortuit, surtout quant on sait que le financement public des partis politiques intéresse beaucoup les acteurs politiques. En attendant de savoir si les femmes candidates auront la chance d’être élues à l’hémicycle ou non, les regards seront d’abord tournés vers le futur gouvernement qui sera en principe formé dans quelques semaines. Le futur nouveau gouvernement, renfermera-t-il, beaucoup de femmes ministres? Wait and see.

En définitive, le président de la République, Amadou Toumani Touré, conscient de la forte mobilisation des femmes autour de sa candidature, ne les laissera pas brédouille, il leur attribuera sans doute des postes de responsabilités.

Moussa TOURE

17 mai 2007.