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Il fut un temps où le pays de Soundiata Keïta, Da Monzon, Biton Coulibaly, Koumi Diossé, Soni Ali Ber, Sékou Amadou…- pour ne citer qu’eux- était respecté et réputé pour l’éducation exemplaire de ses fils.


D’un temps à un autre

A titre d’illustration: aux débuts des années d’indépendance, lorsque la police effectuait des contrôles de routine au Cameroun, les Maliens étaient aussitôt libérés -avec des excuses- dès qu’ils présentaient leur pièce d’identité. Et pour cause : du point de vue de maints africains d’antan, un Malien ne pouvait, en aucune façon, être un escroc, un voleur ou un bandit.

En Côte d’Ivoire, au Niger, au Gabon et dans d’autres pays africains, les Maliens étaient considérés comme “une denrée rare” : ils étaient recherchés pour l’enseignement et d’autres fonctions dans le privé ou l’informel, tant à cause de la qualité de leurs connaissances que du fait de leur droiture morale. Sur ce plan, la réputation du Malien allait même au delà du continent africain.

Mais au vu de ce qu’il nous est donné de constater de nos jours, il est évident que des temps sont, hélas, révolus : la “splendide demeure” éducationnelle, qui tenait lieu de “vitrine” de la sous-région et faisait la fierté du Mali, n’est plus aujourd’hui qu’une “lamentable mansarde en ruine” qui s’effondre au jour le jour, tel un château de sable.

Rien qu’en comparant les systèmes de fonctionnement des structures familiales, scolaires et sociétales d’antan à celles de nos jours, l’on se rend compte d’une rupture pénible, sinon un divorce criard.

Autrefois, aussi bien dans les villages que dans les villes, les entités familiales étaient régies et gérées en toute responsabilité par les personnes âgées et les parents, en particulier, le père de famille.

Les enfants grandissaient et étudiaient sous leur surveillance et leur contrôle. Ils travaillaient et continuaient à vivre sous le toit familial. Ils y apportaient seulement leur contribution financière, humaine ou logistique.

Même mariés, ils étaient exemptés de tout autre devoir ou droit de regard sur les affaires familiales, sauf en cas de conseil de hamille. C’est généralement l’aîné ou le chef de famille qui se chargeait de tout: vivres, besoins des femmes et des enfants,… bref, tout ce qui relevait de l’organisation et la gestion interne et externe de la famille.

« Les temps ont changé

Aussi serait-on tenté d’approuver ce qu’on a le plus souvent coutume d’entendre: les temps ont changé. Pourtant, le temps ne change pas : c’est le même soleil et la même lune qui brillent sur nos têtes, les mêmes cycles climatiques que nous subissons, exceptés quelques modifications ou changements atmosphériques ou de température intervenus entre-temps.

C’est plutôt l’homme, ses habitudes, ses comportements, sa mentalité et sa perception des choses qui ont énormément changé. Dès le moment où les enfants, une fois devenus majeurs, mariés ou indépendants de la tutelle parentale, ont quitté ou abandonné le giron familial et se sont installés à leur propre compte, l’organisation structurelle de la famille et sa notion ont commencé à s’effriter aussi lentement que sûrement.

Ainsi naquit petit à petit l’ignorance des jeunes, quant aux principes moraux de base nécessaires à l’éveil de leur esprit sur les vraies connaissances sociales en général, et scolaires ou estudiantines en particulier. Dès lors, on note une différence notable entre l’enfant formé à la vieille école familiale et scolaire et celui formé après la disparition ou la dégénérescence de l’ancien système éducatif.

Des sentiments qui étaient solidement ancrés dans l’esprit de l’enfant sont aujourd’hui niés, rejetés, renvoyés aux calendes de la négligence, de l’ignorance, de l’oubli délibéré et du mépris : la honte, la pudeur, le civisme, le patriotisme, l’attachement ou le respect du aux parents, le sens de l’honneur, du partage, ou de la solidarité, l’amour du travail…

Aussi, un vieux cadre de l’administration en retraite fustigeait d’un ton nostalgique : “La plupart des jeunes d’aujourd’hui ont tout dans la gueule, mais rien dans la tête”. C’est que la paresse ou la défaite intellectuelle et spirituelle a depuis longtemps entamé son oeuvre destructrice au sein d’une bonne frange de la jeunesse. Et cela se ressent même au niveau de l’université, où “certains étudiants ne seraient pas capables d rédiger une dictée sans commettre des fautes d’orthographe”, constate un professeur de lycée.

Renoncement et reniement

Aujourd’hui, l’enfant ou l’élève est volontiers perçu comme un “chahuteur” ou un “tchatcheur”, mais beaucoup moins comme un enfant studieux ou bosseur.
Enhardi par l’attitude passive, permissive ou désintéressée des éducateurs, dont les parents, il ne s’intéresse plus -ou si peu- au respect des valeurs familiales, éducatives ou sociétalles, comme par le passé.

Il est ausi vrai que le plus souvent, la plupart des parents préfèrent voir leurs enfants abandonner les bancs de l’école au profit d’un métier quelconque, les bouches à nourrir devenant de plus en plus nombreuses: exigences du chômage obligent. Ainsi, à plus ou moins longue échéance, cette détérioration du système éducatif promet de générer une crise sociale encore plus dangereuse.

En atteste, entre autres, le comportement actuel de bien des jeunes au sein de la société : l’arrogance du langage, l’ignorance des us, coutumes, et de l’histoire même de leur pays, l’irrespect envers les convenances les plus élémentaires le disputent à l’insouciance et au mépris affiché de ce que sera leur avenir.

Il est vrai que de leur côté, les parents et les éducateurs, en général, sont en grande partie issus d’une génération dite intermédiaire: ils n’ont guère -ou peu- reçu ou vécu non plus l’éducation de ce que certains ont appelé “l’âge d’or”. Que peuvent-ils alors léguer à leurs progénitures, sur le plan éducatif? Bien peu de choses !

Face à tous ces constats, quel sera l’avenir de la Nation, s’il est vrai qu’il restera entre les mains de la jeunesse?… Mais le plus douloureux constat, c’est que, pour l’heure, cette jeunesse n’en a pas conscience, pas encore.

Oumar DIAWARA

30 novembre 2007.