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S’il y a une question qui peine à trouver une solution depuis 1991, c’est bien celle liée à l’école malienne. Comme une hydre, (ce fameux serpent à plusieurs têtes qui repoussaient au fur et à mesure qu’on les tranchait), les problèmes de l’école malienne n’en finissent plus. Et pire au rythme où vont les choses c’est l’avenir de toute une génération qui est menacé.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, même si à l’analyse, les multiples thérapies préconisées par les gouvernements successifs n’ont pas donné les effets escomptés.

Aujourd’hui, la question scolaire est devenue une préoccupation nationale, et tarabuste au plus haut point les autorités du pays comme en témoigne l’organisation prochaine d’un forum sur l’école malienne sans compter les multiples interventions des acteurs politiques et de la société civile. Les inquiétudes des uns et des autres face à cette décrépitude de l’éducation nationale traduisent l’ampleur du phénomène, et interpelle chaque Malien à mettre du sien pour donner un souffle nouveau à l’école malienne.

Il faut se poser les vraies questions, pour avoir les bonnes réponses à la problématique scolaire au Mali. Finie cette hypocrisie qui a toujours laissé la part belle à une gestion politicienne des problèmes de l’école malienne, au détriment de celle responsable, réaliste, rationnelle et rationalisée. Il est grand temps que ça change !

La nécessaire réfondation de l’école malienne interpelle tous les Maliens sans exclusive, et aujourd’hui plus que jamais les autorités du pays sont attendues sur l’un des chantiers majeurs du développement à savoir la valorisation des ressources humaines de demain.

La situation scolaire du pays ne fait pas honneur à notre identité de malien, et tout apport dans le sens d’une restructuration de l’éducation nationale dans son ensemble constitue une œuvre de haute portée patriotique.

La problématique de l’école malienne épouse la forme d’un triangle qui met principalement en jeu l’Etat, les élèves et étudiants et les enseignants. Ces trois entités sont condamnées à composer ensemble pour le salut de l’éducation nationale.

La responsabilité est collective (entre élèves, enseignants, autorités, partenaires de l’école, etc.) et il est indispensable de trouver les voies et moyens pouvant sortir l’école malienne de cette abysse aux conséquences incommensurables pour le devenir de la nation.

L’AEEM, grandeur et décadence

L’Association des élèves et étudiants du Mali a été le fer de lance dans le combat pour l’avènement d’un Etat de droit et de démocratie au Mali. Les élèves et les étudiants ont payé le prix fort pour venir à bout du régime de Moussa Traoré. La plupart des victimes des exactions se comptent dans leurs rangs.

Avec courage et témérité, ces combattants de la liberté ont bravé à mains nues les BRDM et autres machines de guerre du pouvoir de l’époque. Leur détermination et leur ténacité ont fait des émules dans la société civile et dans l’armée.

Ce qui devait arriver arriva. Le pouvoir du généralissime est renversé. Les nouveaux responsables du pays composent avec l’AEEM pour la satisfaction de leurs doléances. A cette époque, l’AEEM jouissait d’un énorme crédit et ses responsables étaient adulés aux quatre coins du pays.

Les revendications les plus essentielles de l’association ont été satisfaites. C’était une situation inédite : plus de retard dans le paiement des bourses, augmentation à plus de 80 % de celles-ci, amélioration des conditions d’études, et d’hébergement, mise en œuvre d’un plan de réhabilitation de l’éducation nationale, de la base jusqu’à l’enseignement supérieur etc.

En un laps de temps, l’AEEM a accompli un travail énorme pour le bonheur des élèves et étudiants du Mali. Elle a fait la fierté de l’ensemble des élèves et étudiants du Mali à un moment donné.

Aujourd’hui, l’on s’interroge légitimement sur le sort de l’AEEM. On est bien loin du temps où les Oumar Mariko ou même les Zarawana dirigeaient l’association. L’AEEM est devenue ce machin encombrant qui n’arrête plus de décevoir par la faute de ses dirigeants, ses dissensions internes et ses méthodes de revendications.

L’AEEM, par la peur qu’elle inspire aux politiques, a toujours été choyée, chouchoutée, et le moindre de ses caprices était assouvi sans coup férir. Conscients de leur force de frappe, les élèves et étudiants du Mali sont tombés dans la surenchère.

Toutes les revendications même les plus fantaisistes, les plus farfelues faisaient l’objet de tiraillement. Atteinte d’hydrocéphalie, l’AEEM par l’irresponsabilité de certains de ses dirigeants a plongé l’école malienne dans une hibernation que seul un réel retour aux principes fondamentaux de l’éducation dans sa globalité serait salutaire.

Doit-on continuer à tolérer indéfiniment les frasques et autres errements des élèves et étudiants pour un oui ou un non ? L’idée d’une interdiction de l’AEEM qui m’avait un moment traversé l’esprit n’est peut-être pas la meilleure formule pour des raisons de liberté, de droit et de démocratie, mais il est grand temps de mettre un peu d’ordre dans «ce corps malade» qui refuse de grandir et de s’assumer. L’AEEM peut revendiquer sans casser, sans violenter, sans déserter l’espace scolaire. Tout est une question de responsabilité.

Les revendications ne doivent pas être de nature à se donner en spectacle, à oublier tout sens de retenue. Privilégiez le dialogue, soyez raisonnables et faites preuve d’humilité, et de respect! Encore une fois, revendiquez oui, mais en toute responsabilité ! (Le mot vaut son pesant d’or).

Il serait bon de fixer les frontières d’une part entre ce qui doit être fait, et ce qui ne doit pas se faire, et d’autre part ce qui peut-être fait, et ce qui ne peut pas l’être.

Le problème scolaire se résume en partie à cette confusion quant à la résolution des multiples revendications.
Enfin, pour leur propre rédemption, les élèves et les étudiants doivent se réveiller et se prendre résolument en main. L’élève ou l’étudiant doit comprendre que c’est son avenir qui est en jeu.

Tout ce qui est entrepris aujourd’hui le concerne en premier. Les autres acteurs contribuent tout simplement à sa réussite. A partir de là, une réelle prise de conscience des élèves et étudiants s’impose pour gagner le grand pari d’une éducation de masse et de qualité. Le bas niveau des élèves et étudiants du Mali est malheureusement une réalité.

N’est-ce pas honteux de voir un étudiant du supérieur qui n’a même pas le niveau d’un élève de lycée ? Demandez à ceux qui ont eu la chance d’aller poursuivre leurs études à l’extérieur, ils vous diront comment les étudiants Maliens sont jugés. Chers amis, faites des efforts, travaillez tout simplement comme de vrais ETUDIANTS et de vrais ELEVES : il y va de votre avenir, nul autre ne viendra le faire à votre place.


L’enseignant, à la recherche de l’honneur perdu

L’enseignant est au cœur du système éducatif. L’élève bien formé, avec des aptitudes, des capacités réelles à affronter le monde du travail est un hommage rendu à la sagacité de l’enseignant et constitue un réel motif de fierté et de devoir accompli.

Celui-ci se voit magnifié et son travail reconnu et récompensé à travers son épigone. Jadis, la profession d’enseignant, par son caractère sacerdotal, sa dignité, sa mission était adulée et réservée à une certaine élite, tel n’est plus le cas aujourd’hui où malheureusement l’image de l’enseignant est bien écornée dans l’opinion publique.

Le déficit de formation est pour beaucoup dans cette dégringolade. Il faut être bien formé, pour former ensuite. L’enseignant d’hier n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Avant 1991, le niveau global de l’enseignement était quasi acceptable, et les enseignants pour la plupart avaient le niveau requis. L’après 1991 a sonné le glas de l’enseignement au Mali.

Il ne faut pas se voiler la face, dans le Mali d’aujourd’hui pullulent des éducateurs aux compétences douteuses, des enseignants qui ont urgemment besoin d’un recyclage. Le constat est amer. Rares sont les enseignants qui allient compétences et qualités morales. Soit il est compétent mais de moralité douteuse, soit il est moralement bien, mais pêche intellectuellement, ou comble de malheur, il n’a aucune de ces deux qualités.

De nos jours, certains enseignants ont des comportements répugnants, nauséeux. Des notes attribuées moyennant sous ou paiement en nature, des programmes jamais épuisés, des absences injustifiées, des examens bâclés, des taux de réussite complaisants etc.

L’Etat, ce géant au pied d’argile

Le laxisme de l’Etat face aux multiples revendications des deux acteurs concernés, l’instinct grégaire de nos responsables politiques à conserver leurs privilèges et leur manque de courage politique ont aggravé cette situation de pourrissement généralisé.

Il faut le dire avec courage, la vérité n’a pas toujours été dite dans cette crise scolaire. Le saupoudrage et la fuite en avant ont caractérisé presque tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1991. Au finish, loin de trouver une solution idoine, la crise scolaire va crescendo.

Aujourd’hui la cote d’alerte est atteinte et la nation s’inquiète. Les autorités doivent adopter une attitude empreinte de responsabilité en mettant toujours en avant l’intérêt supérieur de la nation.

Elles doivent se mettre à l’idée que leur réussite ou leur échec est fonction de leur capacité à répondre aux préoccupations nationales.

L’Etat en tant que garant de l’éducation et de la formation doit faire en sorte que l’école malienne retrouve ses lustres d’antan. C’est à lui, et à lui seul d’insuffler en premier une dynamique nouvelle, et à coup sûr les partenaires de l’école lui emboîteront le pas.

Propositions

L’anachronisme de certains textes de lois sur l’école malienne doit amener l’Etat à initier une politique globale de refondation. Pour ce faire nous avons des personnes ressources capables de réfléchir et de mettre en œuvre un schéma directeur avec pour objectif la culture de l’excellence dans les prochaines années.

Dans cette optique, la formation des enseignants en phase avec les nouvelles orientations de l’éducation nationale doit occuper une place de choix.

Cette formation qui constitue, à mon avis, le préalable au renouveau de l’école requiert de la part de l’Etat une réelle implication dans la conception et la conduite des différentes approches. «L’homme qu’il faut à la place qu’il faut» doit être le leitmotiv tout le long du processus pour permettre un meilleur choix.

La formation à elle seule ne suffit pas, un enseignant bien formé qui n’est pas dans de bonnes conditions de travail ne pourra pas atteindre ses objectifs.

A ce niveau, l’Etat doit faire un effort pour améliorer l’existant (entre autres la création de nouvelles infrastructures, la décentralisation de l’université, l’encadrement des établissements privés, l’orientation en adéquation avec le monde de l’emploi, l’hébergement, le transport,

la revalorisation de la fonction enseignante, la promotion de la recherche, la reforme des programmes scolaires à tous les niveaux de l’enseignement, le renforcement de l’éducation de base et surtout le retour aux valeurs cardinales l’éthique, la morale, le respect,

le patriotisme etc.). L’ambition de l’Etat de faire de l’école malienne une école performante, compétitive et de qualité a pour corollaire justement la mise à la disposition des moyens conséquents. Aucun sacrifice ne doit être de trop pour le bien être de l’école malienne. Nous n’avons pas le droit de condamner la génération future. Soyons responsables et agissons !

L’AEEM et les syndicats d’enseignants qui sont des corporations à vocation revendicatrice doivent faire preuve de responsabilité et de retenue dans toutes leurs actions.

Il est vrai que beaucoup reste à faire, mais il est aussi vrai que des choses ont été faites. Si l’on pouvait trouver le juste milieu entre le «tout revendicatif», et les multiples efforts de l’Etat, sans conteste notre école serait un havre de paix tourné résolument vers ce qui est sa raison d’être.

Les parents d’élèves doivent comprendre que l’éducation va au-delà de l’école, la famille, cellule de base ne doit pas être en reste. Un enfant bien éduqué avec des valeurs cardinales qui sous-tendent notre société a toutes les chances de réussir sa vie. Une réelle complémentarité voire une certaine complicité doit prévaloir entre parents d’élèves et enseignants.

L’éducation d’un enfant est l’affaire de tous, parents d’élèves, enseignants, Etat. Si chacun joue pleinement son rôle, nul doute que notre éducation retrouverait ses lettres de noblesse.


Makan DIALLO

Docteur

en Droit Privé

Avocat

Ancien ATER à

l’université d’Orléans.

30 Juin 2008