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L’histoire, qui a tout l’air d’un drame, a commencé hier mardi 31 mars, aux environs de 12 h 30. Le Vérificateur Général, Sidi Sossoh Diarra, au sortir d’une audience de trois longues heures chez le juge d’instruction, Dramane Diarra du tribunal de première instance de la commune IV, a été embarqué dans une vieille Mercedes N° T 28 59 – MD, entre deux policiers du 5ème arrondissement et conduit comme un mal propre à la prison centrale de Bamako.

Il venait d’être placé sous mandat de dépôt. Ses deux avocats Mes Magatte Sèye et Mamadou Konaté, se sont engouffrés dans leur véhicule respectif pour les suivre. La scène s’est déroulée en notre présence. Nous avons suivi le cortège jusqu’à la prison de Bamako – coura.

Il faut préciser que les trois gardes de corps du Vérificateur Général présents sur les lieux, se sont opposés à son embarcation dans ce véhicule. Il y a eu une petite bagarre entre policiers. Il a fallu l’intervention des avocats de Sidi Sossoh Diarra pour qu’enfin ses gardes de corps acceptent de le laisser entre les mains de leurs collègues du 5ème arrondissement.

Ils ont également suivi le cortège et sont rentrés avec leur patron dans la prison de Bamako – Coura. Regardant le Vérificateur général franchir le portail de la prison, nous avons eu, à vrai dire, quelques frissons.

Très déçu, Me Sèye a laissé son cadet Me Konaté s’occuper des formalités administratives d’internement. Celles-ci étaient à peine terminées que revoici les mêmes policiers, qui avait conduit le Vérificateur Général à la prison, de retour pour le ramener au même tribunal. Il était 13 h 45. Le Vérificateur général avait donc déjà passé une heure dans ce lieu réservé aux grands criminels.

Nous avons de nouveau suivi le cortège. Arrivé au tribunal d’Hamdallaye, Sidi Sossoh Diarra a été conduit au bureau du procureur de la République, Yacouba Koné et non celui de Dramane Diarra, qui l’avait jeté en prison comme un vulgaire individu.

A sa descente du véhicule, encadré par deux policiers, l’une de ses sœurs, qui se trouvait dans la cour, a éclaté en sanglots.

Après une heure d’entretien avec le procureur Koné, le Vérificateur Général a été prié de prendre place au Secrétariat. Il y a passé plus d’une heure. A 15h 05, on lui demande d’embarquer de nouveau, cette fois – ci, dans son propre véhicule, au milieu des agents de polices. Destination : la prison centrale de Bamako.

Aux environs de 17 h 15, on le ramène encore au tribunal, dans le bureau du jeune juge d’instruction, Dramane DIarra. Le procureur ferme le sien et prend place chez ce dernier. Me Konaté était toujours là.

Quelques minutes après, le bâtonnier Magatte Sèye arrive sur les lieux, le visage renfrogné. Ensuite, un à un et par petit groupe, tout le personnel du Bureau du Vérificateur Général, s’est rendu sur les lieux pour apporter son soutien moral au patron. Nous avons approché les deux avocats de Sidi Sosoh Diarra.

Ils n’ont guère voulu s’exprimer sauf à faire état de leur surprise et de leur colère face à la grave décision du juge d’instruction, Dramane Diarra, par ailleurs vice – président du Conseil national des jeunes (CNJ).


Approché par nous, ce dernier nous a poliment répondu :
« un juge ne commente pas son dossier ». A notre question «saviez – vous que vous avez fait trembler la République ? Il répond : «ce n’est rien, c’est un acte ordinaire que nous faisons tous les jours» a-t-il répondu. « Mais votre visiteur du jour n’est pas un personnage ordinaire» avons – nous répliqué.

Ensuite, nous avons appris que le procureur avait demandé aux conseils de Sidi Sossoh Diarra de lui rédiger une demande de mise en liberté provisoire. Ils ont dit niet.

D’autres informations ont circulé selon lesquelles le ministre de la Justice, Maharafa Traoré aurait demandé qu’on le sorte de la grande prison pour le placer dans un endroit décent. En tout cas, jusqu’aux environs de 21 heures, au moment où nous mettions sous presse, le Vérificateur Général se trouvait toujours dans le bureau du juge d’instruction et la foule de sympathisants dans la cour et à la devanture du tribunal.

Rappelons que Daniel Amagoin Téssougué (magistrat de formation) et autres qui ont saisi le tribunal de la commune IV, suite au refus du Vérificateur Général d’exécuter une décision de la section administrative de la Cour Suprême, demandant à ce groupe de reprendre le travail au Bureau du Vérificateur Général. Ce dernier explique son refus par le fait qu’il n’a pas besoin de fonctionnaires en détachement dans son service mais des fonctionnaires en disponibilité.

C’est pour cette raison que Daniel Amagoin Téssougué et autres ont saisi de nouveau la justice, notamment le tribunal de première instance près de la commune IV, pour « rébellion, opposition à l’autorité légitime, forfaiture ». Mais, c’est le chef d’inculpation, entrave à la liberté de travail qui a finalement été retenu contre le Vérificateur Général. Et, pour cette infraction, il a été placé sous mandat de dépôt.


A suivre.

Chahana TAKIOU

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Le Syndicat libre de la Magistrature réclame la tête du vérificateur général

Le Bureau Exécutif du Syndicat Libre de la Magistrature (SYLIMA) constate avec beaucoup d’amertume la campagne, entreprise par vos soins, contre la magistrature.Dans cette action toutes les occasions pour vous sont bonnes. En effet, depuis un certains temps, vous ne ratez aucune opportunité pour jeter l’opprobre sur le corps judiciaire et pour faire état du peu de considération que vous portez aux décisions de justice.

Il est de notoriété publique que vous avez des divergences avec un certain nombre de magistrats. Mais cette situation ne vous autorise pas à jeter le discrédit sur tout le corps de la magistrature.

Est-il besoin de vous rappeler que c’est devant des magistrats composant certes une institution de la République -la Cour Suprême- qui n’en demeure pas moins une juridiction, que vous vous êtes soumis au serment prévu à l’article 9 de la loi portant le numéro 03-030 en date du 25 août 2003. Par votre serment vous vous étiez engagé à respecter la Constitution, les lois et règlements de la République et à vous comporter en digne et loyal vérificateur. Malheureusement le comportement que vous affichez aujourd’hui jure avec ces engagements. Les décisions de justice ne méritent pas d’être traînées dans la boue, en tout cas pas de votre part.

Est-il nécessaire de vous rappeler également que les immenses privilèges et avantages, qui font que vous n’avez plus les pieds sur terre, sont tirés de la loi? Vous devez donc respect aux lois de la République, sans lesquelles vous êtes fragile et même très fragile.

Le Syndicat Libre de la Magistrature se permet, par la présente, de vous mettre en garde. Vous ne pouvez pas continuer impunément à violer les lois de la République et à vous opposer à l’exécution des décisions de justice rendues «Au Nom du Peuple Malien».

Le Syndicat Libre de la Magistrature veillera à ce que toute procédure judiciaire engagée contre vous pour ces faits soit conduite à son terme et la décision qui en sortira, exécutée.


A bon entendeur, Salut

Bamako, le 02 mars 2009

Pour le Bureau Exécutif du Syndicat Libre de la Magistrature

Le Président, Hamèye Founé Mahalmadane, chevalier de l’Ordre National

Ampliation

Président de la République

Présidente Cour Suprême

Ministre de la Justice

Conseil Supérieur de la Magistrature


L’Indépendant du 01 Avril 2009