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Après la publication de plusieurs rapports du Bureau du Vérificateur Général, et des services de contrôle, le constat fait par ces fouineurs est clair : la gestion des ressources financières au Mali manque généralement de la moralité et de l’éthique nécessaires pour une bonne conduite des Affaires publiques. Et le choix des hommes ne tient pas compte de ces valeurs dont l’importance ne fait l’ombre d’aucun doute selon les contrôleurs et vérificateurs maliens.

Le Vérificateur Général Sidi Sosso Diarra, entouré de ses collègues des services de contrôle n’a pas usé de tournures diplomatiques pour le dire lors d’une conférence débat au Centre Djoliba, le 5 mars dernier. Un débat d’une journée au cœur de la problématique de restitution de la gestion des finances publiques, en présence de plusieurs personnalités des administrations d’Etat de la politique de la société civile et des partenaires au développement (néerlandais et canadiens). Des exposés ont porté sur les prérogatives du bureau du vérificateur général et les outils de contrôle des organismes de la société civile.
Initiée par des organisations néerlandaises de coopération (ICCO, IMD, CORDAIAD, NOVID, SNV) en partenariat avec des organisations de la société civile malienne, cette rencontre visait à soutenir les principes d’une mise en œuvre des procédures ouvertes et transparentes sur la façon de se procurer de l’aide, de la dépenser, de la contrôler et d’en rendre compte. De ce point de vue la rencontre avait pour thème « le devoir de rendre compte ».

Cette rencontre visait également à soulever un intérêt pour le contrôle, par le vérificateur général, des organisations de la société civile et de certaines institutions politiques comme l’Assemblée nationale.

La situation qui est assez préoccupante, car se soldant d’année en année par des manquements financiers soulignés par les services de contrôle des finances publiques, constitue une sérieuse entrave à la bonne gouvernance, indiquent les conférenciers.

Les responsables de sociétés et services d’Etat sont toujours réticents au contrôle de leur gestion, explique un expert, d’où la problématique de la restitution de la gestion des finances publiques.

En effet, depuis les années 1990, le Mali a fait l’option d’une gouvernance décentralisée. Les organisateurs de la journée de réflexion estiment que de nombreuses initiatives telles que l’espace d’interpellation démocratique, l’implication par l’Etat de maillons organisés de citoyens dans l’élaboration et le suivi des politiques nationales, le renforcement du positionnement des partis politiques, les rapports réguliers du vérificateur général, pour ne citer que ceux-ci constituent des signes qui traduisent ce devoir de rendre compte.

Selon certaines indiscrétions des services rattachés à la présidence de la république, tels que le Commissariat à la Sécurité Alimentaire et le Haut Conseil National de Lutte Contre le Sida, seraient dans le collimateur du bureau du vérificateur général.

En fait, le bureau du vérificateur général est une institution de vérification des ressources publiques. Il a l’avantage d’être en dehors de la chaîne hiérarchique de l’administration et aussi de porter son contrôle sur l’efficacité de la gestion publique en plus de la régularité. Sa mise en place est un axe majeur de la rénovation du dispositif de contrôle de la gestion publique dans notre pays.

Le Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra a expliqué que son organisme n’a pas la vocation de certifier les états financiers des entreprises. Mais les rapports de vérification de cet organisme en disent long sur l’état dans lequel la gouvernance du Mali est menacée par la corruption.

Le représentant de l’Am-bassade du Canada a souligné que son pays, dont 70 % de l’aide est centré sur l’appui budgétaire, vise une politique de tolérance zéro en matière de corruption. « Nous considérons que le rapport du bureau du vérificateur général est une véritable source de débat » a-t-il souligné. Le Canada, à travers sa représentation diplomatique, est dans l’attente de la suite qui sera réservée au dernier rapport du bureau du vérificateur. Ce rapport a révélé un détournement d’environ 103 Milliards de FCFA en l’espace de quatre années.

Timoré Tioulenta, le président du groupe parlementaire Alliance pour la consolidation de la majorité (ACM) a souligné la nécessité d’un dispositif sécuritaire autour du vérificateur Général, convain-cu que ce travail de vérification comporte des risques d’agression physique. Ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ?

Au cours des débats sur le devoir de rendre compte, Me Amidou Diabaté, président du groupe parlementaire de l’opposition (PARENA-SADI) à l’As-semblée nationale, s’est acharnée contre le dernier rapport de la section des comptes de la cour su-prême. Il faut souligner que les partis politiques reçoivent des subventions de l’Etat qui sont sujet d’une vérification de la section des comptes de la cour suprême. Le rapport de compte de cette structure a donné un quitus à seulement cinq partis politiques parmi une centaine. Comprenant mal ces certifications de nullité d’une grande partie des partis politiques Me Amidou Diabaté a souligné qu’il y a une crise institutionnelle dans le mécanisme de contrôle qui efface la confiance entre les partis et la section des comptes. « Quand le mécanisme de contrôle est défectueux, alors il y a problème » a-t-il précisé. Selon lui, les partis politiques ne sont pas sûrs de ce rapport.

Seydou Coulibaly

Boukary Daou

10 mars 2008