Partager

“C’est du tintamarre… je ne démissionnerai pas “

Conviés le samedi dernier à l’Hôtel Salam pour une cérémonie de présentation de vœux à la presse par le Bureau du Vérificateur général, les journalistes se sont vu interpeller par le Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra en personne, par rapport aux campagnes médiatiques de dénigrement dont il fait l’objet.

Tout en nous rappelant que «le journalisme n’est pas seulement un métier, c’est aussi une fonction sociale», Sidi Sosso Diarra dira que beaucoup d’entre nous s’attendent certainement à ce qu’ils nous disent que l’année 2008 a été une année difficile pour le bureau. Selon lui, la réponse est Oui car c’était une année capitale où il a dû affronter quelques soubresauts internes.

Et d’ajouter que «nous sommes à un moment particulier en 2009». Le bureau, reconnaîtra-t-il, est traversé d’interrogations et de tensions fortes. Il en veut pour preuve, les campagnes médiatiques de dénigrement dont il fait l’objet. La raison de ces campagnes, selon lui, c’est qu’en arrière-plan, il y a la question des intérêts communs et particuliers.

En effet, s’interrogea le Vérificateur général, comment rester nous-mêmes dans un monde en pleine mutation, dans un monde où la fraternité républicaine, l’intérêt suprême de la nation ne soient plus partagés par le plus grand nombre, et cela même à l’intérieur des institutions comme la nôtre. Cette crise interne, selon lui, a ébranlé certains d’entre vous qui croyaient aux missions du bureau.

Cette explication tirée par les cheveux, loin de satisfaire les nombreux journalistes qui ont pris d’assaut la salle de conférence de l’hôtel Salam, n’a fait que susciter leur curiosité, leur soif de connaître la vérité par rapport à ce qui se passe au Bureau du Vérificateur Général.

Et méthodiquement, sans passion, ni haine, ils ont soumis le Vérificateur à un interrogatoire très serré sur le problème de la gestion du personnel, la gestion financière du Bureau qui est de plus en plus décriée, ses rapports avec le Vérificateur adjoint entre autres.

Très excédé parfois, Sidi Sosso Diarra tentera tant bien que mal de répondre aux nombreuses préoccupations soulevées par les journalistes mais sans pour au tant parvenir à convaincre ni les journalistes encore moins ses nombreux collaborateurs présents dans la salle.

Par rapport à la gestion du personnel

Au Bureau, expliqua Sidi Sosso Diarra, nous avons un recrutement très hétéroclite. Selon lui la majeure partie des agents viennent du privé. D’autres viennent de la Fonction Publique, au niveau de l’armée, de la police et de la justice.


Dès le départ, dira-t-il, il était convaincu de l’adhésion complète des agents aux activités du bureau.

Mais au fil des années, dira Sidi Sosso Diarra, nous nous sommes tout doucement allés vers une situation. Les gens venant du secteur public commençaient à s’installer dans un grand laissez-aller. La plupart d’entre eux étaient en disponibilité continuelle et d’autres avaient obtenu des détachements par des voies plus ou moins obscures. Des gens qui n’étaient ni en détachement, ni en disponibilité, ce qui devenait assez difficile à gérer.

C’est ainsi que j’ai demandé au ministre de la Fonction Publique de m’expliquer ce problème-là et surtout de tout mettre en œuvre pour homogénéiser la situation. Mais, pendant mon absence, par un procédé qui m’échappe, tous les agents de la Fonction Publique qui étaient liés par un contrat avec le bureau, ont tous été mis systématiquement en détachement y compris ceux qui étaient déjà en disponibilité, affirma-t-il”.

Or, rappela le Vérificateur général, la première condition pour mettre les gens en détachement quelque part c’est qu’il faudrait que la structure qui accueille fasse la demande. Pour çà, dira-t-il, le bureau ne peut pas marcher et même la loi nous donne la liberté totale en ce qui concerne la fixation de nos modalités d’organisation et de fonctionnement.

Alors face à cette situation, fera savoir le Végal, j’ai été voir le ministre pour lui dire que ce qui s’est passé n’est pas normal et que je ne suis pas d’accord avec lui parce que je n’ai rien demandé. On tire donc la conclusion logique et on applique les dispositions légales en ce qui concerne le détachement.

Selon lui, le détachement est en prêt : “je négocie quelqu’un et le jour où j’en veux plus, je le retourne. Mais on ne peut pas dire que j’ai licencié ou humilié quelqu’un. J’ai donc demandé aux différents ministères de récupérer leurs éléments qui sont chez nous parce que leur situation me met dans l’impossibilité de gérer le personnel comme ça» dira-t-il”.

Il y a eu beaucoup de bruits, beaucoup d’activités. Les gens ont fait le boucan qu’ils ont voulu faire dira Sidi Sosso Diarra. En 2009, fera-t-il savoir, nous comptons créer deux antennes régionales à Kayes et Mopti. Tout le reste, selon lui, n’est que tintamarre.

Par rapport au trou de 700 millions

Sidi Sosso Diarra reconnaîtra en effet que les deux premières années, ils ont eu un gain de 700 millions de F Cfa.

«Les 700 millions, je veux bien les payer mais avec quoi ?» s’interrogea-t-il. On a non seulement un budget amputé de 17 % comme tout le monde mais on n’a pas d’argent. Aujourd’hui, dira-t-il, c’est l’Etat qui nous doit plus de 2 milliards de F Cfa.

Le reversement de ces 700 millions de F Cfa aurait immobilisé le fonctionnement même du Bureau du Vérificateur Général.

Au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas été saisi une seule fois par la section des comptes». Cette réponse apportée par le Vérificateur général vaut tout son pesant d’or. Il fera en outre savoir que la section des comptes n’a demandé que les documents comptables de 2004, 2005, 2006 du Bureau du Vérificateur Général. «J’ai eu un seul entretien avec l’équipe de la section des comptes» révéla-t-il. Et d’ajouter enfin que «la section des comptes ne m’a nullement saisi de quoi que ce soit».

Par ailleurs, Sidi Sosso Diarra fera savoir que sur un budget de 3 milliards de F Cfa, s‘il veut détourner il ne va pas se contenter seulement d’une centaine de millions. «J’ai le dos large, je suis payé pour ça».

Quant à son financier, lui, il dira que les trous qui sont donnés dans la presse ne correspondent pas à la réalité et que tous les documents publiés sont les documents que le bureau lui-même a envoyés. «Il n’y a pas de trop perçu» rassura-t-il.

Par rapport au problème du numéro d’identification fiscale dont la presse fait son chou gras, Sidi Sosso Diarra et son financier diront que «c’est une erreur matérielle». Selon eux, «la NIF ne peut pas servir à mener une malversation quelconque».

Quant au contentieux avec son adjoint, Sidi Sosso Diarra affirme qu’il n’est pas encore saisi d’une plainte en son encontre. Il fera simplement constater que ce dernier n’a pas fait le déplacement ni à la présentation de vœux du Bureau du Vérificateur Général à la presse, ni à la remise du dernier rapport de ce Bureau au président de la République. Et d’ajouter aussi qu’il n’est en rien concerné dans ce combat.

Tout en disant qu’il a toujours essayé de faire la gestion du personnel de la façon la plus transparente possible, Sidi Sosso Diarra tiendra à faire connaître sa position par rapport aux campagnes médiatiques de dénigrement en cours : «je ne démissionnerai pas…».

Birama Fall

19 Janvier 2009