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v.jpgAu milieu de la semaine dernière, la jeune fille profita de l’inattention de ses parents pour fuir de la famille. Elle se retrouva auprès d’une vendeuse de victuailles à Sogoniko. Elle resta longtemps assise près de la femme et finit par s’endormir à terre à côté d’un banc occupé par des convives. La nuit avançait et les clients de la vendeuse se faisaient de plus en plus rares. La commerçante commença même à plier bagages. Sur ce, arriva Soungalo Arama, veilleur de nuit et gardien d’une maison en chantier dans les environs. Il acheta un plat de haricot et s’assit sur le banc à coté de la jeune fille. Tout en mangeant, il observait la dormeuse. Il se renseigna auprès de la vendeuse sur la personne couchée à même le sol. Celle-ci répondit qu’elle ne la connaissait pas. Soungalo A. s’approcha et réveilla la fille.

Il lui demanda en bambara pourquoi elle dormait par terre et d’où elle venait. M.B. ne parlant que le peul, elle ne comprit rien des propos du gardien. Elle répondit dans sa langue maternelle. Soungalo est Dogon et maîtrise parfaitement le peul. Il reposa donc les mêmes questions à la fille en peul. La jeune fille lui raconta que sa grand-mère et ses oncles la maltraitaient. Ne connaissant personne pour l’aider à rejoindre sa mère et son père à Diafarabé, elle avait préféré s’enfuir dans l’espoir de tomber sur une âme charitable qui viendrait à son secours.

Une idée derrière la tête

Soungalo montra de la pitié pour la jeune fille. Il lui acheta un second plat de niébé. M.B. avala avec appétit ce repas bien venu. Elle fit mine de se recoucher par terre pour passer la nuit dans l’intention, le lendemain matin, de reprendre son errance dans l’espoir de regagner son village natal. Le gardien l’invita à passer la nuit chez lui. Il promit à la fille de tout faire pour la renvoyer dans son village. Naïvement, M.B. le suivit. Une fois rendu au chantier, Soungalo installa son invitée dans la cour sur une natte et lui demanda de dormir tranquillement.

Un peu avant une heure du matin, le gardien s’approcha de la jeune fille et la serra fort contre lui. Elle se réveilla en sursaut et Soungalo lui dit de ne pas avoir peur. M.B, apeurée, lui répondit qu’elle était vierge. Le gardien l’assura qu’il ne la brutaliserait pas et il l’enverrait dès le petit matin au village. La fille céda alors. Mais elle souffrit et cria fort. Le gardien lui écrasa la bouche de sa main. M.B. se mit alors à gémir de douleur.

Avant l’appel à la prière de l’aube, le lâche revint à l’assaut une deuxième, puis une troisième fois.
Au petit matin, il l’invita à le suivre à la gare de Sogoniko. En cours de route, ils rencontrèrent par hasard un oncle de la fille qui avait passé toute la nuit à sa rechercher. Soungalo expliqua comment il avait accueilli la fugueuse chez lui. Il ajouta mensongèrement qu’il cherchait ses parents pour la leur rendre. L’oncle remercia le gardien et l’invita à faire la connaissance des autres membres de la famille. Soungalo accepta de le suivre. Mais la jeune fille prit peur et s’échappa.

Fidèle à lui-même

L’oncle la poursuivit et lorsqu’il la rattrapa, il se mit à la battre violemment. Soungalo vit de loin avec quelle brutalité l’oncle s’acharnait sur l’enfant. Il prit peur. Cet oncle serait capable de le battre comme M.B. quand il se rendrait compte qu’il avait violée sa nièce. Le gardien prit ses jambes à son cou. Cette fuite étonna l’oncle qui appela les passants à rattraper le fuyard. La foule prit Sougnalo en chasse et mit la main sur lui à plus d’un demi kilomètre du lieu de rencontre avec l’oncle de M.B.
Lorsqu’on demanda au gardien les raisons de sa fuite, il expliqua qu’il avait peur de l’oncle de la fille.
« Pourquoi avez-vous peur de moi, alors que vous n’avez fait que du bien à ma nièce ?« , demanda l’oncle ? « Parce que vous êtes violent et méchant » lui répondit le gardien. L’oncle se tourna alors vers la fille pour l’interroger sur les événements de la nuit.

En sanglots, M. B. étala au grand jour et avec force détails comment elle avait subi toute la nuit les assauts du veilleur. A l’appui de ce qu’elle disait, la jeune fille exhiba un pan de son pagne encore rougi de sang. L’oncle faillit tomber à la renverse. Il empoigna si fort le gardien que celui-ci fut tétanisé. Soungalo se mit à le prier de ne pas le tuer, expliquant qu’il avait agi aveuglé par Satan. L’oncle de la fille se maîtrisa. Il conduisit le violeur pédophile au commissariat du 7è arrondissement devant l’inspecteur Mamadou Diakité alias Bedos. Le veilleur reconnut l’ensemble des faits et demanda la clémence de la famille.

Il ne lui sera pas facile d’obtenir le pardon puisque la réquisition à docteur confirma les propos de la fille et du violeur. Soungalo se prépare à rejoindre la prison. Il a été déféré vendredi au parquet de la Commune VI.

G. A. DICKO

Essor, 7 mai 2007