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Il est un fait qu’on observe depuis Mathusalem, à savoir que quand le coût de la vie augmente, on revient rarement au point de départ. C’est un phénomène cyclique qui se reproduit périodiquement, comme une fatalité et qui vient prendre les populations à la gorge.

Avec l’érosion du pouvoir d’achat, tous les efforts entrepris jusque là pour assurer le minimum vital sont réduits à néant.

La situation varie, certes, d’un pays à l’autre mais tout indique qu’on s’installe durablement dans la crise. L’éclatement des émeutes de la faim un peu partout en Afrique et en Asie est annonciateur du temps des disettes et des vaches maigres.

Et chacun cherche un bouc émissaire à la crise. Si certains incriminent les biocarburants dont le développement se fait aux dépens de l’agriculture, d’autres, comme le président sénégalais Abdoulaye Wade, attaquent la FAO, d’autres encore et comme d’habitude critiquent l’égoïsme des pays riches en oubliant que même ces derniers sont touchés même si c’est à un degré moindre. Enfin, les producteurs de riz asiatiques, qui ne veulent plus écouler leurs récoltes, sont accusés d’être les affameurs du monde.

D’Abidjan à Ouaga, de Dakar à Conakry, chacun cherche désespérément à sauver le panier de la ménagère. Mais comment ? En l’absence de panacée, on pointe un doigt accusateur sur les pouvoirs publics.

C’est vrai qu’à cause de la mauvaise utilisation qu’ils font des deniers publics, de la corruption rampante, du népotisme et de la gabegie, ceux-ci ont une grande responsabilité dans la misère qui frappe leurs peuples. Plus particulièrement au Mali, tous ces maux ont atteint leur summum et la mauvaise gestion endémique du pays encouragée par l’impunité fait désespérer de nos dirigeants.

Surpris, désemparés et désarmés face à cette nouvelle peste qui frappe les populations, ceux-ci se déchargent à leur tour sur la conjoncture internationale.

On est en plein dans « les animaux malades de la peste » où la recherche d’un bouc émissaire commode nous fait oublier qu’il y a la poutre dans nos propres yeux. D’où la recherche de solutions à courte vue comme l’octroi d’exonérations tous azimuts, le lancement de l’opération riz du Premier ministre, etc. Autant de demi-mesures qui ne peuvent être le remède à une situation endémique.

Il suffit de se promener aujourd’hui dans les rues de Bamako pour entendre les gens dire : « au temps de Moussa, au moins, on mangeait à notre faim ». Et quand le chef de l’Etat lui-même dit que « bè bi babolo », le pauvre peuple n’a plus que ses yeux pour pleurer.


Mamadou Lamine Doumbia

09 Mai 2008