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Le pervers s’est spécialisé dans le transport des filles aisées. Qu’il conduit dans un endroit obscur pour les violer sous la menace d’un couteau. Le viol est un crime qui est encore très souvent perçu et évalué à travers le prisme déformant d’un certain nombre de mythes et de fantasmes collectifs qui ont la vie dure.

Il n’arrive qu’aux filles qui se baladent la nuit dans des endroits où elles ne devraient pas être. C’est peut être pourquoi beaucoup de parents déconseillent à leurs filles de s’aventurer dans des endroits peu recommandables ou de prendre un taxi aux heures tardives.

Le viol n’est certes pas l’apanage d’une catégorie socioprofessionnelle déterminée, mais l’imaginaire populaire attribue à tort ou à raison de nombreuses histoires blâmables à certaines corporations comme celle des conducteurs de taxis de nuit. Le récit que nous proposons aujourd’hui à nos lecteurs en est peut être une illustration. Elle a débuté en août passé mais n’a connu son épilogue que la semaine dernière.

Ce soir d’août, un secteur de la capitale était plongé dans le noir à cause d’une coupure d’électricité. Et sur la ville s’abattait un déluge. Malgré le temps maussade, une expatriée de race blanche avait décidé de sortir se distraire dans une boîte de nuit très en vogue à l’époque. Après avoir dîné et s’être reposée quelques minutes, elle prit un bain chaud, s’habilla comme une fée et marcha jusqu’à la route la plus proche, la pluie s’étant entre-temps arrêtée.

jpg_images1.jpgElle héla un taxi et donna l’adresse de la boîte nuit où elle voulait se rendre. Là, la jeune femme passa une grande partie de la soirée à danser aux différents rythmes que proposait le disc jockey. Entre deux morceaux elle revenait à la table où l’avait rejoint un jeune couple de Maliens avec lequel elle avait sympathisé sur place pour avaler une bière.

Ce n’est que très tard dans la soirée, qu’elle décide de rentrer chez elle. Elle sortit de la boite de nuit en compagnie de ses amis maliens qui ne la quittèrent que lorsqu’elle appela un taxi dans lequel elle s’engouffra après avoir gratifié sa petite compagnie de bisous. Puis elle donna au taximan l’adresse de sa destination. Le chauffeur démarre sur des chapeaux de roue.

Un coin obscur

Mais contre toute attente prit une autre direction. Malgré les protestations de la passagère, il appuya sur le champignon, zigzaguant comme un fou, entre les voitures et les motocyclistes. En un clin d’œil ils se retrouvèrent dans un coin obscur de l’arboretum de la capitale, le chauffeur stoppa net et ouvrit violemment la portière avant de jaillir du vieux taxi. Il contourna le véhicule et saisit le bras de la passagère pour l’extraire du véhicule sans ménagement.

jpg_Sans_titre-2.jpgL’étrangère ne comprit rien au comportement du taximan et ce dernier ne lui donna pas le temps de poser de questions. Comme dans un film il brandit un couteau qu’il lui posa sous le menton et lui dit « je t’ai amenée ici, c’est pour te faire l’amour. Si tu acceptes sans résistance, je te laisserais la vie sauve. Dans le cas contraire, je te le ferais contre ton gré et après je te tue pour te donner aux lions. Tu seras juste considérée comme une touriste tombée par accident dans la cage aux lions »

L’européenne avait lu dans le regard du taximan, toute sa détermination à mettre sa menace en exécution. Elle proposa de l’argent contre l’acte sexuel, mais le conducteur rejeta l’offre d’un revers de la main et exigea de la femme de se mettre à poil et de se coucher sur les herbes.

Tremblant comme une feuille morte, l’étrangère obéit et le taximan abusa d’elle avec une rare violence. Lorsqu’il finit de satisfaire sa libido, il lui retira son téléphone. De l’appareil, il extrait la puce et la jeta dans les herbes folles, avant de démarrer en trombe et de disparaître laissant derrière lui la pauvre femme souillée dans son âme et trempée de rosée et de boue.

Après son départ, la pauvre femme, toute humiliée marcha dans le noir jusqu’à la route où elle arrêta un passant à qui elle expliqua brièvement sa mésaventure. L’homme la prit en pitié et la conduisit à son domicile. A la porte de la villa cossue que la dame occupe depuis qu’elle a débarqué dans notre pays, le bon samaritain la descendit et lui conseilla de porter l’affaire devant la brigade des mœurs dès le lendemain.
La pauvre femme n’a pas fermé l’œil de toute la nuit.

Elle s’en voulait de s’être aventurée, seule dans les dédales de la capitale. A peine le jour s’est-il levé, elle se rendit à la brigade des mœurs et expliqua avec force détails et en sanglots, sa mésaventure de la veille à Ami Kane. Celle-ci enregistra la plainte de l’expatriée et fit appel à Papa Mamby Keita, l’Épervier du Mandé. Elle lui demanda de tout faire pour mettre la main sur le violeur.

jpg_imagesr.jpgLe policier mit du temps avant de coincer Ibrahim Touré, âgé d’environ 30 ans et chauffeur de son état. L’homme avait en effet la semaine dernière pris AD, une autre jeune fille qui devait aller saluer des parents à Korofina. Comme pour la première fois il la transporta au même endroit et dans les mêmes circonstances, il abusa d’elle et lui retira son téléphone. Mais la fille eut le réflexe de mémoriser le numéro de la plaque minéralogique du taxi.

Avec ce numéro, les policiers du commissaire Ismaïla Coulibaly n’eurent aucune peine à le confondre lorsqu’il fut conduit à la brigade de recherche et de renseignements du 3e arrondissement. Devant l’équipe de Papa Mamby Keita, Ibrahim Touré reconnut avoir commis ce crime de viol avec menace de mort sur plusieurs filles de la capitale.

Il perpétrait ces forfaits aux environs d’une heure du matin et ciblait les filles de bonnes familles. Combien de jeunes filles ont été abusées par le pervers ? Lui-même ne saurait le dire, tant le nombre est élevé. Hors mis l’européenne et AD, toutes les autres ont préféré garder le silence, laissant le monstre continuer sa sale besogne. Ibrahim Touré a été remis à la brigade des mœurs où les hommes du commandant de cette brigade vont se charger d’approfondir son interrogatoire.

G. A. DICKO

Essor du 15 Décembre 2008