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Pour la troisième fois Sidiki se retrouve dans une situation qu’il peine à expliquer.

Le chanteur burkinabé Amadou Balaké s’était fait le porte-parole de nombreux usagers par le couplet de sa chanson bien connue qui affirmait que « taximan n’est pas gentil« .

Cette opinion est en tous les cas largement partagée par les Bamakois. En effet, ceux-ci ne sont pas avares de récits édifiants et de commentaires peu amènes sur les conducteurs de taxis.

Deux choses sont généralement reprochées à ces hommes. Tout d’abord, leur manque d’amabilité. Dans un taxi, le client n’est pas toujours roi. il se retrouve souvent rudoyé sans ménagement par celui-là même qui lui prendra le prix de sa course une fois arrivé à destination.

Ensuite, leur honnêteté plus que chancelante. N’oubliez jamais un objet dans un taxi, vous conseillent les bonnes âmes. Et si cela vous arrive, faites-en votre deuil. Mais sur ce dernier point, que l’on nous permette de relater un épisode dont nous avons été personnellement témoin et qui se situe il y a quelques mois.

Un homme avait emprunté un taxi pour venir de Kalabancoro à son service au centre ville. Une fois arrivé à destination, il régla son trajet et descendit en oubliant son sac qui contenait un ordinateur portable et les accessoires de ce dernier.

En outre, son portefeuille qui avait glissé de sa poche était lui aussi resté sur la banquette arrière du véhicule. Le taximan ne remarqua que beaucoup plus tard tous ces objets et comme il n’avait pas entre-temps embarqué de nouveau client, il rebroussa chemin pour retourner là où il avait laissé son passager distrait.

ce dernier n’était pas sur place. Littéralement affolé par la perte très lourde qu’il croyait avoir subie, l’homme était allé déposer des avis dans tous les commissariats de la capitale.

Le taximan confia aux collègues du passager l’intégralité de ce qu’il avait trouvé, leur laissa son numéro de téléphone et leur communiqua celui de sa plaque minéralogique. Cela à toutes fins utiles.

Vite repéré et interrogé : Le passager en crut à peine de ses yeux lorsque ses collègues lui remirent ses biens intacts. Il appela le chauffeur et souhaita avoir une entrevue avec lui.

Mais le taximan se méprit sur les intentions de son ancien client et refusa tout rendez-vous. Il fallut au passager se lancer dans une longue traque afin de retrouver son bienfaiteur et lui signifier toute sa reconnaissance.

Aujourd’hui, les deux hommes sont de vrais amis et rien ne se passe dans la famille de l’un sans que l’autre ne vienne y prendre part.

Nous reconnaissons volontiers que cette aventure que nous vous relatons ne se produit pas très souvent. Et qu’il y a plus de chances de tomber sur le type de taximan qui est au centre de notre récit.


Sidiki Sangaré
– tel est son nom – est un homme qui se complaît dans les situations troubles. C’est ainsi qu’il se trouve mêlé pour la troisième fois à une affaire de transports de malfrats.

L’homme a constamment eu la même ligne de défense lorsque les enquêteurs l’ont interrogé : il ne se doutait de rien et les malfrats en question se sont retrouvés par un pur hasard dans son véhicule.

Sa première mésaventure, Sidiki l’a connue en novembre dernier. Il avait alors convoyé un voleur de moto dont il connaissait bien la spécialité.

Il s’empressa de dénoncer le bonhomme pour se dédouaner lui-même. En effet, des vigiles avaient remarqué sa voiture en planque et l’avait signalée à la police.

La deuxième fois, ce fut une cliente du taximan indélicat qui se plaignit du vol de son cellulaire. La dame dit soupçonner fortement l’homme avec lequel elle avait voyagé dans le taxi de Sidiki.

Le chauffeur fut assez vite repéré et interrogé. Encore une fois, pour se tirer d’affaires, il indiqua où trouver le voleur avec lequel il affirma ne pas avoir de relations particulières.

Cette fois-ci, Sidiki se trouve mêlé à un événement beaucoup plus grave. Mais il jure une fois de plus s’être retrouvé au mauvais moment au mauvais endroit. C’était dans la nuit du 1er au 2 février dernier, aux environs de 4 heures du matin.

Deux étudiants d’une école de boulangerie de la rive droite qui revenaient des cours pratiques furent brusquement attaqués au niveau de l’Institut des jeunes aveugles par trois bandits.

Les auteurs de l’agression retirèrent aux malheureux deux téléphones portables, des sacs contenant des miches de pain et leurs tenues de travail en plus des leurs portefeuilles.

Une offre non acceptée :

A peine les agresseurs avaient-ils fini de perpétrer leur forfait que le taxi de Sidiki Sangaré arrivait en trombe et s’arrêtait net au niveau du trio de malfaiteurs qui s’y engouffra pour s’éclipser au plus vite.

Les étudiants purent néanmoins noter le numéro d’immatriculation de la voiture et munis de cette précieuse indication, ils se dirigèrent droit au commissariat du 10e Arrondissement où il firent une déclaration d’agression et de vol.

Les agents de la brigade de recherche se mirent immédiatement au travail et le renseignement communiqué par les deux apprentis boulangers leur permit de localiser l’autogare de stationnement habituel du taxi.

Les agents qui se rendirent sur place trouvèrent le véhicule sorti et ils durent attendre son retour pour l’amener au commissariat. Fidèle à sa ligne de conduite habituelle, Sidiki tenta dans un premier temps de nier les faits pourtant très têtus.

Mais les questions devenant de plus en plus précises, il finit par admettre qu’il avait effectivement embarqué des passagers au niveau du lieu où s’était produite l’agression contre les jeunes boulangers. Il ajoutera tout de suite après qu’il ne connaissait aucun des trois agresseurs.

Mais le passé de l’homme et surtout les faits que nous avons relatés plus haut ne plaidaient pas en sa faveur. Les policiers décidèrent de le mettre au violon pour l’inciter à se rafraîchir la mémoire.

La mesure se révéla immédiatement efficace. Sidiki n’avait passé que quelques minutes dans cet endroit particulier qu’il appela un des policiers pour faire une offre. Il annonça qu’il était prêt à rembourser tout ce que les étudiants avaient perdu dans l’agression, mais qu’en échange il souhaitait recouvrer sa liberté.

Le policier lui répondit que cette offre n’était pas acceptable. Par contre, si Sidiki aidait d’abord à retrouver les trois agresseurs, on verrait ensuite ce qui pourrait être fait pour lui.

Au passage de notre équipe, Maky Sissoko, le chef B.R. du 10e Arrondissement et ses hommes étaient toujours en pourparlers avec Sangaré. « L’espoir est permis. Il nous dira là où se terrent les autres et tous les quatre seront déférés devant le parquet de la Commune VI« , nous a indiqué le Lynx, assuré de tenir le bon bout.

G. A. DICKO – L’Essor

06 février 2008.