Partager

Nous ne serions clore le dossier sur le tata ou tara, l’appellation sikassoise, sans faire un flash sur celui célèbre de Sikasso. En effet, le tara de Sikasso est parmi les plus connus et les plus visités au Mali.

Parmi les innombrables tata de notre pays, il veut se vanter d’être le seul pour lequel les autorités ont eu un œil clément et regardant. Le tara de Sikasso a reçu en quelques points de son tracé un coup de jeunesse.

Une restauration ou rénovation, choisissez votre terme, ayant fait l’objet de beaucoup de spéculations, avec franchement un résultat final nous laissant sur notre faim sur le plan architectural.

Tata : origine et efficacité

Datant du début du 18ème siècle, les tara répondaient par leur réalisation à des objectifs socio-économiques. Instrument d’une stratégie militaire éprouvé, le tata défensif était la solution toute trouvée pour se protéger des incessantes guerres de conquêtes et des intentions hégémoniques de domination de l’époque.

Les tata, conçus pour protéger les populations et biens des invasions et des multiples razzias, étaient des fortifications résistant à la panoplie des instruments de guerre d’alors.

Une causerie informelle au pied du mamelon m’a appris que la cité du Kénédougou, grâce à son tata, se trouvait efficacement protégé et arrivait à étendre son contrôle sur la route de l’est et du sud.

Ces anonymes et émérites bâtisseurs – martyrs

Une simple vue du tara édifie sur l’importance de la quantité de main d’œuvre qui a été nécessaire à sa réalisation.

Etait-il possible d’obtenir de façon volontaire autant de main d’œuvre à cette époque ? Etait-ce un travail collectif qui s’est étalé sur plusieurs années ? Les  » TIPE – Travaux d’Intérêts Publics pour l’Emploi « , une allusion aux AGETIPE de maintenant, venaient-il de naître ?

Le travail forcé, par conséquent l’esclavage date t-il de cette époque ? Combien de sacrifices humains ont été nécessaire à sa réalisation ? Autant de questions et de dilemmes qui méritent réflexions et réponses.

Une chose est sûre, à cette époque, les équipements et logistiques à la disposition des populations étaient très rudimentaires pour faire face à de tels travaux d’Hercule.

Le tara, ouvrage d’art exceptionnel

Le tara de Sikasso était renommée au-delà des frontières du Soudan français d’alors. Cette célébrité trouvait son explication aussi bien dans les dimensions monumentales, l’ingéniosité de sa conception et la technique de sa construction. Des recoupements nous amènent à dater la construction du tara en deux périodes: les règnes des deux frères Tièba et de Babemba.

Le premier l’ayant commencé et le second l’ayant agrandi.
Les travaux se seraient étalés sur près de quinze années, avec comme corollaire de nombreux sacrifices humains, afin de parachever la protection de la cité.

Aussi ne dit-on pas aussi que de nombreuses sépultures de prisonniers, opposants, captifs récalcitrants ou réfractaires, (de vivants ou défunts), ont trouvé place dans les fondations ou assises de l’ouvrage.

Il parait que c’était indispensable pour sécuriser et pérenniser le pouvoir des chefs. Je préfère taire le nom d’une illustre personne qui aurait été sacrifié pour l’invulnérabilité de la ville.

A observer, entendre et lire de près, ces pratiques ne continuent t-elles pas de nos jours, dans le Mali démocratique d’aujourd’hui ? Peut-être, est-ce un moyen de consolider la démocratie ?

Des témoins, et pas des moindres

Il ressort des récits des voyageurs et visiteurs, lus ça et là dans les bibliothèques, plusieurs témoignages élogieux sur le tara du Kénédougou. De nombreux officiers de l’armée coloniale française y ont séjourné à différentes époques.

Parmi les plus connus nous citerons : Binger -1887, le major Festing – 1888, le célèbre Quinquandon, qui possédait plusieurs esclaves à Koulikoro (1890-1891 et 1883, Peroz et Monteil – 1891, Marchand (1891-1892) et Mousson – 1898.
Leur récit, témoigne à suffisance sur l’édifice de protection qu’a été ce rempart.

(à suivre)

21/09/2004

Cheich Abd El Kader, architecte
abdelkader@afribone.net.ml