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L’un des premiers réflexes des jeunes Etats africains indépendants est d’adhérer en masse au Comité international olympique (CIO), considéré par beaucoup comme la plus respectable et la plus ancienne des organisations internationales. Chaque Etat, par la suite, crée son Comité national olympique selon les textes proposés par le CIO. Celui du Mali a vu le jour en 1962 et a été reconnu par le CIO une année plus tard.
Ensuite, les pays adhèrent à la Fédération internationale du football association (Fifa). Cette Fédération, qui compte plus de pays affiliés que l’ONU, fait une large place aux pays africains et au Tiers-monde. L’élection d’un représentant des pays du Sud, le Brésilien Joao Havelange, à la présidence de la Fifa a été perçue comme un atout qui a permis au continent d’avoir un second représentant à la Coupe du monde en 1982.

Toutefois, le choix de la France, et non du Maroc, pour accueillir le Mondial-1998, est vécu comme une injustice et une marque de faiblesse de la part du président de la Fifa. Aujourd’hui, non seulement l’Afrique a quatre représentant en Coupe du monde des seniors, mais elle va abriter le Mondial-2010 organisé en Afrique du Sud.

L’adhésion à d’autres instances, en particulier à la Fédération internationale sportive (FIS), au Conseil international du sport militaire (CISM), à la Fédération internationale d’athlétisme amateur (FIAA) ou à la Fédération internationale des sports universitaires (Fisu) poursuit cette démarche visant à affirmer l’existence des Etats africains vis-à-vis de la communauté internationale. Cela relève de la diplomatie classique.

Des ambitions panafricanistes

Quant au panafricanisme sportif, il peut se définir comme la volonté d’affirmer une identité africaine à partir d’une collaboration sportive institutionnalisée entre les Etats par le biais de structures communes supra-étatiques. On peut admettre que le sport africain se découvre une vocation panafricaine dans le sillage de dirigeants politiques tels que Modibo Kéita, Nasser et N’Krumah. Ces chefs d’Etat ont tenté de créer des équipes de football susceptibles de rivaliser avec les équipes de l’Europe de l’Ouest. C’est d’ailleurs autour de cette discipline que les premières manifestations panafricaines ont vu le jour.

La Confédération africaine du football (Caf) est créée en 1959, lors du congrès de la Fifa à Lisbonne, à l’initiative de l’Egypte, du Soudan et de l’Ethiopie. La Fifa admet dans ses statuts que les associations nationales appartenant géographiquement au même continent peuvent se regrouper en confédérations qui seront reconnues par les instances internationales. Ce n’est cependant qu’en 1961 que la Fifa enregistre officiellement l’adhésion de la Caf, car celle-ci avait dès l’année de sa naissance pris une position politique en écartant

l’Afrique du Sud des compétitions africaines de football.
Ne comptant que trois pays africains lors de sa création, la Caf a été voulue et soutenue par Nasser. A ses débuts, ce panafricanisme sportif était aussi révolutionnaire que le panafricanisme politique. « Il voulait être un outil pratique qui devait permettre de réaliser une politique cohérente dans la lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme », analyse un observateur. Paradoxalement, le temps des décolonisations a retardé ce mouvement en raison des stratégies politiques des métropoles, notamment celles de la France qui organisa les Jeux de la communauté, puis de l’Amitié de 1959 à 1963.

Au début des années 1960, l’heure est aux concertations et à l’organisation de l’unité du continent, avec notamment la conférence d’Addis-Abeba, en 1963, qui consacre la naissance de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Dans le domaine sportif, la France admet finalement le principe de Jeux réservés à l’Afrique. Ceux organisés en 1965 à Brazzaville, sans la présence d’une délégation française, peuvent être considérés comme les 1ers Jeux africains. On aurait tort néanmoins d’y voir une rupture avec la métropole, car ils s’inscrivaient dans un contexte subtil où le rôle des grands commis de l’Etat français formés à l’école coloniale a été décisif.

Le succès des Jeux de Brazzaville favorise la collaboration entre Etats. Dès 1966 se crée à Bamako le Conseil supérieur des sports africains (CSSA) qui reste la plus grande structure sportive panafricaine. Ce Conseil contribue à l’essor des pratiques, mais s’engage aussi dans une perspective politique. Il devient un organe technique de l’OUA en 1977, tandis que l’Unesco lui accorde le statut réservé aux ONG.

Union sacrée contre la ségrégation raciale

La lutte contre l’apartheid sert de ciment unificateur à la diplomatie africaine. Envisagé dès les années 1960, notamment pour les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 et de Mexico en 1968, l’isolement sportif de l’Afrique du Sud est officialisé en 1970 à Amsterdam lorsque, grâce à la fermeté des Africains, le CIO cesse de reconnaître le Comité national olympique sud-africain. La décision est prise par 35 voix contre 26 et 5 abstentions.

La même détermination est affichée lors des Jeux de Montréal (Canada) en 1976. Le CIO ayant refusé d’en exclure la Nouvelle-Zélande, coupable d’avoir rencontré l’équipe de rugby sud¬-africaine après les massacres de Soweto, les délégations africaines, à l’exception de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, annoncent le retrait de leur délégation.

Aujourd’hui, même si le sport n’échappe pas à l’exploitation politicienne parce que les politiques sportives découlent toujours de l’Etat, il est néanmoins beaucoup engagé dans les causes sociales et humanitaires comme, entre autres, la lutte contre la faim, le VIH/Sida, l’analphabétisme, la violence et le travail des enfants. Le sport demeure avant tout un engagement pour soi et pour son prochain. D’où toute sa noblesse.

Moussa Bolly

11 janv 07