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Face aux exactions universitaires perpétrées par les étudiants, le Syndicat National des Enseignants du Supérieur (SNESUP) a tenu le samedi 9 février 2008, une assemblée générale extraordinaire dans l’amphithéâtre 2 de la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) située sur la Colline du Savoir à Badalabougou.

Ont prit part à cette rencontre plusieurs militants du SNESUP, compte tenu de l’importance de l’ordre du jour.

L’OBJET DE L’ASSEMBLEE GENERALE

L’objet de cette assemblée générale était de dénoncer d’une part les exactions des étudiants à l’égard des professeurs et de leurs familles, donc l’insécurité totale qui sévit actuellement dans nos universités.

D’autre part, il s’agissait de mettre en garde les autorités de l’école, plus spécifiquement le ministre en charge des Enseignements Secondaire Supérieur et de la Recherche Scientifique, afin qu’il prenne les mesures urgentes pour mettre fin à ces attitudes parfois regrettables. La cérémonie était présidée par le Secrétaire Général du SNESUP, M. Abdou Mallé, accompagné par son Secrétaire administratif, Professeur Djibonding Dembélé.

ETAT DES LIEUX

Tout à commença avec les problèmes de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) et de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG) suite à la proclamation des résultats de fin d’année 2006-2007 jugés catastrophiques.

Les étudiants n’ayant pas pu digérer leur redoublement se sont adonnés à des attaques verbales, physiques et souvent même à des menaces de mort à l’endroit des professeurs et de leurs familles. Comme le souligne d’ailleurs, le Pr Djibonding, à la FSJP, les étudiants sont habitués, sous l’égide des anciens administrateurs, à la facilité et donc au repêchage.

DES MENACES A L’ENDROIT DES PROFESSEURS

A ses dires, avant la proclamation des résultats, un groupuscule d’étudiants a promis de saccager le bureau du doyen et du secrétaire principal si toutefois 60% des étudiants ne passent pas. Dans ces conditions, est-il possible de trouver une école de qualité et performante? Voilà la question que se posent d’ailleurs les professeurs aujourd’hui. Aussi, pourquoi autant d’insécurité dans nos établissements universitaires? Des questions par lesquelles les enseignants interpellent les autorités du pays pour trouver des solutions immédiates.

En revenant à la situation de la FSJP, Djibonding a souligné qu’après les résultats le 15 janvier, plusieurs enseignants ont été attaqués par les étudiants. Certains ont d’ailleurs été blessés et transportés à l’hôpital. Plusieurs autres ont été convoqués à la police pour explication. Lui-même, a-t-il dit, et sa famille ont subi des menaces de la part des étudiants.

Aussi, les membres du comité local et les personnels de l’administration font l’objet de menace. Aujourd’hui, diront les syndicalistes, les étudiants de toutes les facultés confondues sont prêts à utiliser tout acte d’agression et de vandalisme, comme moyens pour passer aux classes supérieures.

LES PREMIERS ACCUSES

A prime à bord, les syndicalistes de SNESUP accusent certains collègues enseignants faisant partie du SNEC d’être animés d’une mauvaise volonté. Ce sont eux d’ailleurs, dit-on, les vrais instigateurs des étudiants contre les décanats. A ses dires, ces professeurs sont les premiers ennemis de l’école malienne.

Par ailleurs, en plus de ceux-ci, les militants du SNESUP ont fortement accusé le ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique de n’avoir rien entrepris pour freiner ces actes regrettables. D’autres pensent d’ailleurs que le ministre, au lieu de mettre des dispositions tendant à protéger la vie des enseignants et de leurs familles, au contraire, se dissocie de tous problèmes de ces collègues.

Aussi, soulignent les enseignants, aujourd’hui, aucune disposition sécuritaire n’est prise pour protéger les enseignants. Cela constitue une violation des normes universitaires, ont-ils dit. Ils ont parfois déploré l’attitude de ces agents de sécurité qui n’hésitent d’ailleurs pas à interdire aux enseignants l’accès aux salles de classe.

Ils sont souvent obligés d’exhiber leurs cartes d’identité pour avoir accéder aux salles. Selon la plupart de ces enseignants, tous ces problèmes découlent du PRODEC. Les enseignants n’ont aucun respect envers les étudiants. Aujourd’hui, tous les enseignants du SNESUP sont unanimes que le phénomène d’insécurité devient de plus en plus contagieux et cela dans toutes les facultés.

LES PROPOSITIONS ENVISAGEES

Il faut dire qu’aujourd’hui, les enseignants sont sur le pied de guerre car, ils sont tous d’accord que leur vie est en danger perpétuel. Ils attendent procéder à la légitime défense pour protéger leurs vies et leurs familles.

Lors des différents échanges, certains enseignants ont d’abord suggéré d’aller à un préavis de grève de 72 heures. En attendant, une correspondance doit être adressée à toutes les instances supérieures de l’Etat: le président de la République, le Premier ministre, le ministre de tutelle et les autres institutions de la République, voire même demandé de l’audience avec ces structures indiquées.

Toutefois, ils proposent d’attirer leur attention sur les conditions dans quelles les enseignants travaillent. D’autres pensent que le plus urgent est d’organiser une conférence de presse pour attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les conditions de vie et de travail des enseignants.

LES CRITERES DE REPECHAGE CONDAMNES

Ils ont tous condamné le critère de repêchage qui est, selon eux, la cause principale du niveau exécrable des étudiants. Il y a également, l’insuffisance d’infrastructures, l’inadéquation des systèmes éducatifs, mais aussi du manque de volonté des autorités.

Ils regrettent d’ailleurs aujourd’hui l’attitude et les propos du ministre tenus à leur égard. Ainsi, ils ont cité ces termes : “si vous vous en donnez à la rétention des notes, moi je suis dans mon bureau, c’est plutôt vous qui êtes en face des étudiants”.
Ces propos n’ont sans doute pas été digérés par les enseignants. C’est pourquoi, ils sont prêts aujourd’hui à faire une cessation définitive de travail jusqu’à ce que le gouvernement prenne des mesures pour non seulement punir les malfrats dans les établissements mais aussi sécuriser les vies et les biens des enseignants et de leurs familles.


UNE PRISE D’OTAGE

A titre d’exemple, un professeur de la FMPOS, non moins un des responsables de leur décanat, déclare que sa propre fille a été victime d’un acte de menace de mort perpétré par des étudiants. A ses dires: “un jour des étudiants de la FLASH ont poursuivi leur chef de DER jusque chez lui; en rentrant dans sa famille derrière ce responsable, les étudiants ont volé des objets de valeur et pris sa fille en otage, le couteau sous la gorge”.

Aujourd’hui, ce professeur se dit prêt à agir en légitime défense contre tout acte du “genre à ses risques et périls”.

Hady BARRY

11 Février 2008.