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Trois questions à Mahamane Lamine H. Touré, Membre de la commission Résistance Populaire du COREN : « Le Sit-in décrété par le COREN doit être soutenu »

Le Républicain : Vous revenez d’Alger, qu’est ce vous y êtes allé faire ?

Mahamane Lamine H. Touré : Nous sommes partis à Alger pour plaider la cause des populations du Nord-Mali – toutes les populations – qui ont le sentiment d’avoir été abandonnées aux mains de bandits armés qui n’ont semé que souffrance et désolation.

Nous sommes allés dire à nos frères algériens que depuis janvier, le MNLA et ses partenaires (Ansar Edine, Mujao, Aqmi) écument le nord-Mali avec son cortège de destruction d’édifices publics, de vols, de viols, d’assassinats, de destruction de monuments culturels et historiques, de « justice » expéditive et moyenâgeuse.

Que, nous ne comprenons pas que face à ce drame, l’Algérie un pays frère, un pays voisin, un pays que nous avons assisté avec nos maigres moyens quand beaucoup de personnes lui tournaient le dos, un pays qui connait le prix de la liberté, un pays épris de justice soit au nombre de tous ces donneurs de leçons qui aujourd’hui, trouvent tous les prétextes pour ne pas nous venir en aide.

Nous leur avons également fait remarquer que les principaux dirigeants du Mujuao et d’AQMI sont algériens et/ou mauritaniens. Et qu’à ce titre ces deux pays doivent aider l’Etat malien à les combattre. Nous avons aussi dit que selon les informations en notre possession ces groupes armés se ravitaillent en carburant en territoire algérien et qu’il fallait couper les cordons de ce ravitaillement qui constituent un facteur essentiel du fonctionnement de leur logistique militaire.

Nous avons écouté avec beaucoup d’attention leurs réponses et nos interlocuteurs se sont réjouis du fait que « la majorité silencieuse » s’exprime désormais directement et défende sa communauté.

Pour eux, la question de l’intangibilité du territoire malien est non négociable et c’est pourquoi, très tôt, dès l’annonce de la pseudo indépendance de l’Azawad, l’Algérie l’a rejetée. Et toutes les mesures ont été prises pour que son territoire ne soit pas la base arrière des criminels et terroristes qui occupent une partie du Mali et qu’elle mettra tout en œuvre pour aider ce pays frère et ami, pour résoudre le problème auquel il est confronté et qui est aussi, le leur. De jouer pleinement leur partition pour un règlement heureux de la question.

Auparavant vous vous êtes rendu à Ouagadougou où un sommet important pour une sortie effective de crise se profile le week-end.

Lors de la précédente réunion des forces vives du Mali à Ouagadougou nous avons soutenu que pour nous, le problème numéro un reste et demeure la libération du Nord Mali qui, du reste, était le motif annoncé du coup d’Etat du 22 mars dernier. Mais nous avons été surpris et peinés par les empoignades autour des questions de légalité constitutionnelle, de conditions de mise en œuvre de la transition, voire de partage du pouvoir.

Si la réunion que vous annoncez se tient et si nous y sommes invités, nous n’avons qu’une seule priorité : c’est la libération du Nord Mali qui vit sous la coupe réglée de bandits armés étrangers. Nous comprenons la nécessité d’avoir des institutions stables et représentatives de toutes les composantes de notre Nation meurtrie, mais cette démarche ne peut se faire que dans la sagesse, le renoncement et le placement du Mali au dessus de tout.

Vous avez décidé le week-end dernier d’un Sit-in illimité à la place de l’indépendance pour faire bouger le gouvernement sur la question du Nord, avez-vous des propositions concrètes quant à la gestion efficiente du problème ?

Nous avons déjà rencontré le Premier Ministre. Nous lui avons décrit la situation de nos populations au Nord et leurs attentes. Nous avons attiré son attention sur tous les pillages, souvent des infrastructures de base, subis par ces mêmes populations. Les sévices et crimes atroces, passibles de la Cour Pénale Internationale. Toute chose qu’il connait. Il n’empêche, nous avons insisté sur la mise en place par l’ennemi de camps d’entrainements, de constitutions de stocks d’armement, de système d’achat de conscience. Pour contrer tout ceci, il faut mobiliser, au quotidien, l’ensemble de la population malienne autour de la question du Nord. Poser des actes plus que symboliques, visibles pouvant prouver à tous que le Mali est en état de guerre, agressé par des apatrides et des étrangers. Il faut mettre par exemple les drapeaux en berne pour indiquer que nous ne sommes pas dans une situation de normalité, annoncer régulièrement dans la presse la compassion de l’Etat et surtout exiger de notre gouvernement qu’il aille libérer, sans délai, les trois quarts du pays aux mains d’envahisseurs. C’est pourquoi le Sit-in décrété par le COREN est à propos et doit être soutenu.

Propos recueillis par S.Elkounta

Le Républicain du 3 Juillet 2012