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« Il faut appliquer les conventions et accords signés »


Face à la crise de professeurs dans l’enseignement supérieur, des enseignants essayent de combler le vide avec le système des heures supplémentaires. Nous avons approché le secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur, Dr. Abdou Mallé qui nous parle, ci-dessous, des acquis et difficultés de paiement des heures supplémentaires.

Les Echos : Qu’est-ce qu’une heure supplémentaire ?

Abdoul Mallé : Les heures supplémentaires sont les heures de travail effectuées au-delà de la durée légale du travail fixée. Les heures supplémentaires sont effectuées afin de faire face à des travaux urgents.Le régime des heures supplémentaires a été réglementé depuis 1979 à ma connaissance. Dans l’enseignement supérieur, c’est ce statut qui réglemente les heures supplémentaires. La hiérarchie de l’enseignement supérieur est ainsi constituée.

Il y a le corps des assistants, des maîtres-assistants, des maîtres de conférence et celui des professeurs. Chaque corps a des attributions en matière d’enseignement. Pour les assistants, c’est 12 heures par semaine, les maîtres-assistants 10 heures par semaine, les maîtres de conférence 8 h et les professeurs 6 heures par semaine. Les heures supplémentaires veulent dire que le ratio étudiants/enseignants n’est pas adéquat.

Les Echos :A combien est payée une heure supplémentaire ?

A. M. : L’heure supplémentaire, pour les professeurs rang A, est fixée à 2250 F CFA. Les assistants détenteurs de DEA, assistants-doctorants, maîtres-assistants perçoivent 2000 F CFA. Je répète que cela est fixé depuis 1979. Le syndicat a demandé une augmentation. Malgré nos revendications, on n’a pas eu gain de cause pour toutes les Facultés. Comparativement à la sous-région, ce que nous gagnons est insignifiant. Tout près au Sénégal, les heures supplémentaires sont fixées entre 5000 et 6000 F CFA.


Les Echos :Vous avez tout de même obtenu quelques paiements non ?

A. M. : A chaque fois qu’on pose la question du paiement dû de ces heures, c’est un problème. Chaque fois, on brandit une fourchette d’un milliard pour dire que voilà le budget a consacré tant de F CFA. Nous ne pensons pas que ce soit la solution. Dans la plupart des cas, le paiement des heures supplémentaires se fait après des grèves ou protestations. Chaque année, c’est ainsi.

Nous n’allons pas continuer comme ça. Ce n’est pas notre devoir le paiement des heures supplémentaires. C’est le droit des militants, leurs intérêts et l’on est obligé de faire pression pour qu’elles soient payées. Voyez-vous l’effectif atteint aujourd’hui les 65 000 étudiants. Il faut normalement un enseignant pour 27 étudiants. En tout cas pas plus de 30. C’est cela une norme de l’Unesco. Nous sommes en train de gérer en réalité l’effectif de 2 à 3 universités.

Les Echos :Est-ce que toutes les Facultés et grandes écoles ont toutes été « payées » ?

A. M. : Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’on est satisfait. Tant qu’une structure n’a pas ses heures supplémentaires, on ne peut pas dire qu’on est satisfait. L’Ecole nationale d’ingénieurs (ENI), l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou, la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) ne sont pas encore « payés ». Dans la plupart de ces cas, c’est la signature du ministre qui bloque.


Les Echos :Qu’est-ce que vous entendez faire pour être dans vos droits ?

A. M. : Pour le moment nous sommes en train de sauver une Faculté qui n’est certainement pas le rôle classique d’un syndicat et, cela malgré qu’on nous traite de tous les noms d’oiseaux. Après nous allons certainement nous réunir en assemblée générale pour décider de la suite. Je vous dis il n’y a pas que les heures, il y a les retenues sur les salaires. Nous disons que ces retenues doivent être reversées rapidement. Suite à l’agression du Pr. Djibonding Dembélé, on a observé 15 jours de grève de protestation, le ministre a retenu arbitrairement et sur le net et sur certains qui étaient en congé de formation.

C’est très grave ! Qu’il nous dise si c’est un règlement de comptes. Nous ne nous sommes jamais opposés aux retenues sur salaire. Mais qu’elles soient faites dans les règles de l’art. L’école malienne est malade et ceux qui veulent la redresser sont abattus. Finalement se pose la question de savoir s’ils veulent réellement la sortir des sentiers battus. Ils ont coupé, pour certains, pour plus de 45 000 F CFA, alors que les textes disent pas plus du tiers.

Les Echos :Quelle est l’explication qu’on vous a donnée sur le retard dans le paiement des salaires des nouvelles recrues ?

A. M. : Seule la mauvaise fois peut l’expliquer. C’est le sabotage du système universitaire. Ces gens-là ne disent pas la vérité, aucun syndicat n’est en train de détruire ce sont eux qui sont en faute. Nous avons le devoir de sauver l’école malienne, mais sans qu’on ne piétine les droits à la grève. Nous disons là où on peut sauver, on va le faire. Mais il faut qu’il y ait le minimum de respect et de considération. Il faut appliquer les conventions et accords sous-régionaux que le Mali a signés.

Les Echos :Que disent ces accords et conventions ?

A. M. : Les heures supplémentaires démontrent qu’il faut recruter suffisamment et former suffisamment d’enseignants. Il faut que l’enseignement général et en particulier l’enseignement supérieur soit attractif. Ceci étant, dans le cadre du Réseau pour l’excellence de l’enseignement supérieur ouest-africain (Resao), le Mali a signé une convention d’alignement des salaires qui n’est jusque-là pas appliquée.

Beaucoup de pays comme le Niger et autres ont appliqué ou sont en cours d’application de la convention. Pourquoi pas le Mali ? Notre pays est aussi signataire de l’accord de Maputo sur le financement de la recherche. A savoir l’allocation de 1 % du budget à la recherche scientifique. Là aussi rien n’a été fait. Je dis qu’aucun pays ne se développe sans sa propre recherche.


Les Echos :Est-ce que c’est dû au fait que les ressources du pays sont limitées ?

A. M. : Non ! Non ! Il n’y a pas que ça. Les ressources sont gaspillées. Ce n’est pas une question de ressources. Les pays qui l’appliquent ne valent pas mieux que le Mali. Certes on est pauvre, mais si les ressources étaient utilisées à bon escient, on pouvait faire mieux. Les chercheurs de ses pays ne valent pas mieux que nous. Si les moyens et les conditions de travail suivent, on nous jugera sur les résultats.


Les Echos : Un Forum sur l’éducation est en cours, peut-être prendra-t-il en compte vos soucis ?

A. M. : Le Mali est une usine de papier des lois et textes. Mais nous sommes les derniers à les appliquer. Ce qui sera issu du Forum, nous voulons le faire appliquer. Après le Forum, les syndicats vont se retrouver pour faire appliquer ses conclusions. Elles ne seront pas mises dans les tiroirs comme on a l’habitude de voir. On ne va pas piller le budget de l’Etat pour berner les gens. Les conclusions seront appliquées.

Propos recueillis par

Amadou Sidibé

10 Octobre 2008