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En prélude à un vaste programme d’activités qui vont marquer le mois de décembre, mois de lutte contre le SIDA, le Secrétaire exécutif du Haut conseil national de lutte contre le VIH/ SIDA, Malick Sène, était face à la presse, le 30 novembre, à l’Hôtel Colombus. Objectif : informer la population sur les activités du mois de décembre.

Malick Sène a expliqué aux journalistes que le rapport ONUSIDA 2011 estime à 34 millions le nombre de personnes infectées dont 23,5 millions vivant en Afrique subsaharienne. Mais selon le même rapport, une baisse de 24% des nouvelles infections a été observée ces dix dernières années dans 22 pays subsahariens dont le Mali. S’agissant particulièrement du Mali, il a expliqué que selon les enquêtes de démographie et de santé menées presque régulièrement tous les 5 ans, on peut constater que le taux de séroprévalence a chuté de 1,7% en 2001 à 1,3% en 2006, et à 1,1% en 2012. Ce qui montre que le Mali a atteint l’objectif de l’inversion de la tendance de la propagation de ce fléau. Il a, néanmoins, averti qu’il faut maintenir cette tendance à la baisse et l’accélérer, afin d’arriver à l’élimination du fléau.

Le conférencier a, par ailleurs, relevé le caractère asymétrique de la lutte. Car, selon lui, si d’un côté avec le renforcement des activités de prévention on accélère la chute du taux de prévalence, de l’autre côté, avec l’amélioration de la prise en charge et de l’accès gratuit aux traitements et au soutien on améliore l’espérance de vie des PVVIH et on ralentit la chute du taux de séroprévalence. Ainsi, les deux effets cumulés peuvent ralentir la baisse de la tendance, mais le plus important reste la réduction sinon l’annulation des nouvelles infections. «Nous avons une population totale d’environ 16 millions d’habitants, sur lesquelles environ 100 000 personnes sont infectées. Notre mission au SEHCNLS est de prendre en charge les 100 000 personnes infectées ou malades, et de protéger les 15,9 millions personnes qui ne sont pas infectées. Pour y arriver il faut faire de la prévention».

Et Malick Sène de faire remarquer que le Mali a mis en place des programmes qui ont permis d’atteindre de très bons résultats. Malheureusement, ces résultats ont beaucoup souffert de la crise financière et sécuritaire du Nord. Dans la gestion du Programme national de lutte contre le sida, nous avons connu trois grandes crises en 2012 2013 : la crise sociopolitique qui a entrainé des conséquences sécuritaires et humanitaires importantes, la crise financière qui a eu des conséquences dramatiques sur la gestion de nos programmes et qui a provoqué le recul de certains de nos indicateurs et, enfin, la ruée vers l’or. La crise du Nord, a-t-il expliqué, a entrainé une destruction importante des services de santé, avec une dispersion du personnel de santé et une destruction de plus de 300 millions de médicaments et de réactifs destinés au traitement du SIDA considéré comme une maladie honteuse et un péché condamné par les intégristes. Le conflit a aussi entrainé un déplacement massif des populations de ces régions vers le reste du pays et vers les pays voisins. Sur les 668 malades qui étaient sous traitement au moment des évènements, beaucoup se sont déplacés vers d’autre régions au sud et d’autres vers les pays voisins. Les malades restés sur place, malgré les efforts faits par le ministère de la Santé, le SNU et les ONG pour les atteindre et les soigner, beaucoup ont très certainement connu des ruptures de traitements pouvant occasionner une résistance ; ce qui peut conduire à un changement de ligne de traitement.

Concernant la crise financière que connaît notre pays, Malick Sène a déclaré qu’elle est la résultante de plusieurs facteurs : la fin des grands programmes financés par la Banque Mondiale, la BAD et le ralentissement des décaissements du Fonds Mondial. Or, ce sont ces grands financements qui nous ont permis d’atteindre tous ces résultats. L’arrêt de ces grands financements aura un impact important sur la progression de nos indicateurs. Quant au Fonds Mondial, il faut savoir qu’il pesait lourd dans le financement de notre Programme avec presque 60% de nos besoins à lui tout seul. Il a donc déploré le fait que le ralentissement de son financement pendant de longs mois a déstabilisé toute l’architecture de la réponse nationale. Conséquence : une soixantaine d’ONG sont directement affectées et beaucoup ont arrêté de travailler, et cela prendra du temps pour reconstituer ce capital humain et technique perdu pour la cause du sida. Pire, le Fonds Mondial qui a commencé ses investigations en septembre 2010, soit plus de 3 ans, n’a toujours pas déposé son rapport, et cette situation d’attente prolongée porte préjudice à la crédibilité du SEHCNLS.

Pierre Fo’o Medjo

22 Septembre du 2 Décembre 2013