Partager


Fraîchement nommé citoyen d’honneur de la ville de Ségou par le festival sur le Niger (4e édition), le Pr. Youssouf Tata Cissé nous parle du « sanankouya ». Un système de solidarité inter-clanique et inter-ethnique qui agit comme une thérapie qui participe quotidiennement à la régulation sociale.

Le « sanankouya » ou « parenté à plaisanterie » est un système de solidarité inter-clanique et inter-ethnique très répandu en Afrique de l’Ouest. Il ne repose pas sur une parenté réelle entre alliés à la différence de la « parenté à plaisanterie », qui concerne des personnes ayant des liens de parenté avérés.

Selon le Pr. Youssouf Tata Cissé, la manifestation la plus remarquable du « sanankouya » réside dans les échanges de plaisanteries entre alliés. A ses dires, les propos souvent injurieux qu’échangent en toute occasion les partenaires ne peuvent donner lieu à aucune conséquence.

Mais au-delà de cet aspect ludique, l’alliance requiert une assistance mutuelle entre alliés (sanankoun) en toutes circonstances, un devoir, voire une obligation de médiation lorsque l’un des partenaires est en conflit avec un tiers.

De nombreuses études consacrées à ce phénomène typique des sociétés ouest-africaines ont donné lieu à des interprétations différentes quant à ses origines et à sa signification. M. Griaule et V. Pâques, cités par le Pr.

Doulaye Konaté, l’ont interprété comme étant une « alliance cathartique avec fonction purificatrice » reposant au départ sur un serment qui scellait un pacte de fraternisation.

L’alliance engage donc les contractants et leurs descendants. Elle unit des groupes portant des patronymes différents et qui se repartissent entre différentes ethnies vivant dans différents pays de l’Afrique de l’Ouest. On peut citer les alliances Diarra-Traoré, Kéita-Coulibaly, Touré-Cissé-Diaby, Bathily-Soumaré.

Le « sanankouya » chez les Dogons peut avoir un caractère inter-ethnique (Mandingue-Peul, Bamanan-Peul, Sonrhai-Dogon, Dogon-Bozo, Minianka-Sénoufo, etc.) L’alliance peut unir aussi des groupes ethniques à des castes (Peuls-Forgerons) ou des castes entre elles (forgerons-autres castes) ou encore des contrées entre elles dans la mesure où celles-ci ont un peuplement relativement homogène.

Quant aux fonctions du « sanankouya », Pr. Cissé dira que les échanges verbaux à caractère irrévérencieux entre alliés « permettent de canaliser les tensions éprouvées dans les rapports de parenté clanique et avec les alliés matrimoniaux ».

En effet, le « sanankouya » établit une relation pacificatrice qui joue le rôle d’exutoire de tensions qui, autrement, dégénéreraient en violences. Comme l’écrit fort justement Sory Camara « il s’agit de désamorcer la guerre, de la jouer pour ne pas la faire ».

D’après ce dernier, le « sanankouya » permet aux Africains de l’Ouest de différentes contrées de fraterniser au premier contact, de dédramatiser des situations qui, ailleurs, conduiraient à des conflits ouverts.

« Il est plus renforcé au Mali que dans n’importe quel pays. C’est ce qui fait d’ailleurs notre force. Jamais les vrais sanankoun ne peuvent se faire du mal sans le regretter », a acquiescé le Pr. Cissé.

Au Mali, ajoutera-t-il, le « sanankouya » agit comme une thérapeutique qui participe quotidiennement à la régulation sociale. Les plaisanteries qu’échangent les alliés contribuent à détendre l’atmosphère, à rétablir la confiance… Toutes choses indispensables au dialogue.

Amadou Sidibé

07 février 2008.