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Au XXIème siècle encore, l’esclavage continue en Afrique et particulièrement au Mali. Les victimes de cette pratique trouvent de l’aide de la part d’associations abolitionnistes comme la multiséculaire Anti-slavery international de Londres. Ce combat relance le débat sur le rôle historique de l’Afrique elle-même dans ce crime contre l’humanité.

L’association TEMEDT réclame des autorités une étude sur la persistance de l’esclavage au Mali… et des excuses officielles. Voilà une requête qui traduit la douleur de la mémoire historique des descendants d’esclaves. La même exigence est souhaitée par les associations abolitionnistes Timidria du Niger et SOS esclaves de la Mauritanie. Hier comme aujourd’hui, il arrive que des maîtres d’esclaves abusent des femmes esclaves, les vendent sans risque de procès.

C’est dire que l’on cherche une sorte de vérité historique au sujet de la part de l’Afrique dans l’esclavage. Selon une étude menée au Niger en 2005 par Timidria, “l’une des sources historiques les plus anciennes connues sur le rôle joué par l’Afrique dans l’esclavage” est celle que Popovic révèle en relatant qu’en 689-90 et en 694 des esclaves noirs s’étaient insurgés en Mésopotamie (Bas Irak).

Ils étaient connus sous le nom de Zandjs et plus tard, c’est Al Tabari qui estima leur nombre à 15 000 environ. Ils travaillaient sur des chantiers pour l’irrigation des terres et l’entretien des canaux. Plus tard, Ibn Khaldun rapporta que ces esclaves noirs étaient originaires de l’Afrique orientale.

Al Yakubi (1975, p. 48-49) écrivait en 891 : « On se rend ensuite à un pays (ou une ville) appelé Ghast (Audaghust). C’est une oasis prospère avec habitations fixes. Il y a là un roi sans religion et sans loi religieuse qui fait des razzias dans le pays des Sudan», c’est -à- dire le pays des Noirs. L’auteur d’ajouter que plus au sud, les populations sont musulmanes et elles exportent des esclaves Sudan (…) de leur voisinage, les réduisant en captivité.

Le pays dont parlaient ces écrivains est bien l’espace où l’esclavage continue de nos jours. « On m’a rapporté que les rois des Sudan vendent ainsi des Sudan sans raison et sans motif de guerre », a témoigné Al YaKubi, géographe arabe du 19è siècle.

Ibn Hauqal (traduction en 1925 de son récit sur l’Afrique noire, p.95) révèle quant à lui avant 988 que « parmi les exportations du Maghreb vers l’Orient, il y a les belles et jolies mulâtresses qui sont devenues les favorites des Abbassides et autres grands personnages… Puis il faut énumérer les beaux esclaves importés des pays des Noirs, ainsi que les esclaves provenant de la région des Slaves par le canal de l’Espagne».

Qu’est ce qui expliquait ce commerce ? Un auteur, Anderson (1977, pp. 190-191), relie le commerce des esclaves au Moyen-âge à la prospérité dans certaines régions de Russie, particulièrement le royaume Varègue.

«Le royaume Varègue de Russie était un empire commercial édifié essentiellement sur la vente des esclaves au monde islamique d’abord par l’intermédiaire du Khazar et des khanats bulgares, plus tard directement à partir de l’emporium central de Kiev».

Ainsi durant plusieurs siècles, tous les continents ont contribué à « saigner » l’Afrique par l’intermédiaire de l’esclavage.

Il n’est nul besoin de revenir sur la Traite de Noirs dont les contours sont connus. Le plus important est d’examiner la participation de l’espace nigérien actuel au mouvement de l’esclavagisme et avoir une idée de la situation à la veille de la pénétration coloniale, pendant la domination coloniale et après l’accession à l’indépendance.

En effet, Olivier de Sardan a écrit que « la colonisation représente dans l’histoire des peuples africains une telle rupture qu’il est impossible de ne pas distinguer un « avant » et un « après » la conquête française » (Olivier de Sardan, 1984 p. 1).

En effet, les sociétés africaines ont été traumatisées par la pénétration coloniale qui a bouleversé des valeurs au nom d’autres valeurs.
Cette domination devra être examinée à la lumière de l’esclavagisme pour évaluer si dans ce domaine il y eu ou non changement de valeurs car l’héritage actuel en découle directement.

Toutefois, il est à retenir que malgré l’abolition de l’esclavage sous les colons blancs, cette pratique a continué dans les zones désertiques entre le Mali, la Mauritanie et le Niger, voire dans d’autres contrées du sahara.

Soumaila T. Diarra.

04 avril 2008.