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Kiosques en tôle par ci, hangars en paille par là, des magasins exigus en dur ou en semi-dur d’un côté, des gargotes et des revendeuses de condiments à même le sol de l’autre. Plus loin une fumée noirâtre et suffocante qui s’échappe, empêchant toute respiration, des chiens se faufilant entre les étals à la recherche de leur subsistance, des malades mentaux qui transforment des caniveaux en dortoirs… Telle est aujourd’hui l’image de la plupart des marchés de la capitale.

Réputés être des lieux de convergence d’acheteurs et de vendeurs de produits et condiments, les marchés à Bamako sont l’occasion de rencontres et d’échanges. Leur vocation est donc de rassembler. L’importance du lieu fait qu’il conviendrait de veiller à son emplacement au nom de la salubrité.

Mais hélas ! La quasi-totalité de nos marchés est située à bord des routes principales, ce qui n’est pas sans conséquences. Les véhicules et autres engins peuvent y terminer leurs courses. L’autorité municipalité à laquelle la gestion incombe ne joue pas assez son rôle : laissant l’anarchie s’installer.

Pour les mairies, il est presque impossible de faire quoi que ce soit en matière d’emplacement. Les autorités municipales n’ont qu’un seul mot à la bouche : « respect du schéma directeur d’aménagement urbain de la ville oblige », se défendent des élus.

Elles ajoutent également que transférer un marché mettrait beaucoup de commerçants dans des situations difficiles. Toutefois, il n’est pas impossible de voir des marchés aménagés grâce à l’implication des municipalités et de leurs partenaires.

Dans d’autres cas, certains responsables des lieux n’en font pas leurs affaires. Leurs seuls soucis, c’est de se précipiter et collecter les patentes ( 50 F CFA par jour et par vendeurs). Et Dieu seul sait la destination réservée à ces sous. Alors que dans certaines communes, le marché permet de collecter des ressources financières substantielles.

Autre constat de nos marchés, c’est qu’ils n’échappent pas à l’emprise des ordures à ciel ouvert. Toutes sortes de condiments et de nourritures sont offertes. C’est là le quotidien dans un pays où l’hygiène est souvent le dernier souci des vendeurs d’aliments surtout des gargotières chez lesquelles une grande partie des Bamakois se restaure aujourd’hui, de jour comme de nuit.

Des vendeurs y sont installés à même le sol avec leurs marchandises (condiments) qui n’obéissent pas aux règles d’hygiène et d’assainissement, donc sources de maladies. Interrogées, des vendeuses (vieilles femmes) se défendent : « Nous n’avons pas les moyens de nous offrir un hangar ou une boutique. Nous ne pouvons que nous limiter dans la mesure du possible ».

On se rappelle que la viande d’âne était offerte dans certains marchés de la périphérie de Bamako. L’Agence nationale pour la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA), chargée de coordonner toutes les actions liées à la santé sanitaire des aliments, à travers ses services déconcentrés, était même intervenue.

Selon un responsable de la structure, « en la matière, l’ANSSA ne peut être indifférente ». « Elle apporte, poursuit-il, un appui technique et scientifique aux structures de contrôle en participant à l’élaboration de la réglementation relative à la sécurité sanitaire des aliments et évalue les risques sanitaires liés à la consommation d’aliments impropres et appuie les activités des systèmes de surveillance et des réseaux épidémiologiques, choisit de privilégier la sensibilisation en adoptant le slogan ‘manger bien, manger sain’ ».

Pour notre interlocuteur, la prévalence des maladies transmises par les aliments nous dicte d’accorder une attention plus importante à la salubrité et à la sécurité sanitaire des aliments et notamment dans les marchés. Le contrôle efficace de l’hygiène des denrées alimentaires et une large information des consommateurs s’impose, dit-il. « Si la sensibilisation n’est pas suivie d’effet, il est procédé à la phase de répression contre les intervenants ».

La consommation d’aliments insalubres, selon un agent de la santé, comporte des risques de contamination de la fièvre typhoïde par les aliments exposés dans la rue.


Amadou Sidibé

07 Novembre 2008