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L’Espace citoyen démocratique sur les OGM, qui a regroupé du 25 au 30 janvier, au Centre Charles Luanga de Sikasso, une cinquantaine de producteurs de tous les cercles de la région s’est terminé par un nom massif contre l’introduction des OGM dans notre agriculture.

Après les exposés sur les avantages, inconvénients et niveaux de recherche sur les OGM des 14 experts témoins venus d’Europe, d’Inde, d’Afrique du Sud et de la sous-région, les producteurs, dont une dizaine de femmes, ont été repartis, selon les catégories, en commissions de travail pour délibérer sur le sort à réserver aux OGM dans notre pays.

Ainsi, aux termes de débats houleux qui ont duré 48 h, le verdict citoyen, sans appel, est tombé. A l’unanimité et au nom de tous les producteurs du Mali, les participants ont décidé de rejeter l’introduction des OGM dans l’agriculture.

Ils ont, en outre, mis en garde le gouvernement contre tout agissement contraire à leur volonté et l’introduction illégale des produits OGM au Mali.

Les producteurs fondent leurs arguments sur certaines préoccupations relatives aux conséquences néfastes de la culture des OGM.

Il s’agit de la destruction des sols avec les toxines produites par les OGM, la disparition des variétés traditionnelles, les inquiétudes sur la santé humaine et animale, la mainmise des firmes productrices d’OGM sur les producteurs.

« Nous avons appris au cours de cet espace que la consommation d’OGM provoque l’impuissance chez les hommes, des malformations chez les femmes enceintes, infecte les eaux, etc. Ne serait-ce que pour ces raisons, nous disons non. Nous voulons préserver nos valeurs et nos techniques culturales qui n’ont jamais fait défaut », a martelé Bassiradi Goita, productrice de Yorosso.

Esclavage

Le refus des paysans se fonde aussi sur le fait que sur les 14 exposés des experts témoins, seulement 4 ont préconisé des recherches approfondies sur la question avant toute décision et les 10 autres ont démontré que l’introduction des OGM ne sera pas un facteur d’accroissement de la production, mais d’appauvrissement des producteurs. Ceux-là seront obligés d’acheter des semences chaque année avec des firmes Monsanto ou Syngenta.

« Pourquoi veulent-ils nous imposer coûte que coûte quelque chose que nous ne voulons pas ? » s’interroge Dramane Dembélé de Molobala pour qui les OGM ne constituent qu’une nouvelle forme d’esclavage orchestrée par les grandes puissances.

De son côté, Balla Koné, un producteur de Koutiala jette son dévolu sur les chercheurs africains qui, selon lui, seraient manipulés par les firmes productrices d’OGM : « pensez-vous que ces chercheurs qui sont financés par les firmes d’OGM peuvent-ils dire la vérité ? Non. On ne doit pas même autoriser la recherche dans notre pays car ça aboutira à ce qu’on connaît déjà ».

Abondant dans le même sens, Mme Traoré Alidiata Bamba de la Fédération nationale des femmes rurales du Mali a invité les gouvernements à axer les recherches sur l’amélioration des variétés traditionnelles de semences en vue de l’accroissement de la productivité et de réduction de la pauvreté des femmes productrices.

De toutes les façons, l’ECID a été un vrai espace de débats, d’échanges et de connaissances qui a permis aux producteurs de comprendre les enjeux politiques, économiques, sociales liés aux OGM et de faire son procès.

Tel était d’ailleurs l’objectif recherché par les organisateurs de ce forum à savoir l’Assemblée régionale de Sikasso, les conseils de cercle, les services techniques d’agriculture, le Centre Djoliba, la société civile et les partenaires financiers de l’Institut international pour l’environnement de Londres et du Réseau interdisciplinaire bio sécurité de Genève.

Les conclusions de cet espace citoyen, premier du genre dans la sous-région, feront l’objet de restitutions au niveau de tous les villages de la région.

Sidiki Y. Dembélé
(envoyé spécial)

L’expérience unique sud-africaine

Buthelezi est un producteur sud-africain qui expérimente la culture du coton bio depuis 1996. Dans son exposé, il a démontré que la culture des OGM peut accroître la production et améliorer le revenu des producteurs. Ses arguments se fondent sur le fait que les semences OGM contiennent des toxines qui luttent contre certains ravageurs. Donc, le producteur utilise moins de pesticides. Le coton OGM résiste aux grandes inondations mais déteste la sécheresse. Il précise qu’il faut avoir des moyens d’irrigation et un grand champ pour récolter des bénéfices dans la culture des plantes OGM. Des arguments qui n’ont pas du tout influencé et convaincu les producteurs maliens, qui insistent surtout sur les inconvénients de la culture OGM que sur les avantages minimes.

S. Y. D.

Ils ont dit

Ibrahima Coulibaly (président de la coordination des organisations paysannes)

« Nos pays n’ont pas les moyens d’expérimenter de façon autonome et responsable les OGM. On veut nous tuer, c’est une question de vie ou de mort entre ceux qui ont des intérêts et ceux qui n’en ont pas dans cette affaire d’OGM ».

Dr. Michel Pimbert (Institut international de l’environnement et du développement)

« Il y a une menace très forte sur la souveraineté alimentaire du monde paysan car si le paysan perd le contrôle sur le premier maillon de la chaîne alimentaire, qui est la semence, il serait très difficile de garantir sa sécurité et sa souveraineté alimentaire ».


Barbara Bandonien (Réseau interdisciplinaire bio sécurité)

« Les questions d’OGM sont d’actualité au Mali et préoccupent tout le monde dans la mesure où le voisin burkinabé est en train d’effectuer des expérimentations. La question qui se pose est de savoir ce qu’il faut faire avec ces OGM ».

Ousmane Sy (ancien ministre)

« Je ne peux pas dire aujourd’hui que je suis pour ou contre les OGM. Le défi qui se pose avec les OGM est de chercher à faire avancer la connaissance. Il est bon que la recherche s’implique à cette question. Oui pour le combat de la connaissance pour dialoguer avec le reste du monde sur cette question, ses enjeux. Les acteurs, que sont les producteurs sont, à mon avis, mieux placés pour dire oui ou non aux OGM ».

30 janvier 2006.