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Baba est un jeune de Lafiabougou. Il est éperdument amoureux de sa camarade de classe, Fanta. Seulement, le papa de Fanta est de la vieille école. Il dépose ses filles à l’école, est là à la descente pour les ramener, et malgré qu’elles soient toutes au lycée, pas moyen pour elles d’avoir un téléphone.

Il lui est arrivé très souvent de fouetter des prétendants venus compter fleurette à ses filles, ou de les arroser derrière ses murs avec de l’eau sale. Le père de Fanta, « Boua Solo », comme tout le monde l’appelle dans le quartier de Lafiabougou, est très clair : pas de colas, pas de causerie.

Cependant, Boua Solo est très pieux. Depuis que le Ramadan a commencé, il va à la mosquée si tôt le jeun coupé, y reste même des heures après le nafila.

C’était donc une bonne occasion dont profitaient toutes ses filles. Chaque années, elles guettent avec impatience le Ramadan, qui leur donne l’occasion de sortir le soir à la porte avec leurs copains, de les recevoir au salon.

Ainsi, ce mercredi, comme tous les soirs depuis que le Ramadan a commencé, Baba se rendit chez la belle Fanta, s’installa au salon, les yeux rivés sur l’horloge fixé au mur du salon. Il sait qu’il a trois heures avant le retour de Boua Solo.

Malheureusement pour les deux tourtereaux, Boua Solo, ce mercredi, n’était pas parti à la mosquée. Il avait eu un malaise dans la journée et avait dû couper le jeun. Il était donc resté couché dans sa chambre.

Son rituel est tellement rodé que les filles n’ont pas fait attention. Certaines étaient dans le salon, les plus chanceuses à la porte. La voix de Baba fera sortir Boua Solo de sa chambre, et, scandale, il verra un jeune prétentieux confortablement assis dans son salon.

C’est le fouet qui a creusé un sillon sur son dos qui le ramènera à la réalité. C’est son cri qui alertera les autres filles.

Depuis, Boua Solo fait le nafila à la maison.

Soumba Diabaté

@Afribone