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Le quartier populaire de Bagadadji, en Commune II, a vécu son samedi noir le 8 novembre 2008. La chasse ouverte aux revendeurs de drogue a mis le quartier à feu.

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Bagadadji est l’un des plus vieux quartiers du district où habitent les Touré, l’une des trois familles fondatrices de la capitale. C’est là où habite le maire de la Commune II, Gaoussou Ly dit Boukadary. Ce quartier traîne la vilaine réputation de plaque tournante de trafic et de consommation de drogues.

Depuis trois à quatre générations, certaines familles ont choisi comme activité principale la vente de stupéfiants. Cela se passe à visage découvert parce que les forces de sécurité ne mènent que des opérations coup de poing. Des familles installées sur l’ex-rue « Patchanka » jusqu’aux abords des rails sont réputées être leur quartier général.

Le samedi 8 novembre, des jeunes du quartier ont déclenché ce qu’ils ont appelé « l’opération Kokadjè », visant à nettoyer Bagadadji des dealers. Ils avaient, selon eux, la faveur du chef coutumier des Maures lui aussi excédé par la mauvaise réputation de « quartier de drogués » et de « dealers » que traîne Bagadadji et dont les jeunes récoltent les effets collatéraux. « Chaque fois qu’un des nôtres postule à un concours, il a moins de chance face au jeune d’un autre quartier. On nous taxe de drogués », a laissé entendre un des jeunes de « l’opération Kokadjè ».

Les jeunes sont descendus dans les familles supposées être le nid des dealers pour les en déloger. Pendant toute la matinée de samedi, Bagadadji s’est enflammé. Une bataille rangée a opposé les manifestants aux revendeurs de drogues. Ces derniers étaient animés à leur tour d’un sentiment d’autodéfense. Les deux camps portaient des armes blanches et même des fusils dont des coups de feu ont été entendus par des témoins oculaires.

La rue 508 située entre les deux goudrons qui mènent à la Grande mosquée a été barricadée et embrasée par des pneus et certains effets personnels subtilisés dans certaines familles. Des blessés ont été enregistrés dans les deux parties.

La police anti-émeute du Groupement mobile de sécurité (GMS) s’y est mêlée, tirant des gaz lacrymogènes dans les ruelles et poursuivant des manifestants jusque dans les familles. C’est en début d’après-midi vers 14 h que le GMS a pu maîtriser la situation et ne s’est retiré complètement qu’au petit soir.

La moralité dans cette affaire est que les autorités en charge de la lutte contre les stupéfiants ont été longtemps complices de cette situation. Les rares descentes policières ont été plus spectaculaires que décisives dans la lutte contre le fléau. Les suspects ont été rarement gardés à vue ou mis sous mandat de dépôt.

Pour des populations autochtones, « Bagadadji est un grand dépôt où s’approvisionnent beaucoup de personnes, y compris des porteurs d’uniformes à longueur de journée ».

Abdrahamane Dicko

10 Novembre 2008