Partager

Debout sur la scène d’un club du Caire, ordinateur ouvert devant lui, le musicien égyptien Ahmed Saleh partage avec un public conquis sa dernière création de musique électro-soufie avec à la voix son compère Abdullah Miniawy. Le duo incarne la nouvelle génération de musiciens qui a fleuri au Caire ces dernières années, enthousiasmant en Egypte et au-delà avec leurs sons électroniques, hip-hop, jazzy ou rock parfois mixés avec de la musique traditionnelle arabe ou des chants soufis. Ahmed Saleh, qui a déjà collaboré au festival « La voix est libre » à Paris, donne au moins cinq concerts par mois entre son duo et une collaboration avec le groupe Telepoetic de la ville portuaire d’Alexandrie (nord). Dans un pays qui fait surtout la une de l’actualité pour son instabilité politique et la répression des opposants, l’effervescence de la scène musicale apporte une fraîcheur opportune. Et permet à l’Egypte, nation la plus peuplée du monde arabe, de rayonner à nouveau sur la scène culturelle. Ce mouvement « a trouvé un public (…) parce qu’il est devenu accessible sur internet et non sur le marché dominé par ceux qui éditent les CD », explique à l’AFP Tamer Abou Ghazaleh, un musicien palestinien né au Caire, co-fondateur de Ma3azef, un magazine en ligne de critique musicale. Comme dans d’autres pays, les maisons de disque ont misé durant des années sur des morceaux traditionnels et consensuels, écartant de nombreux artistes. Mais les nouvelles plateformes internet comme SoundCloud, Pandora, YouTube ou Facebook, très prisées dans un pays qui compte 40% de jeunes âgés de 10 à 20 ans, ont révolutionné le monde de la musique. « C’est la première fois en Egypte, au moins depuis les années 1920, que la musique représente les gens de façon directe, sans intermédiaires », explique à l’AFP Mahmoud Refat, connue pour ses productions de musique expérimentale et de jazz. Dès la fin des années 2000, le mouvement musical « mahraganat » ou « electro-chaâbi » s’est développé depuis les quartiers populaires, sans le contrôle des maisons de disques.
AFP