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Le président tunisien arrive aujourd’hui dans notre pays. En rendant une visite d’amitié et de travail à son homologue Ibrahim Boubacar Keita, Mohamed Moncef Marzouki entend clairement réaffirmer l’amitié séculaire qui lie nos deux peuples. Par cette visite, il marque aussi sa disponibilité à donner un coup d’accélérateur à la coopération technique entre Bamako et Tunis.

jpg_une-2889.jpgDurant son séjour de trois jours à Bamako (où il était déjà venu pour la fête d’investiture d’IBK), le président tunisien aura un agenda bien rempli. Mohamed Moncef Marzouki se rendra notamment à l’Assemblée nationale pour s’y adresser aux députés. Cela, après avoir rencontré son homologue Ibrahim Boubacar Keita et rendu une visite de courtoisie au Premier ministre Moussa Mara et au président de l’Assemblée nationale, Issiaka Sidibé.

Il faut rappeler que le 7 février dernier, le président Ibrahim Boubacar Keita avait été invité à Tunis à un moment crucial de l’histoire de ce pays à qui était alors proposée une toute nouvelle loi fondamentale. « Nous sommes venus saluer la nouvelle Tunisie », avait annoncé le président Keita dès son arrivée dans la capitale tunisienne.

A l’Assemblée nationale, Mohamed Moncef Marzouki se prononcera sur des questions sensibles qui préoccupent, au delà de l’Afrique, la planète entière. Il s’agit de la lutte contre le terrorisme et de l’extrémisme religieux. La réconciliation nationale est aussi un sujet qui sera abordé par le dirigeant maghrébin.

Notre pays et la Tunisie ont, en effet, en commun d’être soumis à la menace terroriste. Et Bamako comme Tunis sont aujourd’hui engagés dans une lutte sans merci contre ce fléau mondial qui fait trembler bien de nations.

Au cours de la visite du chef d’Etat tunisien, des conventions de coopération seront signées dans plusieurs domaines comme le tourisme, la culture et l’agro-industrie. Les deux délégations discuteront aussi des mécanismes propres à créer de réelles opportunités d’investissements de part et d’autre.

Le président tunisien qui est un homme de grande culture, doit aussi visiter le Musée des manuscrits de Tombouctou en commune V de Bamako. Ecrit majoritairement en arabe, cette source intarissable de références historiques touchant presque tous les domaines du savoir, a été la cible de djihadistes quand ceux-ci occupaient la ville sainte.

A. M. CISSE

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Moncef Marzouki, combattant de la démocratie, défenseur des droits de l’homme

Le visiteur de marque qu’accueille aujourd’hui le président Ibrahim Boubacar Keita, est né le 7 juillet 1945 à Grombalia en Tunisie. Homme politique courageux, écrivain prolixe et médecin compétent, Moncef Marzouki est un militant engagé des droits de l’homme.jpg_une-2890.jpg

Il fonde le Congrès pour la République (CPR) en juillet 2001 et le préside jusqu’à son élection le 12 décembre 2011 comme président de la République tunisienne par les membres de l’Assemblée nationale constituante.

Bon élève au collège Sadiki entre 1957 et 1961, son enfance n’est pas des plus aisées. En effet, à l’indépendance de son pays, les vicissitudes de la politique contraignent sa famille à l’exil et c’est au Maroc qu’il achève sa scolarité.

Lauréat en 1963 du prix du concours général, il obtient son baccalauréat au lycée Regnault en 1964 et se voit attribuer une bourse universitaire pour poursuivre ses études en France. Médaille d’argent de l’internat des hôpitaux à Strasbourg, il passe son doctorat en médecine à l’Université de Strasbourg en 1973. Il s’y spécialise en médecine interne, neurologie et santé publique et de 1977 à 1979, il est chef de clinique à la Médicale B à Strasbourg.

Il retourne dans son pays en 1979 pour enseigner la médecine communautaire à l’Université de Sousse. Il formalise son engagement en faveur des droits de l’homme en 1980 en entrant à la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Membre de son comité directeur, il est désigné en 1987 au poste de vice-président chargé de l’éducation du public et de la formation des militants. En 1989, il est élu à l’unanimité comme président de la LTDH.

Face aux pressions diverses, Marzouki annonce lors d’un congrès tenu en 1994 sa décision de ne plus briguer de fonction au sein d’une organisation dont il fustige la compromission avec le régime. La même année, il décide de présenter sa candidature à l’élection présidentielle mais ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de signatures requises. Il est alors arrêté et placé en isolement total pendant quatre mois, n’en sortant qu’après l’intervention personnelle de Nelson Mandela.

De 1989 à 1997, il est également membre du comité directeur de l’Organisation arabe des droits de l’homme basée au Caire et membre actif de la section tunisienne d’Amnesty International. Il est désigné président de la commission arabe des droits de l’homme entre 1996 et 2000.

En fin 1998, il fonde avec un groupe de défenseurs des droits de l’homme, le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) dont il devient le premier porte-parole, poste. Les persécutions dont il est victime prennent une tournure de plus en plus grave : interdiction de voyager, arrestation en pleine rue, convocations devant le juge d’instruction, vol de voiture.

Licencié de son poste de professeur à la faculté de médecine de Sousse, Marzouki bénéficie d’un soutien national et international sans précédent dû à son parcours de militant, de penseur et de défenseur des droits de l’homme. Il est pourtant condamné à une peine globale d’un an de prison : huit mois au titre de son appartenance au CNLT, qui poursuit ses activités en dépit du refus de visa du ministère de l’Intérieur nécessaire à une existence légale, et quatre mois pour « diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l’ordre public », à savoir la critique de la gestion opaque du Fonds de solidarité nationale placé sous le patronage du président Ben Ali.

Interdit de voyage et maintenu en résidence surveillée dans sa maison de Sousse, il parvient à présider en juillet 2001 le Congrès pour la République, parti qu’il a fondé et qui ne sera pas reconnu par les autorités jusqu’à la révolution tunisienne.

Contraint à l’exil, il assiste de France à l’explosion révolutionnaire qui contraint le président déchu, Zine el-Abidine Ben Ali, à la fuite. Moncef Marzouki rentre de son exil le lendemain et dans les jours suivants la légalisation de son parti est annoncée.

Lors de l’élection de l’Assemblée constituante du 23 octobre 2011, premières élections libres organisées depuis l’indépendance, son parti obtient la seconde place en nombre de sièges, derrière le parti islamiste Ennahda. Lui-même est élu dans la circonscription de Nabeul 2.

Écrivain bilingue, il a publié seize livres en arabe et quatre en français, traitant de médecine communautaire, d’éthique médicale, des droits de l’homme et du problème de la démocratisation dans les pays arabo-musulmans.

Synthèse A. M. C.

L’Essor du 20 Juin 2014