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Le président de la République, Amadou Toumani Touré en visite en France a été invité à déjeuner, vendredi dernier, par son homologue français Nicolas Sarkozy à l’Élysée. A l’issue de la réception, le président Touré a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas d’une visite officielle à l’Élysée, mais plutôt une visite d’amitié qu’il a rendue à Nicolas Sarkozy avec lequel il a abordé la coopération fructueuse qui lie nos deux pays.

« Nous avons parlé de développement, de l’agriculture, de santé et de certains points que nous devons améliorer dans le cadre de l’état-civil au Mali« , a-t-il révélé, avant de préciser que leur entretien n’a pas porté sur la loi très controversée sur l’introduction du test ADN pour les émigrés candidats au regroupement familial.

Le chef de l’État estime qu’il est prématuré de se prononcer sur cette question et pense qu’il faut attendre que le débat franco-français aille à son terme.

PAS NÉGOCIABLE :

Pour ce qui est de la question relative à la crise au nord de notre pays, le président Amadou Toumani Touré est formel : il faut préserver au pays une guerre inutile. « Nous avons une autre guerre, celle du développement et d’ailleurs cela fait partie des revendications de la communauté touaregue« , a-t-il indiqué en précisant : « nous ne pouvons pas nous développer sans la stabilité, sans la paix et sans la sécurité. Nous ne pouvons pas demander à la France de construire un centre de santé à Kidal s’il n’y a pas la sécurité. Nous sommes prêts à analyser toutes les propositions de sortie de crise. Ce qui est faisable, on le fera et ce qui est inacceptable pour le pays, nous le dirons« .

Faut-il se plier aux exigences des rebelles ?

Le chef de l’État a répondu que notre pays ne connaît pas une rébellion, mais fait face plutôt à des actions terroristes qui sont d’ailleurs condamnées par la communauté touareg. Il ajoutera que le territoire du Mali n’est pas négociable et que nos militaires ne peuvent pas se retirer de la zone (sans doute en référence à une récente revendication des bandits qui ont pris les armes, d’alléger le dispositif militaire dans la zone de Kidal), car il s’agit du territoire malien.

« Nous sommes en trêve. Cette trêve doit nous donner le temps et les moyens de trouver une solution pacifique à la situation« , a dit Amadou Toumani Touré avant de renouveler sa proposition d’une conférence internationale sur la sécurité et le développement qui réunirait les pays de la bande sahélo-sahélien.

Après le déjeuner à l’Élysée, le président de la République Amadou Toumani Touré s’est rendu l’Académie des sciences Outre-mer de Paris. Il a été installé membre associé de cette Académie et siégera aux côtés de plusieurs personnalités françaises et internationales, parmi lesquelles les anciens présidents du Sénégal Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf, les chefs d’État du Burkina Faso et de Madagascar, Blaise Compaoré et Marc Ravalomanana, ainsi que trois anciens présidents français, Albert Lebrun, Gaston Doumergue et Paul Doumer.

Le président Touré a été fait membre associé par le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences Outre-mer de Paris Gilbert Mangin au cours d’une cérémonie solennelle qui a regroupé de nombreuses éminentes personnalités dont notre compatriote et professeur d’université Youssouf Tata Cissé.

Plusieurs qualités ont valu au chef de l’État de faire son entrée à la prestigieuse Académie des sciences Outre-mer : son combat pour l’instauration de la démocratie dans notre pays et en Afrique, son dévouement pour la paix sur le continent, son soutien constant au enfants, ses amis et surtout le consensus politique qu’il a instauré après son élection à la tête de l’État en 2002.

Ce qui a fait dire au secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences Outre-mer de Paris, Gilbert Mangin que le président Amadou Toumani Touré « est un soldat infatigable de la démocratie, tout simplement un sage africain« .

DEPUIS L’EMPIRE DU MALI :

Dans son intervention, le président de la République s’est dit heureux de sa nomination parmi tant d’autres personnalités. Il a rendu un hommage appuyé aux responsables de l’Académie, notamment son président actuel Gérard Conac et le secrétaire perpétuel Gilbert Mangin.

Il a aussi adressé « un salut fraternel » à ses pairs chefs de l’État, membres de l’Académie. Parlant de la démocratie, le chef de l’État a expliqué que ce concept n’était pas nouveau chez nous, car notre glorieux passé nous enseigne que l’Empire du Mali, à sa fondation au 13è siècle, établissait une constitution avant la lettre : la Charte de Kouroukan Fouga qui codifiait l’organisation du pouvoir, assurait la défense des droits humains et des libertés publiques, la protection des personnes et de leurs biens.

Le président Amadou Toumani Touré dira que le consensus politique qu’il a proposé à la classe politique malienne en 2002 est sous-tendu par une philosophie : « gouverner ensemble dans le respect de nos différences« . La démarche, a-t-il ajouté, visait à mettre en commun les efforts de toutes les forces politiques, sociales et associatives au service du développement du pays.

Pour le chef de l’État, le consensus politique implique la notion de compromis, plutôt qu’une opinion adoptée à l’unanimité. Autrement dit, il ne signifie pas forcément que tout le monde est satisfait du résultat, mais suggère plutôt que tout le monde peut juger le résultat acceptable et que la majorité est satisfaite.

« Au-delà de la volonté politique qui ne devrait jamais faire défaut, le consensus politique s’impose comme un effort de repenser la politique, une nouvelle éthique politique et une dynamique pour réhabiliter la politique en vue d’un renforcement du contenu social de la démocratie« , a-t-il souligné.

AVEC CHIRAC :

Pour conclure, le président Touré dira que le problème de la démocratie dans une gestion consensuelle du pouvoir, n’est pas dans la disparition d’une certaine idée romantique de l’opposition, plus ou moins héroïque du combat politique.

« Il est dans la capacité des acteurs dans la gestion raisonnable, des intérêts politiques et sociaux divergents, en vue de maintenir la paix civile et le minimum de sécurité« , a-t-il noté avant d’ajouter : « en tout état de cause, face à la nécessité de mettre fin aux frustrations nées, d’une certaine marginalisation politique, l’opinion nationale conclut à la nécessité d’agir vite et, si possible, ensemble« .

Faut-il regretter qu’au Mali les passions politiques se soient effacées devant l’apaisement social d’une gestion consensuelle des affaires politiques ? Non, répondra le président Touré qui a reçu une médaille des mains du secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences Outre-mer.

Le président Touré a rendu samedi une visite de courtoisie à l’ancien président français Jacques Chirac, lequel a salué ses efforts pour la consolidation de la démocratie et le développement amorcé par le pays.

Le chef de l’État a aussi reçu en audience le vice-président de la Banque islamique de développement, Amadou Cissé (ancien Premier ministre du Niger) et l’ancien ministre français de la Coopération, Michel Roussin.

Envoyé Spécial
M. KÉITA- L’Essor


29 octobre 2007.