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La visite entamée par le président de la République, Amadou Toumani Touré aux États-Unis constitue incontestablement un nouveau signal international fort en direction de notre pays. Le chef de l’État est arrivé hier à Washington pour une visite de travail dont le sommet sera sa rencontre aujourd’hui avec son homologue américain, Georges W. Bush.

Cette visite est une consécration des bonnes relations entre Américains et Maliens. Deuxième nation au monde à avoir reconnu l’indépendance de notre pays, les États-Unis sont demeurés constamment un partenaire économique et politique de premier plan.


TROIS SECRETAIRES D’ÉTAT SUCCESSIFS

De fait, le Mali est aujourd’hui le premier bénéficiaire sahélien et cinquième africain de l’aide américaine. Il faut dire que notre pays a toujours bénéficié d’un préjugé favorable au sein de l’Administration américaine, particulièrement ces dernières années grâce son parcours démocratique. Cela se reflète dans les contacts de haut niveau. Par exemple, notre pays est l’un des rares en Afrique à avoir accueilli trois secrétaires d’État américains successifs : Warren Christopher (octobre 1996), Madeleine Albright (octobre 1999) et Colin Powell (mai 2001).

Les relations de coopération entre le Mali et les USA sont régies par l’Échange de lettre du 4 janvier 1961 qui constitue l’accord de base de la coopération économique et de l’assistance technique conclu entre les deux gouvernements.

Les premières interventions américaines furent orientées vers l’agriculture, l’élevage (avec le Centre avicole de Sotuba et le Laboratoire central vétérinaire), et la promotion des échanges commerciaux.

Tout adulte malien se souvient sans doute de l’aide alimentaire conséquente fournie par les USA durant les terribles années de sécheresse (1973-1975). C’est durant cette période que fut ouvert le bureau de l’USAID (Agence américaine pour le développement international, le bras financier de la coopération américaine) au Mali, afin de mieux suivre les actions de secours et d’assistance américaine que le bureau de Dakar n’arrivait plus maîtriser.

Au cours des années 1980, la coopération américaine élargira son champ d’intérêt à l’exploitation, l’exportation et la commercialisation de l’or ainsi qu’aux différents programmes de réformes économiques et financières.

Les actions de l’USAID sont orientées dans 6 directions essentielles : la reforme des politiques et le secteur privé, l’agriculture, la population, la santé, l’éducation, la décentralisation et le Nord-Mali.
C’est depuis 1985 que la réforme des politiques est au centre du programme de l’Agence américaine d’aide. En étroite collaboration avec le Programme d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI, elle a concentré une partie de ses interventions sur la promotion du libéralisme économique et de l’investissement dans le secteur privé et la réduction du rôle de l’État dans les secteurs productifs.

Les actions initiées en matière de réforme ont, par exemple, servi à améliorer l’efficacité des tribunaux de commerce et à appuyer le Programme de restructuration du marché céréalier, financé par plusieurs bailleurs de fonds depuis 1980.

UN TRAITEMENT PREFERENTIEL

Dans le droit fil de ces réformes, le Mali sera déclaré éligible en octobre 2000 à la nouvelle loi américaine sur la croissance et les opportunités pour l’Afrique, communément appelée AGOA. Cette initiative offre un traitement préférentiel pour l’entrée du textile africain sur le marché américain et élargit la couverture du système général des préférences à de nouveaux produits africains qui ne figuraient pas sur la liste standard du SGP.

Les Américains ont vite perçu que le monde rural dans notre pays regorge de potentialités. C’est ainsi que dans le domaine de l’agriculture, l’USAID a appuyé les efforts de privatisation et de développement et le transfert des technologies.

Dans le même élan, le projet Opération haute vallée du Niger prête assistance depuis deux décennies aux associations villageoises. Et comment ne pas rappeler l’intervention de la coopération américaine depuis les années 1960 dans les domaines classiques de la santé et de la production animale, notamment la commercialisation et l’exportation de produits vers les pays de la sous-région.

En matière d’éducation, pour améliorer le taux d’alphabétisation et de scolarisation, l’agence américaine, la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds ont conjointement financé en 1989 un vaste programme dans l’enseignement fondamental dont le coût s’élevait à 80 millions de dollars (un peu moins de 40 milliards de Fcfa au taux actuel).

Toujours dans le domaine de l’éducation, il faut relever que la période 1989-1998 fut marquée ici par une intervention américaine à travers le « Projet de développement de l’éducation de base » financé à hauteur de 20 millions de dollars (9 milliards Fcfa aujourd’hui).
Sur la période 1998-2002, les États-Unis ont décidé d’orienter leur intervention sur l’objectif dit « stratégie jeunesse » concentrant ainsi leurs efforts sur un certain nombre de secteurs comprenant l’éducation et la santé pour 82,6 millions de dollars (40 milliards Fcfa). Ce programme consiste à aider les jeunes à acquérir des connaissances et compétences pratiques pour assurer le développement durable du pays.

Pendant la période concernée, la coopération américaine a aussi appuyé l’accès à l’éducation en aidant à la construction de 1542 écoles communautaires et à l’amélioration de la qualité de l’enseignement (recrutement de 2800 enseignants pour les écoles communautaires et formation des maîtres).

Dans le domaine de la santé, les États-Unis soutiennent l’élaboration des politiques démographiques, la prestation de services de planification familiale, la lutte contre le paludisme et le sida. Toujours à propos de santé, il est à noter qu’à la demande de l’ancien président américain Jimmy Carter, l’USAID a initié un programme d’éradication du ver de Guinée.

La coopération militaire n’a pas été oubliée. Bien au contraire. Elle est l’un des domaines privilégiés de coopération entre Maliens et Américains et porte sur l’assistance technique, la formation, la construction d’écoles et de dispensaires militaires.
L’aide américaine à notre pays se fait sous forme de subvention. Environ 80% du portefeuille sont exécutés de façon bilatérale avec le gouvernement malien. Les 20% servent de subventions directes aux ONG américaines (CARE, AFRICARE, Save The Children, World Vision) et nationales.

225 MILLIARDS FCFA

Il n’est pas inutile de faire un petit récapitulatif du volume de l’aide américaine au Mali, ces dernières : 23,3 milliards en 1993, 16,8 milliards en 1994, 14,2 milliards en 1995, 15 milliards l’année suivante. En 1997, le Mali bénéficia de 14,9 milliards Fcfa.

Pour la période quinquennale 1998-2002, l’USAID a accordé une enveloppe de 160 millions de dollars (78 milliards Fcfa). Ce financement a été affecté à la réalisation d’objectifs spécifiques et stratégiques : « jeunesse« , « croissance économique durable« , « bonne gouvernance« , « information et communication« , « développement du Nord« .

Par ailleurs la participation du Mali à la 37è édition du Smithsonian folklife festival de Washington (juin-juillet 2003) a été l’occasion de faire la promotion de notre pays sur les plans culturel, touristique, artisanal.

Entre 2003-2012, le financement du programme de coopération se chiffre à 360 millions de dollars (175 milliards Fcfa). Ce programme vise deux objectifs globaux (réduction de la pauvreté et croissance économique accélérée) et quatre objectifs dits stratégiques (santé, éducation, gouvernance démocratique, et croissance économique accélérée), et un objectif spécial transversal axé sur la communication pour le développement qui bénéficiera d’un million de dollars par an sur la période concernée.

Mais le projet américano-malien le plus emblématique reste, l’élection de notre pays au Compte du défi du millénaire (Millenium Challenge Account), une autre initiative américaine de 462 millions de dollars (225 milliards Fcfa) signée 13 novembre 2006 à Washington en présence du président Touré.

Le MCA est un programme créé par les États-Unis pour appuyer les pays qui réalisent des progrès dans les domaines de la bonne gouvernance et de la lutte contre la pauvreté.

Outre son homologue américain, le président de la République aura des entretiens avec plusieurs autres responsables américains : le secrétaire adjoint à la Défense, le patron de l’USAID et l’administrateur adjoint du MCA.

Envoyé spécial

S.TOGOLA – L’Essor

12 Février 2008.