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Sitôt rentré de Paris où il a été reçu, le 10 juillet dernier, par le locataire de l’Elysée, Emmanuel Macron, le président nigérien, Mohamed Bazoum, a pris son bâton de pèlerin pour se rendre sur l’autre rive de la mer Méditerranée, notamment en Algérie où il était l’hôte de son homologue algérien, Abdelmadjib Tebboune, le 12 juillet dernier. Une visite qui se situe dans le cadre de la même lutte contre le terrorisme qui l’avait conduit, deux jours plus tôt, sur les bords de la Seine. Le tout dans un contexte de retrait annoncé de  la force française Barkhane et de changement de paradigme dans la lutte contre les forces du mal dans le Sahel ouest-africain.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette visite du président nigérien à Alger, est une visite de raison. Elle l’est d’autant plus qu’en plus de partager avec son voisin du Nord, une frontière commune de plus de 900 km, le pays de Amani Diori est aujourd’hui durement frappé par le phénomène du terrorisme, au moment où la situation semble parfaitement maîtrisée de l’autre côté de la frontière. Autrement dit,  cette problématique du terrorisme est un terrain bien connu par l’Algérie qui a de l’expérience à revendre en la matière. 

Niamey  a tout à gagner d’une bonne collaboration avec Alger pour le retour de la paix dans le pays

Sans compter le poids qui est le sien, dans la résolution de la crise malienne qui paraît, à bien des égards, comme la porte d’entrée du terrorisme dans la sous-région sahélienne. C’est dire si Niamey  a tout à gagner d’une bonne collaboration avec Alger pour le retour de la paix dans le pays. Au-delà, c’est tous les pays de la ligne de front, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui pourraient tirer profit d’une plus grande implication d’Alger dans la lutte contre la pieuvre tentaculaire.  Car, si l’on doit croire des sources qui font état de traces de bien des leaders fondamentalistes islamistes en Algérie, c’est qu’une grande partie de la solution au terrorisme dans le Sahel, se trouve dans ce pays. La question est de savoir si Mohamed Bazoum réussira à faire bouger l’Algérie. D’autant que depuis 2015 et la signature des accords d’Alger dans la tentative de résolution de la crise malienne, le pays s’est retranché dans une sorte de neutralité et le président Tebboune n’a jamais voulu s’engager militairement au Sahel. Du reste, on peut se poser des questions sur la radicalité avec laquelle l’Algérie a riposté contre le terrorisme sur son sol, notamment à In Amenas, et la prudence qu’elle observe par rapport à la situation au Sahel. Donnant l’impression de se contenter de protéger ses frontières et son territoire alors que l’expérience de son combat contre les islamistes aurait pu servir de piste de solutions pour ses voisins du Sud voire au-delà,  qui souffrent le martyre depuis l’invasion manquée du Mali en 2013 par des hordes obscurantistes venues de Libye. Lesquels ont fini par essaimer toute la sous-région avec aujourd’hui pour ambition d’étendre leurs tentacules jusqu’au bord du littoral ouest-africain. 

Avec la nouvelle donne sécuritaire qui se dessine au Sahel, il y a largement de la place pour que l’Algérie y joue un rôle majeur

En tout état de cause, si, à en croire certaines sources, l’interventionnisme de la France au Sahel posait problème à Alger, l’on peut se demander si sa position va à présent évoluer avec la fin annoncée de l’opération Barkhane. En tout cas, avec la nouvelle donne sécuritaire qui se dessine au Sahel, il y a largement de la place pour que l’Algérie y joue un rôle majeur. C’est pourquoi il faut espérer que ce déplacement du président nigérien dont le pays  est aussi appelé à jouer un rôle central dans la lutte contre le terrorisme suite au redimensionnement des forces françaises au Sahel, contribuera à faire bouger les lignes dans le sens d’une plus grande implication de l’Algérie en tant que partenaire stratégique. Et pourquoi pas dans la traque des plus grandes figures du terrorisme au Sahel ? En cela, l’efficacité de ses services de renseignements, la puissance de son armée et son expérience dans la lutte contre les forces du mal pourraient être d’un apport considérable. En tout cas, il y a des raisons de croire que les pays du Sahel ne s’en porteraient que mieux, si Alger acceptait de mouiller… le treillis dans la lutte contre l’hydre terroriste. C’est pourquoi l’on attend de voir les lendemains de cette visite du président nigérien à son puissant voisin du Nord dont tout porte à croire qu’il détient une grande partie de la solution de la lutte contre le terrorisme au Sahel. 

« Le Pays »