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PARIS (Reuters) – La place donnée au mouvement rebelle touareg dans la région de Kidal ne permet pas à l’Etat malien de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire, déclare le président Ibrahim Boubacar Keïta dans une interview publiée mercredi par Le Monde.

jpg_une-2382.jpgContrairement à l’armée malienne, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est très présent dans cette région du nord du pays depuis l’intervention des troupes françaises il y a près d’un an, regrette le chef de l’Etat malien.

« La libération s’est faite de manière conjointe jusqu’aux abords de Kidal, où là, on a bloqué les Maliens », déclare-t-il dans l’interview, soulignant que l’armée avait pu montrer à l’inverse sa capacité à maintenir l’ordre dans les régions de Gao et de Tombouctou, où les djihadistes étaient aussi présents.

« Pour un ami de la France comme moi, j’assiste avec beaucoup de dépit à un reflux de l’enthousiasme envers la France dans la population malienne qui avait applaudi l’intervention française au début de l’année. Aujourd’hui, les Maliens s’interrogent », ajoute-t-il.

Interrogé sur le fait de savoir si la France avait fait une erreur en nouant des contacts avec le MNLA, « IBK » estime qu’il s’agit de « plus que des contacts » mais il « n’impute pas cette doctrine » à François Hollande, qu’il connaît depuis 30 ans.

Le président malien lie également l’enlèvement et l’assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon à l’absence de l’armée malienne à Kidal, soulignant que les ravisseurs avaient passé quatre barrages contrôlés par les rebelles pour atteindre leur cible.

« Si l’armée malienne avait été là, libre de ses mouvements, je pense qu’il en aurait été autrement (…) Laisser croire qu’un soutien au MNLA peut conduire à résoudre des prises d’otages est d’une naïveté déconcertante », dit-il.

« La communauté internationale nous oblige à négocier sur notre sol avec des gens qui ont pris des armes contre l’Etat. Je rappelle que nous sommes un pays indépendant », poursuit-il.

Concernant l’enquête sur l’assassinat des deux journalistes, le président malien se dit « presque certain » que le principal suspect, Baye Ag Bakabo, est l’ordonnateur de l’enlèvement mais il ajoute que l’enquête devra déterminer quels sont ses liens avec les mouvements présents sur place.

La France accueille mercredi un forum économique dédié à l’Afrique avant l’ouverture vendredi d’un sommet sur les thèmes de la paix et de la sécurité sur le continent.

Marion Douet, édité par Yves Clarisse

Reuters – Le 4 Décembre 2013 12:15