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Dans un entretien au Figaro, jeudi 15 mars, le président malien Amadou Toumani Touré accuse les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) de « crimes de guerres » à Aguelhok et s’étonne du « silence des organisations internationales sur ces atrocités ».

Photos à l’appui, le chef de l’Etat a décrit le massacre de dizaines de soldats maliens, qui n’avaient « plus de munitions », lors de la prise de cette ville du nord-est par le MNLA le 24 janvier. « Lorsque le MNLA a quitté les lieux, nous avons découvert une tragédie. Soixante-dix de nos jeunes étaient alignés sur le sol. Les Noirs avaient les poignets ligotés dans le dos. Ils ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les Arabes et les Touareg, ont été égorgés et souvent éventrés », a-t-il raconté. « C’est un crime de guerre. Je suis étonné par le silence des organisations internationales sur ces atrocités. Que dit la Cour pénale internationale ? Rien », a-t-il déploré. Mi-février, de retour d’une mission au Mali, le ministre français de la coopération, Henri de Raincourt, avait avancé un bilan de 82 morts et fait état de « méthodes barbares et expéditives » dans l’exécution des victimes.

Le président malien confirme également que « l’implication d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) est importante dans ce conflit, tout comme celle du groupe islamiste touareg Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali », une des grandes figures des rebellions touareg des années 1990, soupçonné d’avoir des liens avec une aile d’AQMI dirigée par un de ses cousins.

Une commission d’enquête spéciale malienne nommée par le président sur les attaques menées du 18 au 24 janvier contre la ville d’Aguelhok atteste, dans un premier rapport, de « la participation d’AQMI aux combats aux côtés du MNLA ». Selon des sources sécuritaires maliennes, le nombre de victimes pourrait être de près d’une centaine. Amadou Toumani Touré s’est à nouveau dit ouvert à un »dialogue » avec les rebelles mais a exclu d' »envisager une indépendance » de la région du nord-est, comme ils le réclament.

LA MAURITANIE DÉMENT TOUTE IMPLICATION

Le ministre mauritanien des affaires étrangères s’est rendu, mercredi, à Bamako pour démentir les informations selon lesquelles Nouakchott appuie les séparatistes touareg du nord du Mali. Hamadi Ould Hamadi a exprimé le soutien de son pays au président Amadou Toumani Touré. Les deux voisins entretiennent des relations tendues depuis plusieurs années, notamment parce que la Mauritanie reproche au Mali de ne pas faire le nécessaire face aux extrémistes d’AQMI actifs sur son territoire.

Après une série d’offensives, les rebelles du MNLA sont arrivés à 135 km de Tombouctou, chef-lieu de l’une des trois provinces qu’ils revendiquent et dont ils n’ont jamais été aussi proches. Leurs offensives entamées il y a deux mois sur trois fronts ont fait plus de 120 000 déplacés et aggravent la crise alimentaire qui frappe la région.

Le Monde.fr du 15 Mars 2012