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Certitude: Dioncounda Traoré aura été souvent au bon moment et au bon endroit. Les crises successives de son parti l’utiliseront comme recours et le putsch du 22 mars fait de lui le premier président intérimaire de l’histoire de son pays. Autre certitude : l’homme a une âme de chat. Début 2000, l’Ortm se retint in extrémis de diffuser un message de condoléances à son sujet. Mais s’il était mal, il était bien vivant et à Paris dans un magasin quand il reçut le coup de fil l’informant de la rumeur de son décès brutal. Il vécut assez longtemps pour être Président de l’Assemblée nationale quelques années plus tard. Puis le 21 mai 2012, singulière journée du déshonneur et de l’inédit, des assassins fiers de leur forfait le laissent pour mort et exhibent, dans les rues, les chaussures du «défunt ».

Convalescent mais enjeu.

Six semaines plus tard, il traîne une séquelle faciale de la tentative de lynchage mais il est vivant, lucide, à Paris et toujours président intérimaire. La dénomination est réductrice et on ne la trouve pas dans la constitution. Mais les homologues Ouattara et Compaoré l’utilisent. Et les Maliens aussi. Comme pour rappeler qu’il n’a pas été élu à ce poste ? Il n’en reste pas moins vrai que même convalescent, le président Traoré passe aujourd’hui pour la clé du casse-tête malien.

D’abord pour ses adversaires, au sein de la Copam sourds à l’argument que l’homme est à ce poste plus au nom d’une interprétation de la constitution malienne que du diktat des chefs de la Cedeao. A la Copam et pas seulement, sa démission règlerait la crise en permettant l’arrivée d’un candidat « consensuel ». Sur lequel ne se serait pas porté le choix du Fdr, la coalition anti-junte.

Pour ce front, Dioncounda Traoré incarne la légalité constitutionnelle et le principal problème du pays aurait pour nom : Cheik Modibo Diarra, Premier ministre issu de l’accord-cadre. Pour le microcosme bamakois, le scientifique est l’émanation de « l’ami » Compaoré mais Djibril Bassolé a dit très clairement que son pays n’a rien à voir avec cette nomination.

Il donne, sans le vouloir forcément davantage de munitions aux adversaires du Chef de gouvernement qui l’accusent d’être ni plus ni moins que « le bras et la voix de son maître ». Qui ? L’ex-junte. D’où l’exigence maintenant acquise d’un gouvernement d’union nationale et celle hautement improbable d’un nouveau Premier ministre.

Il est loyal, je ne lâcherai pas ?

La « clé » Dioncounda fermant rarement à double tour, le président intérimaire se soumet à l’idée d’un gouvernement élargi à la classe politique. Notamment celle qui a été exclue lors de la formation du gouvernement en avril. En vérité, le mouvement démocratique car c’est lui qui a dirigé le Mali ces derniers vingt ans.

Le zèle -nostalgique?- allant jusqu’à exclure la très pro-junte Sadi. Comment se ferait la répartition entre les acteurs est une autre question. En retour, Dioncounda Traoré tiendrait absolument à Cheick Modibo Diarra. Syndrome de Stockholm, cette passion dévoreuse de l’otage par son ravisseur ? Pour Dioncounda Traoré, le chef de gouvernement ne fait pas partie de ses bourreaux mais de ses rares sauveurs. Le 21 mai, en effet, déchirant la foule à pied sur plusieurs kilomètres, Cheick Modibo Diarra recueille son « tonton » inanimé à Koulouba.

Il pleure son saoul, le transporte à l’hôpital du Point-G puis à celui du Luxembourg. Ensuite il le loge chez lui, dans le plus grand secret pendant deux jours, jusqu’au jour où le Premier ministre menace de démissionner devant le refus des soldats postés à l’aéroport de laisser partir Dioncounda Traoré pour ses soins en France. Est-ce l’unique raison pour laquelle le président tient au Premier ministre? Pas sûr, le président, on le sait, ne veut pas une transition au délai sans cesse reculé et pour cela il ne souhaiterait pas casser la routine actuelle du gouvernement.

Qui n’a pas pu délivrer le Nord, comme le répètent les adversaires du Pm ? Le président de transition refuse de s’engouffrer dans cette brèche. De peur d’être coincé à son tour ? En tout cas, il a fait savoir que sa sécurité ne sera assurée que par des forces maliennes.

Cela semble acquis, à en croire Djibril Bassolé. On ne peut pas en dire autant de la date du retour du président. Elle ne saurait tarder, avancent ses proches. Le mathématicien qui recevra l’astrophysicien dans quelques heures pourrait bien surprendre la nation dans les jours avec sa recette pour résoudre les douloureuses équations du 30 avril et du 21 mai.

Adam Thiam

Le Républicain du 12 Juillet 2012