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Gravement blessé par un groupe de militaires mécontents du coup d’Etat du 22 mars 2012, le Mali est tombé dans un coma profond et désespéré. Laissé dans cet état, sans aucune défense, il donnait ainsi une occasion rêvée aux groupes islamiques armés à l’affût de l’achever sans coup férir. Mais par la grâce d’Allah, la b+nos ancêtres et la clairvoyance de la France, le pire a été évité.

La communauté internationale, dans un élan de solidarité jamais vu s’est jointe à l’initiative responsable, éclairée et prompte du président François Hollande pour sauver d’une mort programmée et certaine, le grand blessé (c’est le lieu de saluer le courage du Président français et de s’incliner pieusement devant la dépouille de ces vaillants et dignes soldats tombés sur le champ de l’honneur et de souhaiter prompt rétablissement aux blessés). Mis depuis sous perfusion intense, notre pays a repris du souffle et commencé à prendre des forces.

Et comme il fallait s’y attendre, les sauveurs ont posé un certain nombre de conditions à la poursuite de leurs opérations de sauvetage. Au nombre de celles-ci figure en bonne place la tenue d’élections libres et transparentes dans les meilleurs délais et pour deux raisons fondamentales: bannir à jamais les velléités putschistes avec leur lot de tueries, de vols, de pillages et mettre en place un État véritablement démocratique, fort et respecté, dirigé par des hommes à la hauteur de la mission. C’est ainsi que les campagnes électorales allaient être l’occasion rêvée pour faire le procès de la justice. On a assisté alors à un tir croisé sur les magistrats en faisant croire qu’ils étaient la cause de la déconfiture du pays.

Mais hélas l’histoire a vite fait de rappeler à tout ce monde que c’était, un mauvais procès ou du moins un procès dont la seule visée est d’instrumentaliser la justice.

En effet depuis un certain temps les principes fondamentaux de l’Etat de droit dont la séparation des pouvoirs, sont foulés au pied au su et au vu de tout le monde. Hier c’était la présence de Moussa Traoré parmi les officiels à la cérémonie d’investiture du Président Ibrahim Boubacar Kéïta.

Aujourd’hui, c’est la libération des prisonniers du MNLA au mépris de l’alinéa 1er de l’art 18 de l’accord de Ouaga. Pour le cas de Moussa Traoré, on se demande encore quel statut veut-on lui donner. Il reste constant que consécutivement aux évènements de 1991, il a été condamné deux fois à mort et, d’aujourd’hui aucune loi d’amnistie n’a été votée en sa faveur.

Dès lors, il est déchu de tous ses droits civiques (il n’a droit à aucun honneur de la nation, il ne peut pas voter, se faire élire ni porter des décorations de la nation). Qualifier aujourd’hui une telle personne de grand républicain jure absolument non seulement avec le droit et ce quelles que soient l’estime et la popularité que l’homme suscite mais jette le discrédit sur la Justice qui l’a condamné. Il aurait été plus simple et légal de voter une loi d’amnistie pour le réhabiliter, toute chose prévue par les textes.

Quant aux prisonniers du MNLA, la question avait déjà été posée par le professeur Dioncounda Traoré, président de la République par intérim. A l’époque, on avait attiré l’attention de l’opinion publique nationale et internationale sur une telle dérive. Aujourd’hui, le constat est là et très amer. Les décisions de justice ne valent que pour une certaine catégorie de citoyens. La justice est constamment vilipendée et jetée en pâture chaque fois qu’elle trébuche. Par contre, elle est superbement mise de côté et ignorée quand elle doit et veut s’assumer.

C’est donc le lieu d’en appeler à la vigilance et à la responsabilité des collègues.

Certes la Magistrature a toujours été aux grands rendez-vous de ce pays et y a pleinement joué sa partition, mais aujourd’hui plus que jamais sa responsabilité est engagée et elle doit donc s’assumer pleinement et vaillamment pour ne pas répondre devant la postérité. Elle en a les moyens et les hommes.

Issa TRAORE, Magistrat

30 Septembre 2013.