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Roland Lumumba est architecte de formation. A cet effet, il est consultant dans ce domaine. Mais il est surtout président de la fondation qui porte le nom de son père, Patrice Emery Lumumba. Une des raisons de sa visite au Mali, c’est de prendre contact avec des structures pour travailler avec elles dans les champs d’intervention de la Fondation : « La Fondation intervient dans plusieurs domaines tels que les manifestations culturelles. Donc je suis venu sur le terrain pour être à l’écoute des autres et identifier, entre autres, les secteurs précis dans lesquels je pourrais travailler avec certaines structures, qu’il s’agisse de celles du Gouvernement ou des ONG privées. Et je ne viens pas en donneur de leçons, j’ai des projets préétablis« .

Prendre contact avec des structures maliennes

Dans son programme de visite, des contacts seront aussi pris avec la jeunesse pour identifier ses problèmes. Et avec les organismes agissant dans la prévention des conflits. « Nous travaillons dans le règlement des conflits parce que nous nous disons que l’Occident ne doit pas en avoir le monopole en Afrique. Nous pouvons les régler entre nous car nous nous comprenons mieux les uns les autres« .

Les origines de la Fondation Lumumba remontent à 1994 quand, après 31 ans d’exil, Roland Lumumba retourne, en 1992, en République démocratique du Congo, alors dirigée par Mobutu Sese Seko.

Le projet a été conçu en attendant les moyens qui faisaient défaut. « Nous nous sommes concertés et nous nous sommes dit que ce n’est pas parce que les autres ne veulent pas nous aider que nous-mêmes nous ne faisons rien. Nous n’avons pas créé la Fondation pour plaire aux Belges, mais pour prolonger les idées de Lumumba au service de l’humanité. C’est dommage que le sens du combat de Lumumba soit plus occulté au Congo qu’ailleurs« , confie Roland Lumumba.

En 1997-1998, suite à une recherche de financement, les promoteurs ont pu organiser « de petites manifestations en matière de promotion du développement et en faveur de la jeunesse dans un pays où les jeunes représentant 65 % de la population » et où, en raison de la situation particulière des Lumumba, la Fondation préfère n’intervenir que dans le culturel, l’humanitaire et le social, occultant la politique. Ses activités sont axées sur de petits projets dont la promotion de la jeunesse par l’octroi de quelques bourses par exemple.

Actions sans frontières

Le 5 février 2002, suite aux recommandations de la commission d’enquête parlementaire sur Patrice Lumumba, le gouvernement belge a présenté ses excuses à la famille Lumumba et au peuple congolais pour son implication dans l’assassinat de ce héros africain. Et avait décidé de créer un fonds Patrice Lumumba.

Mais, suite aux discussions en coulisse, et étant donné que la Fondation existait déjà, avait décidé de la financer à hauteur de 3 milliards 750 millions d’euros et de compléter ce montant par une dotation annuelle minimum de 500 000 euros. Mais, selon Roland Lumumba, rien n’a été fait dans ce sens: le gouvernement belge n’a pas tenu parole.

L’essentiel, c’est que la responsabilité des Belges dans cette « affaire belgo-belge », comme l’appelait Victor Nendaka Bika, administrateur en chef de la Sûreté au moment de l’assassinat, ait été officiellement reconnue.

Le bilan de la Fondation qui essaie des faire les choses avec le cœur, c’est surtout, à partir de 2000-2001, la création d’une petite clinique à Kinshasa, d’une petite ferme où les promoteurs essaient d’encadrer des jeunes et beaucoup de manifestations culturelles au Congo et à l’étranger.

Valoriser le monde noir

Etant donné que Patrice Lumumba était panafricaniste, la Fondation essaie de ne pas avoir de frontières dans l’exercice de ses activités. Elle agit, en effet, sur l’ensemble du continent africain. En Côte-d’Ivoire par exemple où il est arrivé à Roland Lumumba de faire une opération – une manifestation culturelle -, une patrie des fonds récoltés a été versée aux femmes victimes du conflit ivoirien.

Aujourd’hui, elle a un grand projet, selon son président, celui de créer un site Internet sur les personnalités du monde noir : « Ce grand projet ne concerne pas uniquement les politiciens. Nous avons constaté qu’en Occident, quand on parle des Noirs, on pense toujours à des gens comme Michael Jordan, Koffi Olomidé ou Michael Jackson, c’est-à-dire au monde de la musique et du sport. Or, nous excellons dans d’autres domaines. Et ce qui est dommage, c’est que, même nous, nous devenons victimes de la culture TV5, de la culture CNN et nous répétons ce que les autres ont comme image de nous« .

En parlant ainsi, Roland Lumumba pense aux hommes d’affaires noirs évoluant dans tous les secteurs économiques, culturels, de l’architecture. « Pour avancer, il faut faire rêver les gens en leur présentant des modèles comme Mohamed Dia ou Malamine Koné dit Ernest par exemple« .

Il pense aussi aux Noirs de « l’Afrique de la dignité« , ceux qui ont libéré le continent tels que Modibo Keïta, Marcus Garvey, Haïlé Sélassié, Kwamé N’Krumah, Bob Morley. C’est la seule manière de montrer que l’on vient de quelque part : « Si tu ne sais pas d’où tu viens tu ne sauras pas où tu vas« , a-t-il dit. Dans le projet, il est également prévu la promotion des ouvrages sur l’Afrique et les héros africains à travers l’octroi de bourses de recherches. L’objectif est donc de valoriser le monde noir.

« Il faut qu’on essaie de se prendre en charge, qu’on comprenne que c’est possible. Il y a un travail à faire sur soi, sur le retour à nos valeurs, à nos coutumes. A l’exemple des Asiatiques, il faut que nous restions nous-mêmes, que nous croyions en nous. Et que nous cessions d’être des quémandeurs car la main qui reçoit sera toujours plus basse que celle qui donne. Il faut être au rendez-vous du donner et du recevoir pour assurer un échange équitable avec les autres« .

Zoubeirou MAIGA

30 juin 2006.