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La décision du gouvernement d’accorder des exonérations sur l’importation du riz a suscité un grand engouement chez les opérateurs économiques. Actuellement, plus de 100 000 tonnes de riz (86 000 t au port d’Abidjan et 15 000 t au port de Dakar) attendent d’être évacuées sur le Mali.

C’est pour faire face à cette importante quantité de riz, qui ne prend pas en compte les autres produits stockés dans les différents ports d’Afrique de l’ouest, que le président de la CCIM, Jeamille Bittar, a rencontré, hier, à la CCIM, les trois Fédérations de transporteurs pour dégager les voies et moyens afin d’acheminer, rapidement, ces produits sur le marché malien et éviter que la pénurie ne s’installe.

L’approvisionnement correct du pays en produits de première nécessité est aujourd’hui une préoccupation majeure du gouvernement et des opérateurs économiques. C’est pourquoi, à la décision du premier d’accorder des exonérations, les seconds ont mis les bouchées doubles pour relever le défi.

Cependant, l’un des maillons essentiels de la chaîne d’approvisionnement est le secteur transport. Il se trouve que la rotation des véhicules est perturbée à cause des difficultés d’acheminement des balles de coton de la CMDT, principal produit agricole d’exportation du pays.

En fait, le transport des fibres de coton contribuait beaucoup dans l’équilibre des mouvements des camions entre notre pays et les différents ports, notamment celui d’Abidjan. En effet, c’était au retour de dépôts des balles de coton que les camions amenaient les produits stockés dans ce port.

Aujourd’hui, la situation est telle que pour évacuer ces produits, les véhicules sont obligés de quitter le Mali vides pour aller chercher ces produits, ce qui a engendre des frais supplémentaires pour les transporteurs. Conséquence : les produits maliens s’entassent dans les ports.

Uniquement pour le riz, ce sont plus de 100 000 tonnes qui sont en souffrance dans les ports de Dakar et d’Abidjan. Sans compter 20 000 tonnes d’autres céréales et les autres produits comme les engrais, le ciment…. Une mission de la Chambre de commerce et d’industrie a constaté sur place l’effectivité de ces stockages.

Ainsi, le ministre de l’Equipement et des transports, dans une lettre datée du 16 mai 2008, a instruit à la Directrice des Entrepôts du Mali en Côte d’Ivoire ‘EMACI)  » pour des raisons d’Etat, à se mettre en rapport avec l’Ambassade du Mali en Côte d’Ivoire pour se faire assister par les autorités ivoiriennes afin de réquisitionner sans délai tous les camions maliens se trouvant sur le territoire ivoirien, afin qu’ils chargent le riz malien,

les engrais de l’initiative riz et de la CMDT en stock au port autonome d’Abidjan « .

L’exécution de cette instruction a créé plus de problèmes, ayant entraîné des violences physiques sur certains transporteurs par des agents de sécurité ivoirienne.

Définir les conditions prélables pour le transports des marchandises

La rencontre entre le président de la CCIM, Jeamille Bittar et les trois Fédérations de transporteurs – Fédération nationale des groupements de transporteurs (Fenagroupe),

Fédération nationale des transporteurs routiers du Mali (FNTRM) et le Syndicat des entreprises de transports (SET) – a permis de clarifier la situation. Pour les transporteurs, il ne s’agit pas d’un refus d’évacuer les produits en souffrance, mais que les conditions soient définies au préalable et qu’ils soient impliqués dans la prise de décisions.

Devant ces interlocuteurs, le président de la CCIM a précisé que son institution sera toujours aux côtés du gouvernement pour approvisionner le pays en produits. C’est pourquoi, elle a initié cette rencontre pour voire la faisabilité de l’évacuation de ces produits.

« Aujourd’hui, notre objectif n’est pas de faire du bénéfice, mais de relever le défi de l’approvisionnement correcte du pays en produits de première nécessité au bénéfice des populations. C’est devoir de patriotimse pour les commerçants et les transporteurs. Chacun doit consentir un effort à son niveau  » a souligné le président Bittar.

Les transporteurs ont évoqué le problème des frais d’approche jugés élevés et des impayés du transport des balles de la CMDT. Sur ce sujet, dira Baba Coulibaly, président du FENAGROUPE, le gouvernement vient de faire un geste de 600 millions de FCFA. Le reliquat est de 3 milliards de FCFA.

Les transporteurs ont condamné les violences physiques dont ils ont été victimes de la part des forces de sécurité de la Côte d’Ivoire, suite à l’application de la décision du ministre des Transports. A ce sujet, ils ont demandé des excuses pour les victimes. Ils ont aussi proposé la suppression des frais d’escorte sur le corridor ivoirien et le paiement des avances aux transporteurs avant leur départ pour les ports.

Ainsi, après les discussions, la rencontre a engagé les transporteurs à aller charger, le plus vite possible, les produits en souffrance, plus précisément le riz afin d’éviter toute rupture sur le marché.

«  Le transport ne peut pas se faire sur le crédit mais sur le paiement immédiat  » a insisté le président du SET, Ahmadou Traoré. En tout cas, les transporteurs sont formels qu’il y a suffisamment de véhicules disponibles pour acheminer toutes les marchandises en souffrance dans les ports.

Tout en invitant les trois Fédérations à plus d’entente pour l’intérêt du secteur du transport, Jeamille Bittar a également proposé une concertation entre les transporteurs et les chargeurs pour régler certains détails auxquels le secteur est confronté. Hier, dans l’après-midi, une rencontre était prévue au département de transport où les conclusions de la rencontre de la CCIM devraient être soumises aux autorités.

Youssouf CAMARA

23 Mai 2008