Partager

«L’Etat ne tolèrera aucune sortie illégale de céréales à l’étranger»

S’enquérir de la situation de la campagne agricole écoulée, prendre des mesures afin de résoudre les difficultés avant la contre saison prévue pour février-mars-avril prochain et jeter les bases solides pour la campagne agricole 2009-2010.

Tels étaient les objectifs de la visite du Premier ministre, Modibo Sidibé, dans les plaines de San-Ouest, le dimanche 14 décembre dernier, après la zone Office du Niger et Office Riz, il y a quelques mois. Profitant de cette tournée, le chef du gouvernement a lancé une mise en garde sévère à ceux qui seraient tentés de se livrer à des exportations abusives et frauduleuses des céréales, notamment le riz. A la seule fin de s’enrichir sur le dos de tous : paysans, consommateurs, Etat.

Situé au Sud-est de la région de Ségou à 190 Km de l’historique capitale du Royaume bambara et couvrant une superficie de 7 262 Km2 avec une densité de 43, 53 habitants, San a été, le dimanche 14 décembre dernier, la première étape de la visite de 48 heures du Premier ministre Modibo Sidibé dans cette partie du pays.

En effet, le chef du gouvernement, accompagné des ministres de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré et celui de l’Emploi et de la formation professionnelle, Ibrahima dit Iba N’Diaye, ainsi que des émissaires du Grand-Duché du Luxembourg, un pays partenaire au développement, était venu s’enquérir de la situation de la campagne agricole écoulée, prendre des mesures afin de résoudre les difficultés avant la contre-saison prévue pour février-mars-avril prochain et jeter les bases solides pour la campagne agricole 2009-2010.

Ainsi, juste après les salutations protocolaires, la délégation du Premier ministre s’est rendue dans un champ, dans la plaine de San Ouest.

Là, selon le chef secteur agricole, Laya Diakité, «la production globale en riz dépassera nettement celle de l’année précédente et les objectifs de l’Initiative Riz seront atteints grâce à l’influence du Seuil de Talo et la rentrée normale des eaux du Banifing. Il en sera de même pour les autres cultures sèches». Ce constat «a été établi par les missions régionales et locales de supervision du Conseil Agricole respectivement conduites par le gouverneur de Ségou, Abou Sow et le préfet de San,Sékou Coulibaly» toujours selon Laya Diakité, qui ajoute que «ces résultats ont pu être engrangés grâce aux efforts soutenus des autorités et des partenaires au développement».

Evoquant les circonstances qui ont concouru à la réussite de l’opération, il cite l’aménagement de 2 121 ha grâce aux projets de la Coopération Luxembourgeoise, la subvention de l’engrais à hauteur de 2 302 tonnes par le gouvernement, les facilités d’accès aux crédits accordés aux organisations paysannes, l’utilisation des tracteurs, le recrutement de trois agents au secteur d’agriculture et leur dotation en moyens logistiques appropriés, l’octroi de semences certifiées R1 par la FAO ainsi que 72 tonnes de semences de riz paddy (ce qui a fait que la production moyenne a été de 5 tonnes à l’hectare avec des piques de 8 ha) 3,980 tonnes de sorgho, 1,990 tonne de mil, 200 Kg de maïs aux producteurs des communes de Djéguéna, de Niasso, de Ténéni, de Dah, de Téné et de Baramandougou.

S’y ajoutent l’aménagement de 500 ha par la Coopération Luxembourgeoise dans les plaines de San Ouest, celui de 350 ha de rizière à Djébé dans la commune de Dah et l’appui semencier de World Vision aux producteurs de Kimparana,

Souroutouna, Dah et Djéli, qui a porté sur 2, 700 tonnes de riz pluvial, 735 Kg de maïs, 600 Kg de sorgho, 260 Kg de niébé, 30 Kg de sésame et 1Kg de gombo. Ainsi, avec ces appuis, la production de céréales attendue est, pour le riz, est de 30 173 tonnes, pour le mil, 69 097 tonnes, pour le sorgho, 40 289 tonnes, pour le maïs, 13 044 tonnes et pour le fonio, 1 932 tonnes. Au total, la production céréalière dans le cercle de San est estimée à 154 438 tonnes.

Ces résultats positifs fort appréciés par le chef du gouvernement, Modibo Sidibé, ont été atteints malgré les difficultés ayant trait à l’insuffisance de la pluviométrie dans la zone, les pannes fréquentes de l’unique générateur de 640 KVA de la station de pompage envoyé initialement comme groupe de rechange, la panne du groupe de suppléance envoyé par le gouverneur de Ségou, Abou Sow ainsi que le retard dans l’acheminement et l’installation du nouveau générateur de 1050 KVA. Ce n’est pas tout.

Comme difficulté, le cercle de San a également connu le coût élevé de fonctionnement du nouveau générateur qui consomme 160 litres de gasoil par heure et la mise à disposition tardive de l’appui financier de l’Etat qui n’est arrivé que ce mois-ci.

S’y ajoute la non connexion de la station de pompage au réseau EDM SA alors que l’Etat a financé entièrement la rénovation de la dite station et la ligne de haute tension à hauteur d’un milliard de FCFA depuis 2006.

Pour boucler ce chapitre des difficultés, il faut mentionner le statut ambigu de la station de pompage même, qui demeure le patrimoine de la CMDT.


Des mesures à prendre pour une meilleure production

Face à cette situation, les responsables du secteur agricole de San estiment que pour que l’agriculture puisse retrouver ses performances d’antan, quatre conditions sont à remplir.


Premièrement,
la connexion de la station de pompage avant le démarrage de la contre-saison prévue pour le 1er février 2009 et la vente du KW à des prix appliqués aux grands consommateurs industriels.


Deuxièmement,
le renforcement de l’appui financier de l’Etat et sa disponibilité à temps.

Troisièmement, la clarification du statut de la station de pompage.


Quatrièmement,
enfin, la poursuite des mesures d’accompagnement de l’Initiative Riz.

Toujours dans la philosophie du pari «gagnant-gagnant»

Réagissant à ces propositions, le chef du gouvernement, Modibo Sidibé, a laissé entendre que des dispositions seront prises afin de surmonter toutes les difficultés et accroître la production.

Interpellé par le Directeur régional de l’ORTM Ségou, Dougounafa Traoré, sur la question de la commercialisation du riz, le Premier ministre Modibo Sidibé a réaffirmé sa philosophie du pari «gagnant-gagnant» qui consiste à ce que chacun, paysans, commerçants, population et l’Etat, trouve son compte. Ainsi, il a souligné être «toujours sur l’idée de la philosophie du gagnant-gagnant : que les producteurs gagnent suffisamment pour eux-mêmes et pour couvrir leurs charges, que les commerçants trouvent leurs comptes, bien attendu que le consommateur ait du riz tout au long de l’année à un prix raisonnable et qu’ enfin l’Etat, dont le rôle est d’assurer la sécurité alimentaire, trouve également son compte».

La mise en garde du Premier ministre

Profitant de la visite dans les plaines de San Ouest, le chef de l’exécutif a lancé une mise en garde sévère contre tous ceux qui s’aventureront à faire sortir le riz dans des conditions illégales pour aller le vendre à l’étranger.

«il faut que l’on s’assure d’abord que les Maliennes et les Maliens ont la disponibilité céréalière nécessaire pour couvrir les besoins tout au long de l’année à des prix acceptables, rémunérateurs pour les producteurs et qu’on dégage tous les surplus de façon nette, afin de les exporter dans la transparence et dans la limite de l’excédent et que cela rapporte encore plus aux producteurs. L’Etat ne tolérera aucune sortie illégale de céréale à l’étranger» a-t-il martelé. Un avertissement aux opérateurs économique mercantiles.

Après la visite dans les plaines de San Ouest, le Premier ministre et sa délégation a eu un bref entretien avec les membres de l’Association des riziculteurs de ladite plaine, dénommée ARPASO. Au cours des échanges, les deux parties se sont félicitées des engagements honorés de part et d’autre et ont décidé de dégager davantage de synergie pour la contre-saison et la campagne prochaine.

La deuxième étape de la visite du Premier ministre dans la région de Ségou a été marquée par le lancement officiel du programme de coopération bilatérial Mali-Grand Duché de Luxembourg. (Lire en page 5)

Envoyé spécial

Alasane DIARRA à San