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«Il n’y a de nation que s’il y a une véritable école»

17 mars 1980 – 17 mars 2009. L’ex- Secrétaire général de l’Union Nationale des Elèves et Etudiants du Mali (UNEEM) est mort sous la torture des bourreaux du temps de la dictature de GMT. Le peuple se souvient encore. La commémoration du triste événement a réuni hier une foule de militants de l’Association malienne de soutien à l’UNEEM (AMSUNEEM), de l’AEEM (héritière de l’UNEEM) des acteurs de la société civile à la place Cabral. C’était en présence du Premier ministre, Modibo Sidibé et de certains membres du gouvernement.

Par une marche constituée de quelques centaines de personnes, parmi lesquelles des élèves et étudiants venus de divers établissements de Bamako, marche qui a pris le départ au niveau de la station service contiguë à l’Agence Sotelma en face de Jamana, sur l’avenue Cheick Zayed, les Maliens ont convergé sur la place Cabral, à l’entrée de Lafiabougou. Ici, au pied du monument de Abdoul Karim Camara dit Cabral, ils seront rejoints peu de temps après par une dizaine de membres du Gouvernement.

Arrivé aux alentours du seize heures et demie, le Premier ministre Modibo Sidibé sera accueilli par le maire de la Commune IV, Issa Guindo. Il procédera au dépôt d’une gerbe de fleurs au pied du monument du leader estudiantin, au rythme de la musique des forces armées.

A ses côtés, le Secrétaire général de l’AMSUNEM, Mamoutou Thiam, ancien ami et successeur de Cabral à la tête de l’UNEEM. Après l’exécution du Te Deum, l’hymne aux morts, ils se sont inclinés devant le monument dans une atmosphère de grande émotion.

Prenant ensuite la parole, Mamoutou Thiam dira que cette commémoration est un devoir sacré de génération. « Il s’agit, par cet acte, de rappeler à chaque citoyen Malien, où qu’il se trouve, que le 17 mars est l’anniversaire de l’assassinat d’une des figures emblématiques de la jeunesse de notre pays, j’ai nommé Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l’UNEEM, puissant mouvement estudiantin du Mali à l’époque des faits », a-t-il dit.

Ce 17 mars 1980, il y a 29 ans, ce jeune citoyen malien, étudiant en 4ème année de philosophie à l’ENSUP, professeur stagiaire au Lycée Askia Mohamed de Bamako, a payé de sa vie pour avoir osé réclamer des professeurs maliens en nombre suffisant pour les écoles, de tables-bancs en nombre suffisant, l’amélioration des conditions de vie de tous les enfants maliens dans les internats scolaires, une égale chance pour toutes et tous sur la base du mérite, etc.

Le Secrétaire général de l’AMS-UNEM a déclaré que le thème de la commémoration de cet anniversaire du décès brutal de Cabral est le financement de l’Ecole malienne. « L’Etat consent d’énormes sacrifices à hauteur de 30 % du budget national sans compter l’appui des PTF. Ce qui veut dire que l’école est l’une des priorités de l’Etat malien… L’impact de ce lourd financement n’est toujours pas perceptible. Ce qui n’est pas normal, c’est pourquoi l’AMS-UNEM recelant des experts dans différents domaines, souhaite traiter ce thème au cours de cet anniversaire« , a-t-il souligné.

Pour le Premier ministre, la commémoration du 17 mars est un devoir de mémoire. C’est pourquoi, il a rendu hommage à Cabral, « ce grand martyr pour les valeurs dont il est porteur : valeurs de disponibilité, de courage et de détermination ».

Ces valeurs, selon Modibo Sidibé, doivent inspirer tous les Maliens dont les jeunes étudiants.

Par rapport à l’école malienne, le chef du gouvernement dira que les recommandations issues du forum sur l’école font l’objet d’une étude minutieuse, afin de les mettre efficacement en œuvre.

Très prochainement, il y aura une rencontre avec les acteurs impliqués dans le suivi des conclusions de ce forum pour faire le point et avancer. Pour Modibo Sidibé, l’Etat est constamment au chevet de l’école malienne car « il n’y a de nation que s’il y a une véritable école ».

Rappelons que le leader estudiantin Abdoul Karim Camara dit Cabral, alors Secrétaire général de l’Union Nationale des Elèves et Etudiants du Mali (UNEEM) est mort sous la torture au camp des parachutistes de Djicoroni-Para, le 17 mars 1980. Il avait été arrêté en même temps que d’autres de ses camarades pour le mouvement de contestation qu’ils animaient en faveur d’une amélioration des conditions d’études au sein de l’école malienne.

Son refus de signer sous la contrainte une déclaration rédigée par les autorités militaires de l’époque appelant les élèves et étudiants à cesser la grève qui avait cours lui sera fatal. Il était âgé de 24 ans et à ce jour, sa tombe n’a toujours pas été localisée.

Cabral demeure un symbole de la lutte pour une école digne de ce nom. Pour un Mali libéré de la dictature militaro-fasciste.
Dors en paix, Cabral, vaillant héros du 17 mars 1980.

Le Mali se souviendra toujours de toi !


Chahana TAKIOU

18 Mars 2009