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Caché dans des endroits obscurs, il scrute les maisons en attendant le moment propice pour passer à l’action. Djiby est bien connu des différents commissariats de la capitale. L’homme qui est à la fois un sans domicile fixe et un buveur invétéré ne fait pas une semaine sans tomber dans les filets d’une patrouille de police.

jpg_c1-2.jpgMais en malfrat expérimenté, il parvient toujours à s’en sortir sans beaucoup de difficulté. Car Djiby possède tous ses documents en règle.

Mais le hic dans son comportement, c’est que l’homme a toujours été surpris dans la pénombre. Sur un grand nombre de fois où il a été interpellé par les patrouilles, Djiby se trouvait dans une zone obscure. Et toujours à des heures très tardives.

Djiby n’a pourtant jamais été surpris en flagrant délit de vol, ni de détention ou de consommation des stupéfiants. Tous les flics se demandaient à chacune de ses interceptions ce que pouvait faire un homme seul dans les alentours des jardins, au bord des marigots, dans les environs des cimetières, dans les allées non pourvues en lampadaires, sur les rives du fleuve. Mais comme chacun le sait, lorsque les policiers n’ont pas de preuves contre un homme, la loi les oblige de l’élargir. Surtout lorsqu’il est en possession de ses pièces en règle.


Un rat des bars

Pour le prendre la main dans le sac, les policiers ont décidé de le suivre sans pour autant se faire démasquer. Il fallait pour l’équipe du commissaire divisionnaire Sékou Salihou Maïga, conduite par Maky Sissoko, le Lynx, comprendre les raisons ou plutôt l’amour de Djiby pour les lieux obscurs. Des éléments en civil furent mis à ses trousses, avec pour instruction de ne pas le perdre de vue la nuit. Comme s’il en avait été informé, Djibi abandonna ses randonnées tardives dans les lieux dangereux et resta enfermé chez lui pendant des semaines.
Le temps pour les policiers de desserrer leur surveillance. Entre temps les policiers, au cours de leur patrouille, tombèrent dans la nuit du 25 au 26 janvier dernier sur un certain Fodé Kouyaté. Ils ne savaient pas qu’ils venaient d’arrêter celui qui allait leur permettre de démasquer le mystérieux Djiby.

Fodé Kouyaté est un rat des bars qui n’hésite devant rien pour avoir le prix de sa bouteille de bière. Il a été interpellé plusieurs fois en état d’ébriété et relaxé après avoir repris ses sens après avoir payé une contravention. Cette nuit-là, le jeune Kouyaté avait bu et était en train d’uriner contre un mur d’enceinte d’une famille quand il aperçut une jeune fille rentrer dans la concession aux environs de minuit.

La demoiselle du nom de Mariam Diallo tenait un sac à main apparemment lourd. Fodé Kouyaté la suivit des yeux jusqu’à sa chambre à coucher, une annexe située à près de dix mètres de l’habitation principale. A travers la fenêtre il la vit déposer son sac sur sa table de maquillage. La jeune fille ressortit tout de suite, prit un seau dans la cour et se rendit aux toilettes. C’était l’occasion qu’attendait le guetteur pour aller prendre connaissance du contenu du sac.

Fodé Kouyaté attendit que la fille se déshabille et pose ses habits sur la porte de la douche externe pour sauter comme un chat dans la cour. Puis comme un éclair, il se glissa dans la chambre de Mariam Diallo, prit le sac et le fouilla. Il trouva une coquette somme de 200.000 Fcfa qu’il empocha. Malheur pour lui, car au moment d’escalader le mur, Mariam sortit des toilettes.

Elle se mit à crier instinctivement au voleur.
Cela a suffi pour que des passants viennent encercler Fodé Kouyaté. Ils lui administrèrent une correction qu’il ne sera près d’oublier de sitôt. Lorsque l’homme était sur le point de passer de vie à trépas, un de ses assaillants eut le réflexe d’appeler la police. L’équipe du Lynx se rendit sur place pour sauver Kouyaté d’une mort certaine.

Après avoir récupéré au commissariat, suite à des soins reçus dans un centre de santé, Fodé Kouyaté a été fouillé. Les policiers retrouvèrent l’intégralité de la somme qu’ils remirent à la demoiselle.


Même modus operandi

jpg_images-3.jpgAu cours de l’interrogatoire de Fodé Kouyaté, le nom de Djiby apparut dans ses déclarations. Les enquêteurs poussèrent l’interrogatoire et apprirent que Fodé et Djiby se connaissent et travaillent ensemble. Il expliqua qu’ils ont le même modus operandi. Ils scrutent les maisons, cachés dans des endroits obscurs en attendant le moment propice pour passer à l’action.

C’est ainsi que dans la nuit du 16 janvier dernier, Djiby se rendit dans une famille, après avoir au préalable bien inspecté l’intérieur, perché sur un arbre touffu. Une fois dans la cour Djiby alla directement à la cuisine où il ramassa tout ce qui lui passa sous la main. Après avoir fait une balle de tasses, de marmites, de cuillères et même du bois de chauffe, l’homme mit comme à l’accoutumée la nuit à son profit pour disparaître sans être inquiété.

Après l’arrestation de Fodé, Maky et ses hommes reprirent leur surveillance des faits et gestes de Djiby. Ils le coincèrent 48 heures après. Cette nuit, le prédateur avait enjambé le mur d’une autre famille et se mit à rassembler des effets d’habillement dans la chambre des enfants.

Lorsqu’il eu fini de faire sa balle, il voulut sortir par la porte principale. Malheureusement pour lui le chef de famille venait de quitter les toilettes. B. B. est un pratiquant des arts martiaux mais surtout un homme qui évite la violence.

Il demanda au voleur de déposer les choses et de se retirer avant que ses enfants ne sachent. Djiby n’a pas voulu écouter ses conseils et tenta de forcer le passage. L’homme lui barra la route. Le voleur sortit un couteau à double tranchant et se mit à menacer B.B. Ce dernier parvint à le désarmer facilement et le ligota comme un saucisson. Puis il alla se coucher sans informer un seul membre de sa famille.

Ce n’était qu’aux environs de 2 heures de matin que des jeunes revenus de leur promenade de nuit le découvrirent en train de geler dans le froid glacial de cette période. Ils lui réchauffèrent le corps par quelques coups de pieds avant d’informer les policiers qui vinrent le récupérer la même nuit.

Fodé et Djiby furent déférés le même jour devant le procureur de la République près le tribunal de première instance de la commune VI. Ils croupissent aujourd’hui entre les quatre murs de la prison centrale de Bamako.


G. A. DICKO

L’Essor du 03 Février 2009