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Dans une interview qu’il nous a accordée le samedi 14 avril dernier en sa résidence sise à Kalaban-coura, le président de l’Alliance pour la pureté sexuelle, Pr Tiéba Traoré estime que la crise qui secoue actuellement le Mali « peut être résolue en sept jours à travers un séminaire de sept jours sur la paix à Tombouctou regroupant les parties antagonistes. A la fin de ce séminaire, chacun pourrait renoncer à son égo et être prêt à faire la paix… »

L’Indépendant : Que pensez-vous de la situation politique du Mali après le coup d’Etat du 22 mars ?

Tout d’abord ce coup d’Etat m’a trop surpris. Je n’avais jamais pensé un seul instant qu’il y aurait un coup d’Etat au Mali après 20 ans de démocratie. Cependant, en tant que religieux, j’essaye toujours de comprendre le sens des évènements centrés sur le point de vue de Dieu. Nous vivons dans une période où Dieu veut enfin établir un monde de paix, de justice ; donc tout système politique, économique, social et même religieux qui ne contribue pas à la réalisation de cet idéal divin sera enlevé. C’est ce qui explique les mouvements populaires dans les pays arabes, les crises financières dans les pays européens et même le coup d’Etat au Mali. Ce coup d’Etat est providentiel comme le printemps arabe l’est aussi. En conclusion, Dieu ne va plus tolérer l’injustice, la corruption. Donc, il est temps que nous changions notre façon de comprendre la vie.

Le CNRDRE à accepté le retour à l’ordre constitutionnel, était-il aussi providentiel ?

TT : Avec le retour à l’ordre constitutionnel, les Maliens centrés sur les militaires venaient de poser une condition d’indemnité pour se restaurer. Cela veut dire que notre démocratie a avancé à un niveau considérable. Si jamais les militaires s’entêtent à rester au pouvoir, le Mali se sera plongé dans l’enfer ! Au lendemain du push, la question que je me posais c’était de savoir : sous quel type de régime les militaires vont diriger les Maliens, la dictature ou la démocratie ? J’étais vraiment confus. Vous savez, les Maliens ont atteint un certain niveau en démocratie qu’il serait impossible de les diriger sous un autre régime. Donc, le pouvoir des militaires va créer une grande confusion dans notre pays. Dieu merci ils ont été humbles et obéissants. Ce geste a été inspiré par la force de Dieu.

Le CNRDRE a t-il accepté le retour à l’ordre constitutionnel sous la pression de la CEDEAO ?

TT : Ils avaient le choix d’accepter ou pas. Le choix entre « rester au pouvoir pour isoler le Mali et laisser le pouvoir pour réintégrer le Mali sur la siène internationale ». Le comportement qu’ils ont adopté n’est pas un signe de faiblesse ni de lâcheté, mais plutôt un signe de force et de caractère.

L’Indépendant : Depuis l’indépendance, le Mali est confronté à une rébellion récurrente au nord, quelles en sont les causes ?

TT : Oui, c’est vraiment regrettable de voir les enfants d’un même peuple s’entretuer à cause du territoire qui appartient à tous, à cause de leur l’appartenance ethnique, raciale, religieuse qui doivent être d’ailleurs des facteurs de cohésion au lieu de division et de conflit. Aujourd’hui, le MNLA réclame la région du nord comme étant la sienne. Avant, posons-nous la question suivante : à qui appartient le territoire ? Ça appartient à Dieu. Si cela est vrai, quelle nation dans le monde peut montrer un papier dûment signé par Dieu pour lui octroyer son territoire ? Aucun, même les Israéliens n’ont pas un tel papier. Dieu à travers les colons a confié ce territoire à tous les fils du Mali, d’abord, à l’Afrique et ensuite au reste du monde. Donc, cette réclamation d’indépendance du MNLA est animée par un esprit égocentrique. C’est aussi décevant de constater qu’après cinquante ans d’indépendance, les Maliens ont des problèmes à vivre ensemble sur leur territoire commun.

Indépendant : Les islamistes veulent instaurer la charia au Mali, quand pensez- vous?

TT : Les traditions religieuses sont le fondement des civilisations. Hélas, dans le monde actuel, la religion peut attiser la violence. Il faut donc inviter les traditions religieuses et à privilégier la sagesse. Manifester sa foi avec zèle et conviction est naturel. Poussé à l’excès, le zèle se déforme et devient du fanatisme. La foi vécue doit donc s’accompagner d’autres vertus. On peut être fervent, mais humble, ouvert aux autres opinions, désireux de se remettre en cause sans se renier. Transmettre le sacré, oui, sacraliser les traditions, non. La foi doit donner aux gens le désir de surmonter les préjugés, le ressentiment et la violence. La charia ne doit pas être imposée, mais chaque musulman doit s’imposer la charia. Les islamistes ont pris les armes aujourd’hui pour imposer la charia, alors que la charia elle- même interdit de tuer. Donc je pense que les membres d’Ançar-Dine sont les premiers à violer la charia.

L’Indépendant : Quelle solution proposez –vous pour la sortie de crise ?

TT : Je suis optimiste que la vraie paix peut se réaliser au Mali. Le Nord et le Sud peuvent se réconcilier à travers la parole et non à travers les armes. Les deux côtés sont lourdement armés et continuent de chercher des armements sophistiqués pour s’entretuer à cause d’une portion de terre qui ne les appartient même pas. C’est à Dieu seul que la terre appartient. Tout ce qui se passe est l’ignorance et un piège satanique. Il faut un éveil de conscience et d’esprit pour ne pas tomber dans les pièges de Satan. Cette crise malienne est un envahissement satanique dans notre pays. Il nous faut ressentir, et croire, que nous avons la même origine : Dieu. Si nous éprouvons cela au plus profond de notre être, nous irons de l’avant et trouverons la volonté de nous réconcilier. Avec cette volonté nous découvrirons, ensemble, le meilleur chemin pour rétablir la paix au Mali.

En tant que mooniste et membre de la fédération pour la paix universelle, je propose donc l’organisation d’un séminaire de sept jours sur la paix à Tombouctou regroupant les parties antagonistes. A la fin de ce séminaire chacun pourrait renoncer à son égo et être prêt à faire la paix. Donc, on peut rétablir la paix au nord du Mali en sept jours seulement. Que les sudistes cessent de penser que le MNLA est leur ennemi. Cette manière de penser est un obstacle à la réconciliation. Laissons les armes et parlons entre nous comme des frères et sœurs.

Cléophas TYENOU
L’Indépendant du 18 avril 2012