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S’il y a aujourd’hui un Chef d’Etat controversé, voire détesté, tant en Afrique que de par le monde, c’est bien celui du Zimbabwé : Robert Gabriel Mugabé. A 84 ans, le sénile Président zimbawéen continue de s’accrocher mordicus au pouvoir et de régner en dictateur absolu sur cette vieille colonie britannique, l’ex-Rhodésie du Sud.

Le Zimbabwé, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase… Aujourd’hui, si on accepte ce qui se passe dans ce pays, on peut dire adieu aux élections en Afrique. Il s’agit aujourd’hui d’un véritable défi pour les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine, pour qu’ils disent stop“. Ainsi fustigeait le Séngalais Alioune Tine, président de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), une association forte de 153 organisations de la société civile africaine.


L’impuissance“ de l’Union Africaine

Quant au ministre sénégalais des Affaires Etrangères, il enfonce le clou : “…Si aujourd’hui on accepte cette expérience (NDLR : l’élection présidentielle au Zimbabwé), demain, un autre Chef d’Etat va en profiter… Aucun peuple ne mérite d’être tué ou massacré à cause d’une histoire d’élection. Mais on ne doit pas créer une nouvelle culture poilitique en Afrique, qui ferait que l’on va aux élections, et si on perd, on dit qu’on partage le pouvoir“.

Pourtant, malgré qu’il soit partout décrié et mis au banc de la communauté internationale, le Président Robert Mugabé a bel et bien participé à la rencontre des Chefs d’Etat des 53 pays africains membres de l’Union Africine (UA), à Charm-El-Cheikh, en Egypte. Pire, cette fameuse élection présidentielle la plus partiale et dictatoriale que l’Afrique ait jamais connue n’a pas semblé représenter le clou de cette rencontre africaine.

Bien au contraire, car le 28 Juin, acculé par les médias, le nouveau boss de l’UA, le Gabonais Jean Ping, déclarait : “Le problème du Zimbabwé trouvera une solution crédible, j’en suis convaincu. Donnez-nous le temps d’en débattre avec nos Chefs d’Etat, avec la SADC (NDLR : Communauté de Développement Economique d’Afrique Australe)“. C’est dire que pour l’heure, l’UA n’est pas prêt à condamner le “tyran du Zimbabwé“, mais préfère s’en tenir à la médiation de cette SADC du Président sud-africain, Tabo Mbéki.

Une médiation qui piétine pourtant, même si le Président sénégalais, le Vice-Président bostwanais et le représentant du Nigéria ont vivement critiqué le pouvoir de Mugabé, lors de cette rencontre de l’UA. Quant à Mugabé, il a clamé qu’il n’a de leçon à recevoir de personne, avant de claquer la porte de l’UA, au nez et à la barbe de ses pairs.

Si bien que non seulement Robert Mugabé est assuré d’un autre mandat présidentiel, mais ses pairs africains ne bougeront pas d’un iota pour se récrier ou l’en empêcher. Autant dire donc que le charismatique opposant zimbabwéen, Morgan Tsvangiraï, a encore des difficultés à affronter, sans parler…de sa vie à préserver. Autant constater aussi que les droits les plus légitimes des Zimbabwéens ont encore du chemin à parcourir, avant d’être restaurés et respectés.

Tsvangiraï trahi

Rappelons pourtant qu’avant l’élection présidentielle zimbabwéenne, Morgan Tsvangiraï avait sillonné l’Occident à la recherche d’appuis, et pour alerter l’opinion internationale et les décideurs de ce monde sur la situation politique éventuellement “explosive” du Zimbawé. Mais aucun dirigeant occidental ou organisation internationale n’avait activement réagi au SOS de Tsvangiraï.

Alors, pour sauvegarder la vie des Zimbabwéens, l’opposant du MDC a tout simplement préféré… se retirer de ladite élection, dont l’issue (c’est-à-dire la victoire de Mugabé) était, selon tous, connue d’avance. Rien ne permet donc d’assurer que le compromis que compte envisager l’UA, pour la résolution du probème zimbabwéen, sera accepté par Tsvangiraï : faire partie du gouvernement de Robert Mugabé.

Aussi est-on tenté d’interroger : l’opposant zimbabwéen aurait-il été sacrifié sur l’autel d’intérêts dits “occultes“ de Chefs d’Etat africains? Dans tous les cas, il semble que ces derniers sont liés par une sorte de pacte secret qui fait que le plus souvent, ils ont tendance à défendre, voire protéger un des leurs, quels que soient les actes anti-démocratiques auxquels ce dernier se livre.

Histoire d’une ancienne colonie

C’est au compte de la Grande Bretagne qu’en 1886, ces contrées d’Afrique Centrale furent occupées et divisées, pour prendre plus tard le nom de Rhodésie. Ainsi, les régions du Nord furent réunies, et on leur donna le nom de Rhodésie du Nord qui devient l’actuelle Zambie. Et celles du Sud prirent le nom de Rhodésie du Sud.

En 1923, la Rhodésie du Sud devient une colonie britannique, mais dotée de son autonomie interne. La deuxième guerre mondiale (1939-45) consacrera un brusque développement économique du pays, provoquant ainsi l’arrivée par vagues d’immigrants Blancs (en majorité des Anglais) “chassés” par la guerre. Entre 1953 et 1963, le Nyassaland (ancien Malawi, dont le nom est issu du lac Nyassa) et les deux Rhodésies seront fédérés.

L’indépendance et ses chroniques

En 1965, le cruel et raciste Premier ministre, Ian Douglas Smith (de triste mémoire), proclame l’indépendance unilatérale de la Rhodésie du Sud. Son but était surtout de défier l’Angleterre, dirigée, à l’époque, par le Premier ministre, Harold Wilson, du parti travailliste.

En 1970, Ian Smith instaure la république de Rhodésie du Sud, qui calque sa politique sur celle de l’Apartheid (le développement séparé des races). En 1979, après de houleuses négociations avec la Grande Bretagne, les accords dits de Lancaster House sont signés. Ainsi, en 1980, des élections portent au pouvoir le chef de la faction dure du mouvement nationaliste, Robert Gabriel Mugabé. La Rhodésie du Sud change de nom et cède la place à l’indépendance de la république du Zimbabwé.


De Charybde à Scylla

L’indépendance du pays entraîne aussitôt un exode monstre des Blancs vers les pays limitrophes : ils craignent d’éventuelles représailles du nouveau maître du Zimbabwé. Des représailles qui, du reste, ne vont pas se faire attendre. Pourtant, les plus grandes richesses du pays sont encore détenues par des Blancs. Ce qui, non plus, ne va guère tarder à changer…

En 1987, un régime présidentiel mis en place consacre Mugabé Chef d’Etat. En 1990, il est reconduit au même poste. Six ans plus tard, soit en 1996, Mugabé est toujours à son poste. Mais c’est à cette date qu’il doit faire face à deux adversaires de taille : une crise économique sans précédent, et une opposition de plus en plus menaçante.

En 2000, pour circonscrire la situation et apaiser les populations, Mugabé ne fait ni une, ni deux : il exhorte les combattants de la guerre d’indépendance -appelés “les vétérans”- à… attaquer les fermiers Blancs et à les déposséder de leurs terres et autres biens. Selon lui, ces terres leurs reviennent de droit, puisqu’ils ont combattu pour la liberté du pays, au moment où ces Blancs se la coulaient douce.

L’année 2008 consacre la troisième réélection de Mugabé à la magistrature suprême. Et ce second tour de la pésidentielle du vendredi 28 Juin 2008 ne fera que confirmer l’ambition nourrie depuis des années par Mugabé : rester Président à vie. Mais est-ce à dire que l’opposant le plus sérieux de Mugabé, Morgan Tsvangiraï, en restera là pour autant? Est-ce à dire que les Zimbabawéens se contenteront de leurs tristes conditions de vie actuelles?…


Par la faute d’un seul homme

Aujourd’hui, par le fait, plutôt les méfaits d’un seul homme, le Zimbabwé est rélégué au rang des pays de la sous-région exclus des grandes décisions internationales. Depuis des années, du reste, le pays ne figure plus parmi les pays du Commonwealth. Et des milliers de Zimbabwéens ont du fuir le pays, à la recherche d’un meilleur mieux-être.

Mais le comble pour eux, c’est qu’ils ne sont pas non plus les bienvenus en Afrique du Sud, où des centaines d’entre eux ont été spoliés de leurs biens, tabassés, chassés, parfois tués. Et pendant ce temps, leur pays croupit sous une misère jamais égalée, due à une économie non plus à genoux, mais à terre.

C’est que non seulement les Blancs, qui contribuaient le plus au développement économique du Zimbabwé, ont été chassés par Mugabé, mais à cause de ce dernier, toutes les capitales occidentales et les grandes institutions internationales, politiques et financières, ont abandonné le pays à son triste sort. Et tout cela, par la faute de la foilie d’un seul homme : Robert Gabriel Mugabé.

Aussi, une question de plus en plus persistante trotte aujourd’hui des les esprits : Mugabé fera-t-il long feu au pouvoir, après sa énième réélection? Rien n’est moins sûr, au regard même de cette muette accusation, voire cette haine que les 90% des Zimbabwéens vouent à leur tyran du jour : Robert Gabriel Mugabé.


Oumar DIAWARA (Source AFP)

08 Juillet 2008